‹ Contribution à l'étude du traitement des hémorragies par insertion basse du placenta au cours du travailChapitre 8 sur 23 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les hémorragies au cours de l'accouchement sont -connues depuis la plus haute amtiquité : HIPPOCRATE, MŒ&cHIoON, Paul D'EGNE au vi siècle, HiLDEN leur opposaient une sorte de pessaire astringent. Par ailleurs, HIPPOCRATE connaît des cas d’expulsion du placenta avant le fœtus. Ambroise PARÉ, chirurgien du roi, en 1585, parle de la « difficulté d’enfanter quand l’arrière-faix vient le premier, lequel accouchement est appelé filius ante patrem, ce qui est très dangereux ». Louise BOURGEOIS, sage-femme à la cour au début du xvir° siècle, a constaté que l’hémorragie cesse sitôt que la femme est accouchée, maïs elle ne reconnaît pas la cause de cette hémorragie pour laquelle

elle préconise l'accouchement forcé.

GUILLEMEAU est le premier à relier les deux phénomènes : « Quand il y a flux de sang, c’est ordinairement le délivre qui se présente le premier », mais son explication est fausse puisqu'il pense que « l’arrièrefaix tombe au col de la matrice et le bouche», Il décrit la technique et pratique aussi l’accouchement forcé, et cela même sur la fille de son maître Ambroise Paré. Cette méthode brutale consiste à péné-

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trer dans la cavité utérine en séparant le placenta de son lieu d'insertion (PORTAL) ou en le fendant en deux (GUILLEMEAU) pour extraire le fœtus. Evidemment, le col était traumatisé plus ou moins sérieusement, suivant le degré de dilatation au moment de l'intervention et l’infection puerpérale était fréquente.

Quoique PorTar, en 1685, rapporte plusieurs observations où il reconnaît l’insertion vicieuse du placenta comme un fait primitif avec l’hémorragie qu’elle occasionne, les idée® et le traitement de GUILLEMEAU sont encore suivis par PEU, Dionis, DEVENTER : Les résultats sont plus que médiocres pour les femmes et généralement catastrophiques pour les enfants. Matu- RICEAU en constate les funestes effets à l’occasion d’un cas familial. Aussi, préconise-t-il une thérapeutique moins violente par la rupture des membranes, car il a constaté que l'écoulement des eaux diminue ou arrête l'hémorragie ; Puzos, en 1759, reprend et vulgarise cette nouvelle méthode et ne pratique l’accouchement forcé que si l’hémorragie persiste. LEVRET, à qui on doit les premières études importantes sur le placenta prœvia, en 1753, est aussi partisan de l’accouchement forcé qu’il préfère à la césarienne. Il propose de rompre les membranes ou de passer à travers le placenta pour faire une version suivie d'extraction.

Pour Leroux (de Dijon), l'important est de pouvoir attendre une dilatation suffisante pour extraire le fœtus. Dans ses « Observations sur les pertes de sang des femmes en couches et sur le moyen de les

guérir », en 1776, il se propose d'arrêter l’hémorragie par un tamponnement, maïs seulement quand le travail n’est pas commencé. Autrement, il perce les membranes. La méthode complète celle de Puzos au lieu de s’y opposer. Il est, d’ailleurs, curieux de remarquer que le tamponnement fut d’abord appliqué aux hémorragies de la délivrance düûes à l’inertie utérine, Cette indication fut rapidement abandonnée et remplacée par celle du placenta prœvia pendant plus d’un siècle. Tour à tour, la méthode de Leroux est critiquée ou louée suivant les auteurs. M”° LA CHa- PELLE, en 1821, introduit et vulgarise son emploi à la Maternité de Paris et note, à côté de la rupture des membranes et de l’accouchement artificiel, que le tamponnement est Je moyen palliatif le plus puissant et «pourrait, jusqu’à un certain point être considéré comme curatif, qu’il excite les contractions de l’utérus et qu’il accélère le travail», mais elle constate la fréquence des infections. DuBois, SERRES sont de chauds partisans de la méthode de Leroux, alors que les inconvénients sont bien mis en évidence dans la thèse de Dumas, en 1864, qui reproche au tampon :

— de transformer l’hémorragie externe en hémorragie interne ;

— d'augmenter le décollement du placenta ;

— de compromettre la vie du fœtus ;

— de provoquer des douleurs très vives ;

— de favoriser l'infection ;

— d’être souvent insuffisant.

