‹ Contribution à l'Étude du Traitement des Néphrites aiguës anuriquesChapitre 38 sur 41 · LA QAR ES · texte numérisé non relu

LA QAR ES

Le 1” décembre, à son entrée dans le service, la malade, prostrée, adynamique, présent des alternatives de conscience et de délire. L’anurie est totale et l’azotémie s'élève à 3 gr. %o. Mis à part un utérus un peu gros, un col légèrement entr'ouvert sans aucune perte, l'examen ne décèle rien d’anormal : l’apyrexie est rigoureuse, il n’y a pas d’ictère; la tension artérielle est à 10,5—4,5 ; l’hémogramme montre une anémie à 2.400.000, avec une numération et formule blanches normales.

Dans ses antécédents, on ne relève qu’un chancre génital, avec une réaction de BORDET-WASSERMANN négative en 1946, traité pendant un mois. Cette malade a eu trois grossesses : fausse-couche spontanée en 1945, avortement en 1947; en 1949, elle a mis au monde une fille en bonne santé.

Le traitement suivant est immédiatement institué : infiltration biquotidienne des pédicules rénaux, perfusion de sérum glucosé novocaïnisé et injection de 2.000.000 d'unités de pénicilline. Le soir même, la malade émet quelques gouttes d'urine.

Le 2 décembre, on effectue une première exsanguinotransfusion de 2 1. 500 de sang isogroupe; le sang retiré contient 3 grammes à 3 gr. 500 d’urée par litre. Ce jour même et les jours suivants, la diurèse se rétablit aux environs de 200 cm° avec une concentration uréique oscillante entre 4 et 8 gr. #%. L’azotémie qui était, avant l'intervention, à 2 gr. 80, se maintient à 3 grammes. L'état général sans changement; par contre, la fièvre s’est allumée, atteignant 40°, et s’accompagnant d’un état confuso-onirique.

Le 7 décembre, nouvelle exsanguino-transfusion de 2 litres de sang isogroupe : les jours suivants, la diurèse passe à 500 cm”, la concentration uréique à 7 gr. %o, tandis que l’azotémie qui était parvenue à 4 gr. 50, descend à 2 gr. 40. La malade présente une diarrhée profuse et des vomissements bilieux; la température est à 38°.

Le 10 décembre, on pratique une troisième exsanguinotransfusion de 6 Litres, à la suite de laquelle l’état général s'améliore et la diurèse atteint 1 1. 500. Mais l’azotémie remonte progressivement jusqu'à 4 gr. 20, faisant même un clocher de 6 grammes.

Devant ce tableau alarmant, la décision est prise, le 13 décembre, d'entreprendre une dialyse péritonéale. En douze heures, on fait circuler dans la cavité péritonéale 15 litres de la solution d’ABBOT et SHEA sans aucun incident, entraînant ainsi hors de l’organisme 30 grammes d’urée. |

Immédiatement après, l’azotémie tombe à 2 gr. 70 et baisse ensuite progressivement pour atteindre 0 gr. 30 en huit jours; la diurèse dépasse alors 2 litres pour une concentration de 16 gr. Yo.

La température est revenue à la normale; l’état général s’améliore rapidement. |

Malheureusement, deux complications devaient retarder la guérison de cette malade. Tout d’abord, une légère élévation thermique et des signes frustes de phlébite de la jambe gauche nécessitaient un traitement par l’héparine à la dose de 30 milligrammes par jour. Ensuite, dans les premiers jours de janvier, s’installait insidieusement

une paralysie sciatique du type périphérique atteignant

EC De

le sciatique poplité externe et le sciatique poplité interne. L’examen électrique de ces territoires montrait une inexcitabilité totale des nerfs et l’inexcitabilité faradique des

muscles avec ébauche d’inversion de la formule polaire

L'examen électrique montrait aussi des troubles plus

discrets des mêmes territoires du côté opposé.

Actuellement, en mettant à part cette paralysie sciatique qui demeure, on peut considérer la guérison comme assurée : l’apyrexie est totale, l’état général excellent; il

ne persiste qu’une albuminurie résiduelle minime.

En résumé, il s’est agi d’une malade qui a absorbé dans un but abortif, des pilules en vente dans le commerce et a pratiqué des manœuvres intra-utérines. Très rapidement, s’est installée sans fièvre une anurie qui n’a pas cédé aux thérapeutiques habituelles et qui a nécessité trois exsan:

guino-transfusions et, ensuite, une dialyse péritonéale.

Du point de vue étiologique, cette observation pose un problème difhicile. Le caractère clinique de cette anurie l'absence de fièvre, de tout symptôme hépatique, font penser à une anurie toxique et, de ce fait, la malade recon naît avoir absorbé des pilules abortives. Ces pilules, er vente dans le commerce sous le nom de « Pilules Améri. caines », contiennent du safran, de l’absinthe et de l’aloès Îl est possible qu’elles soient à l’origine de l’anurie, mais ie fait n’apparaît pas certain. La malade nie formellement avoir absorbé de l’apiol, et d’ailleurs, elle n’a pas présenté d’atteinte hépatique. Cependant, la paralysie des sciati ques poplités interne et-externe gauches, associée à une atteinte plus discrète, mais certaine, du sciatique droit,

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