‹ Contribution à l'étude du traitement des fractures de cuisse par les broches de Steinmann et de KirschnerChapitre 36 sur 40 · CRITIQUE DE LA METHODE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA METHODE

Accidents et complications.

Habituellement la broche ne produit aucune réaction osseuse; l'orifice qui a été produit dans l’épiphyse est d’habitude vite réparé, car au bout d’un mois on n’en trouve plus trace sur les radiographies.

L'inconvénient de la méthode est d’être chirurgicale; elle demande une asepsie minutieuse et une surveillance quotidienne; en un mot, elle ne peut être pratiquée que dans un milieu chirurgical, Même dans ce cas une infection est toujours possible. Si la broche a été posée loin de l’articulation, cette infection va produire un peu de nécrose osseuse ou d’ostéite raréfiante, et, quand la broche aura été enlevée, il va persister une légère suppuration au niveau de l’orifice, suppuration qui sera longue à se tarir et qui pourra nécessiter un curettage. Ces lésions d’ostéite ont été signalées par beaucoup de chirurgiens qui ont appliqué la broche de Steinmann; elles ne sont d'habitude pas graves, mais elles sont ennuyeuses, car leur cure thérapeutique nécessite souvent une petite intervention. Nous avons constaté dans un cas une de ces lésions d’ostéite (obs. XIV). Peu à peu le trajet s’est fermé sans nécessiter d'intervention.

L'infection devient beaucoup plus dangereuse si la broche a été posée au voisinage de l'articulation, il y a alors atteinte du cul-de-sac synovial et bientôt évolue une arthrite suppurée qui est redoutable de conséquences. Max Page avait

PART \ signalé deux cas d’arthrite suppurée du genou. Nous avons

observé nous aussi deux cas d'infection de l’articulation. La caractéristique de ces arthrites suppurées est leur évolution à bas bruit, leur tolérance parfaite pendant plusieurs semaines. Dans les deux cas le malade était presque apyrétique, se plaignant seulement légèrement de sa broche, souffrant peu à la mobilisation du genou, et ce n’est que tardivement qu apparurent des accès fébriles qui nous orientèrent sur la nature . des accidents. Cette arthrite suppurée évolue à peu près sans épanchement, il existe simplement un léger suintement purulent par un des orifices de la broche; la ponction de l’articulation ne ramène en général pas de liquide. Dans les deux cas que nous avons observés, ces arthrites suppurées ont en somme évolué d’une manière bénigne, mais il en est résulté une ankylose fibreuse du genou permettant seulement 10 à 30 degrés de flexion, d’où une impotence fonctionnelle notable.

Cette arthrite suppurée daeit être sûrement évitée si l’on pose la broche assez haut dans la région que nous avons indiquée. Dans les cas douteux, surtout si la broche doit passer au niveau du foyer de fracture, ce qui est le cas des frac tures sus-condyliennes en Y ou en V, il y a intérêt à la placer sur le tibia; la traction sera peut être moins parfaite, mais on évitera à coup sûr l'infection, qui serait presque fatale si l’on introduisait un corps étranger en plein foyer de fracture.

Nous ne pensons pas que ces accidents, dus à l'infection de l'articulation, qui sont en somme assez rares et qui doivent être évités par une bonne technique, doivent faire abandonner la méthode; elle donne de trop bons résultats anatomiques et fonctionnels dans la plupart-des cas, résultats qui restent très supérieurs à ceux obtenus par les autres moyens orthopédiques. En tout cas, elle reste moins grave que l’ostéosynthèse, pour laquelle l'infection est encore le gros danger, et donne des résultats comparables, sinon meilleurs.

Page 1