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Aussi les partisans «à tout crin » sont-ils de moins en moins nombreux et ses adversaires cherchent un autre moyen d’hémostase. En 1789, RouGer (de Tou- < louse) utilise une vessie de porc, sans succès. En 1848, STEIN (de La Haye) met dans le vagin une vessie de chèvre ou de mouton qu’il remplit d'air ou d’eau. MiQuiEL (de Tours) emploie une veèsie de porc. KEIL- LER pratique le tamponnement vaginal avec un ballon de caoutchouc. CHASSAGNY (de Lyon) propose son ballon hémostatique. Toutes ces méthodes s'avèrent peu efficaces, aussi le tampon de Leroux possède encore d’ardents défenseurs en France avec BAILLy, GUÉNIOT, NÉGRIER (d'Angers), CHARPENTIER, Moy.

À l'étranger, les Anglais et les Américains emploient la méthode de Barnes dont le sac de caoutchouc introduit dans le pôle inférieur de l’œuf et gonflé a tn effet à la fois dilateut du col et hémostatique. Les Allemands préfèrent tamponner avec le Colpeurunter de Braun, ou bien faire une version podalique, le siège du fœtus remplaçant le ballon

dans son double but, comme le préconise BRAXTON- Hicxs (1860).

Vers 1880, l’apparition de l’asepsie fait renaître, pour un temps assez court d’ailleurs, le tamponnement à la Leroux. -

Avec PINARD s'ouvre une ère nouvelle. Il reprend en 1886 la méthode de Puzos et rapporte 15 cas où la rupture large et non la simple perforation des membranes assure 14 fois l’arrêt de l’hémorragie. On voit. l'efficacité du procédé qui, liée à sa facilité, à sa sim-

AS plicité, lui ont permis de garder une place de premier plan parmi les nombreuses méthodes encore proposées à l'heure actuelle. En 1888, CHAMPETIER DE RIBES préconise son ballon pour provoquer le travail dans les bassins rétrécis et PINARD l'utilise chaque fois que la rupture large des membranes s'avère insuffisante pour assurer l’hémostase. En 1894, l’accouchement forcé réapparaît, mais un peu moins brutal, avec l’accouchement méthodiquement rapide de TARNIER-BoN- NAIRE et récemment avec la méthode de Delmas qui utilise la meilleure dilatabilité du col après rachianesthésie. SIMPSON, en 1874, propose l’arrachement du placenta. WILLETT réalise l’hémostase par compression du placenta en appliquant la présentation sur le segment inférieur au moyen de deux pinces de Museux mises sur le cuir chevelu (1925).

Mais surtout la fin du xIx° siècle et le début du xx° inaugurent les premières tentatives de la chirurgie dans le traitement du placenta prœvia, généralement associé alors à une autre dystocie. La première césarienne fut réalisée par HusroN Forp en 1892, en France par LEPAGE en 1900. SELLHEIM et KRÔNIG, en 1908, publient en Allemagne 6 cas de césarienne corporéale, sans décès maternel ni fœtal. Cependant, cette méthode chirurgicale reste l’exception, comme le montre le Rapport de COUVELAIRE au Congrès de Gynécologie et d'Obstétrique de Berlin en 1912. L'amélioration de la technique opératoire et surtout la pratique de la césarienne supra-symphysaire ont permis à BRINDEAU et SCHICKELE la vulgarisation de

cette méthode en France depuis 1919, méthode de ; plus en plus employée et dont les résultats ont marqué une très nette amélioration du pronostic mater-

S dr pd

nel et fœtal. É + Le Rapport de Pagcor et REEB au Congres d Obstéhe ré de Paris de 1933 constitue une mise au point de la chirurgie du placenta prœvia. à Les résultats qu ‘ils donnent, basés sur un ensemble de 19 statistitiques, ont servi de base de comparaison nan nos

observations.

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