‹ Contribution à l'étude du traitement des complications de l'avortementChapitre 6 sur 25 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les anciens considéraient la présence du placenta dans l'utérus comme un très grave danger; aussi mettaient-ils tout en œuvre pour arriver à l’en faire sortir ; nous ne parlerons que pour mémoire du poids attaché à l'extrémité fœtale du cordon, et des nombreux médicaments destinés -à provoquer des vomissements et des éternuements, lesquels devaient amener l’expulsion de l’arrière-faix.

Ambroise Paré (2) au XVI: siècle, s’éleva le premier contre ces dangereuses pratiques ; pour lui l'intervention manuelle devait être réservée aux cas où tous les autres moyens avaient échouc. « La sage-femme mettra doucement sa « main dans la matrice, dit-il, et suivra le nombril qui lui « servira de guide pour prendre l’arrière-faix, et le sépa- « rera, s’il est encore adhérent contre le fond de la matrice, « avec les doigts seulement, le tournant de côté et d'autre, « et le tirera non par violence comme le font les folles et « idiotes matrones », car une fois déchiré, une hémorrhagie « se produit, le sang sorti des vaisseaux se putréfie, cause « inflammation, gangrène et par conséquent la mort.»

(1) Pour ce chapitre nous avons fait qnelques emprunts à l'excellente thèse de M. Audebert. — Bordeaux 1890. (?) Ambroise Paré. — (Œuvres complètes. — Chassaignac.

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Guillemeau (1) est plus patient ehcore ; écoutez plutôt : « Et même qu'iceluy étant retenu (le placenta), il apporte « de très pernicieux accidents, comme défaillance, oppres- « sion et suffocation de la mère, voir même en se pourris- « sant peut être occasion de mort.

« Pour à quoi obvier, il faut être diligent à le faire « sortir, où tirer sans se précipiter et patienter un peu, en « le maniant et le branslant toujours. »

Mauriceau (2) (aphorisme 149) signale la fréquence de la rétention du placenta après l’avortement ; il indique sa façon d’agir dans les lignes suivantes :

« Injections dans la cavité utérine pour la débarrasser « du corps qu’elle contient, cause de putridité, mais s’il « survient une perte, ne pas rester oisif, se servir de la « pince à faux germe oudes doigts pour extraire le placenta, « cause de l’hémorrhagie. »

Dans les cas d'infection, il a donc recours aux lavages seulement ; il réserve l'intervention active manuelle ou instrumentale, aux cas d’hémorrhagie. Plus loin, il indique

expression utérine pour débarrasser l'utérus de son contenu. La manœuvre décrite sous le nom de Crédé se trouve donc être d’origine française. D’un autre côté il préconise la méthode des lavages dans les cas d’infection, l’intervention manuelle ou instrumentale, dans les cas d'hémorrhagie. Ces méthodes ont été ressuscitées de nos jours sous forme d'irrigation continue antiseptique, de délivrance artificielle et de curettage de l'utérus.

{1} Guillemeau. — Jiuvres de chirurgie, 1599. (21 Mauriceau. — Maladies des femmes grosses et des aceoue chées. 1608.

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La plupart des accoucheurs du temps de Mauriceau, sont également partisans de l'intervention. Citons entre autres Deventer (1701), Paul Portal, De Lamotte, etc.

Ruysch (1) se refuse à toute intervention active sur la matrice ; pour lui un muscle (musculus contrusor placentæ) se trouve au fond de l’utérus, lequel sera chargé de l'expulsion du délivre. L'intervention du chirurgien ou de l’accoucheur devenait inutile grâce à ce muscle bienfaisant.

Puzos (2) est un partisan de l’expectation : « Mon sen- « timent, dit-il, est qu’on ne doit jamais presser l’extrac- « tion du placenta, tant qu'il n’y a rien qui oblige à la pré- « cipiter. » |

Recolin (3) préconise le premier les injections intrautérines pour débarrasser la matrice «des portions d’ar- « rière faix qui y restent après les fausses-couches. » Il cite trois observations à l’appui de sa methode.

Smellie (1765) (4) n’a pas de règle de conduite fixe ; il agit d’après les circonstances.

Levret :5) est d'abord partisan de l’expectation. Mais quelques pages plus loin, il ajoute que «l’on ne doit pas « rester spectateur oisif, lorsque la perte menace les jours « de la mère ; il faut donc alors, se servir de la pince à faux « germe, si les doigts ne sont pas suffisants. » Mais suit un correctif : « Ou bien des injections d’eau tiède, faites à « grands flots dans la cavité utrrine. »

{1} Ruysch. — Tractalio analomiea de musculo, elc,. 1126. (2) Puzos. Trailé des accouchements, 1756.

(3) Recolin. Mém. de l'Académie ray. de Chir. 1778.

(4) Smellie. An. de Manchestock, Tome I, p. 178.

(1) Levret. Art des accouchements, 1766, p. 1406.

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D'abord partisan de l’expectation, il recommande donc plus tard l’intervention/même instrumentale ; il s’applique d’ailleurs dans un autre ouvrage à décrire les indications propres à chacune de ces mêthodes. È

Il est le premier auteur qui ait fourni des indications cliniques sur la conduite à tenir dans les cas graves de rétention placentaire.

‘Baudelocque (1) est éclectique ; il varie son mode d’intervention suivant les circonstances. Si l’accoucheur est près de la femme au moment où la poche des eaux vient à se rompre, il faut introduire un ou deux doigts dans « lorilice de la matrice » pour entretenir son irritabilité et l'empêcher de revenir sur lui-même. Si l’accoucheur n’est appelé qu'après la rupture des membranes, il doit « se bor- « ner à solliciter vivement l’action de la matrice et à la « faire contracter avec assez d’énergie, pour achever de « détacher et d’expulser le placenta. »

Mais l’expulsion naturelle n’est pas toujours suffisante et il a souvent recours à des tractions digitales sur le délivre ; d’autres fois il emploie la pince à faux germe, le tamponnement et les injections « antiputrides » dans la cavité utérine.

Raulin (2) conseille, quand «le vice des lochies provient « de quelque reste de placenta dans la matrice, » de faire « des injections dans le vagin, qu’on insinue jusqu’au col « de la matrice. »

Madame Lachapelle (3) s'élève vigoureusement contre (1) Beaudelocque. L'art des accouchements, Tome 1, 1778. (2) Raulin. Traité des maladies des femmes en couches, 1771. (3) Madame Lachapelle, l’ratique des accouchements, Tome Il.

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