OBSERVATION XIX
Publiée dans la thèse de M. Audebert. Bordeaux 1890.
Avortement incomplet. — Septicémie par rétention de débris placentaires. — Curettage intra-utérin, — Guérison.
Le 16 juillet 1887, M. le professeur Moussous est appelé à la maison de-santé protestante (dont il a été pendant quatorze ans
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le médecin en chef et dont il est aujourd’hui le médecin consultant et honoraire), pour donner des soins à la femme Eva Er.…., suédoise qui ne sait et ne comprend pas un mot de français.
À sa première visite, il apprend que cette femme est entrée à la maison de santé depuis une quinzaine de jours, pour des hémorrhagies utérines très abondantes, hémorrhagies qui ont jusqu’à présent résisté au traitement du médecin ordinaire de l'établissement, et qui sont devenus d’une fétédité tellement repoussante, que les malades couchées dans la même salle qu'Eva Er.…., déclarent vouloir en sortir à tout prix.
Il est fort difficile de s'entendre avec la malade, on ne la comprend pas ét elle comprend encore moins. Aussi son dossier pathologique n’est pas facile à établir, mais ce qui paraît certain c'est que, grosse de près de cinq mois et se trouvant à bord d'un navire se rendant à Bordeaux, elle a avorté en mer deux jours avant son arrivée en rade, et que, pour cet avortement, il ne lui a été donné aucun soin.
A l'examen de la malade, M. le professeur Moussous constate un état fébrile tres vif, une température très élevée, un pouls rapide, petit, très dépressible ; la malade, presque exsangue, a la peau d'une paleur de cire ; les muqueuses sont décolorées, la perte, qui n’est plus très abondante, est d’une fétidité extrême; la langue est sèche, la soif ardente; l'organisme paraît profondément prostré ; certainement, on est en face d’une septicémie subaiguë. Le ventre est assez souple, peu ballonné, peu douloureux dans son ensemble ; à l‘hypogastre, il existe une sensibilité assez accentuée.
Par le palper abdeminal, on trouve l'utérus excessivement développé : son fond déborde manifestement le pubis.
Au toucher vaginal, l’utérus est volumineux ; le col, ramolli, admet facilement dans son orifice l'introduction du doigt indicateur qui ramène des débris noirâtres, imbibés d'un li-
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quide à odeur gangréneuse très accentuée. Ces débris sont les parcelles d'un placenta retenu. C’est bien là un cas de septicémie dûe à la rétention de débris placentaires. La situation est grave ; il est urgent de débarrasser au plus vite la matrice des produits putréfiés qui sont la source de l'infection.
On demande à M.le professeur agrégé Boursier, de venir prêter son concours.
Dès son arrivée, la malade est placée en position obstétricale ; on procède à la toilette des organes génitaux externes, puis on fait passer par le vagin trois où quatres litres d’une solution phéniquée. On donne à la malade, avec une extrême modération, à cause de sa faiblesse, un peu de chloroforme ; l’anesthésie n’est pas poussée à fond.
M. le professeur Moussous saisit la lèvre postérieure du col avec une pince de Museux et l'attire assez aisément à la vulve ; il procéde alors à la dilatation digitale du col, qui est facile. Ensuite avec une sonde utérine de Budin, il fait des lavages de la cavité utérine avec une solution phéniquée ; il ramene ainsi de nombreux débris placentaires ; l’eau d’abord noirâtre et fétide, devient bientôt de plus en plus limpide, et a perdu toute odeur. Il introduit ensuite le doigt indicateur dans la matrice et cherche à détacher les portions du placenta encore adhérent; puis avec la curette de Récamier, promenée sur tous les points, il complète la décortication autant que possible et termine par un écouvillonnage fait avec le plus grand soin, qu'il fait suivre d'un lavage intra-utérin pratiqué avec une solution de sublimé à 1/2000.
La durée de ses manœuvres a été de trois quarts d'heure.
La malade est alors replacée dans son lit et confiée aux soins de M. le professeur agrégé Dubreuilh ; il est convenu qu’il fera matin et soir à l’opérée des injections intra-utérines avec une solution phéniquée, qu'on lui donnera du sulfate de quinine,
-qu'elle prendra de l'extrait mou de quinquina et du vin d’Es- ‘pagne.
Les suites de ce curettage ont été des plus heureuses : le second jour la malade n’avait plus de fièvre ; les hémorrhagies n’ont plus reparu ; iln’y a pas eu d'accidents puerpéraux. Au commencement de septembre, elle pouvait quitter la Maison de Santé et reprendre ses occupations habituelles.
OBSERVATION XX (Publiée dans la thèse de M. Audebert, Bordeaux 1890)
Avortement de deux mois et demi. — Rétention et putréfaction des an nexes. — Abaissement de l'utérus. — Curettage et écouvillonnage de la cavité utérine. — Guérison.
19 Décembre 1889. — Marie C..., 31 ans, domestique, femme grande, robuste, bien conformée.
Enfance saine ; n’a jamais été malade. Premières règles à seize ans, depuis toujours bien réglée. Secondipare.
Première grossesse. — Il y a neuf ans, normale, accouchement facile ; suites de couches physiologiques, enfant encore vivant. | Dernières règles, 16 septembre 1889. Aucun phénomène pathologique, depuis cette époque jusqu’au premier novembre où la malade a commencé à perdre chaque jour une légère
“quantité de sang par suintement, sans cause connue et sans douleurs. Cette perte s’est maintenue pendant 15 jours.
17 décembre. — A huit heures du matin, pendant qu'elle se
divre à un travail pénible, elle éprouve dans le bas-ventre une Han on 12
douleur légère et perd un peu de sang. La douleur-et la perte: sanguine s’accentuent et environ deux heures après elle expulse « un énorme caillot qui est tombé sur le parquet et qu’elle a jeté aux cabinets sans l’examiner. »
Elle se met au lit et continue à perdre du sang.
Cet état se maintient toute la journée du lendemain.
19 décembre au matin. — Le D' André Moussous, appelé auprès d'elle, constata qu’elle perd encore du sang ; elle a de la fièvre, ses parties génitales exhalent une odeur infecte. Il pratique le toucher et sent le placenta engagé en partie dans le col. Il conseille à la malade d'entrer à l'hôpital au plus tôt.
Elle ne se décide à y venir que le soir à sept heures. Il lui est immédiatement donné une injection vaginale, puis une injection intra-utérine au sublimé. La sage femme de garde envoie chercher M. le professeur Moussous et MM. les docteurs A. Moussous et Boursier qui arrivent à neuf heures et demie et procèdent à l’examen de la malade.
Elle est pâle, affaiblie, perû encore un peu de sang : sa peau est sèche et chaude. Même fétidité malgré les injections.
La malade est placée dans la position obstétricale et M. le professeur Moussous introduit un spéculum, puis, à l’aide d'une pince, enlève la portion du placenta engagée dans le col. Le col. apparaît, alors suffisamment ouvert ; on peut reconnaîtrela présence de masses colylédonaires adhérentes. La lévre antérieure du col est saisie par une pince de Museux et abaissée doucement à la vulve. Cette pince étant confiée à un aide, M. Moussous in-° troduit dans la cavité utérine une curette de Récamier et cure successivement la face antérieure, la face postérieure et les angles de cette cavité. Des débris cotylédonaires, absolument putréfiés, sont ramenés par la curette.
Ecouvillonnage rapide avec l'écouvillon dur, puis avec l'écouvillon mou, trempés dans la solution de sublimé à 1/2000.
Injection intra-utérine d'eau très chaude sublimé à 1/2000 donnée jusqu’à ce que l’eau revienne claire et sans débris. Pansement vaginal iodoformé.
La malade est remise dans son lit; elle n’a pas souffert pendant l'opération. |
Punch. Sulfate de quinine, un gramme. Injections vaginales toutes les deux heures pendant la nuit.
20 décembre. — T. m. 37°.
La malade se repose; elle ne souffre pas. Punch, bouillon, vin, alimentation légère. T. s. 87°.
21 décembre. — T. m. et T.s. 37°. Même état,
22 décembre. — Lochies fétides ; pas de douleurs à la pression ; utérus d’un travers de doigt au-dessus de la symphyse pubienne. Un peu de diarrhée.
T. m. 38°. Injection intra-utérine. T. s. 37°. Même fétidité ; nouvelle injection intra-utérine.
23 décembre. — Les lochies ne sont plus fétides.
- T. m.et T.s. 37°. Cependant on a continué les injections intra-utérines le matin et le soir.
24 décembre.— T. m. el T. s. 37°.
Une seule injection intra-utérine. L'utérus n'est plus perçu derrière la symphyse.
25 décembre et jours suivants. — On ne donne plus à la malade que des injections vaginales : elle mange avec appétit, dort bien et n’a plus de lochies fétides.
Il ne se produit aucune montée du lait.
31 décembre. — Elle quitte le service absolument guérie
de tout accident.
De M