SUITES ÉLOIGNÉES
La littérature moderne foisonne de statistiques relatives aux suites éloignées données par les différentes techniques pour les ulcères gastro-duodénaux perforés. Dans l’ensemble, les auteurs constatent que les gastrectomies donnent beaucoup plus de sécurité. C’est certain, mais il est peut-être intéressant d'examiner ces résultats éloignés en ne perdant pas de vue les suites immédiates et de la mortalité primitive. Nous avons une statistique très restreinte de gastrectomies; elle nous intéresse donc peu, tout comme les cas simplement suturés ou ceux qui ont été gastro-entérostomisés suivant la technique habituelle en trois plans au fil de lin.
Au contraire, il nous parait intéressant d'examiner les suites éloignées des malades qui ont été opérés avec le bouton de Jaboulay. Nous avons eu des nouvelles de 24 cas sur 34. Tous vont très bien, sauf 4, soit une proportion de 1/6 de résultats
médiocres. Voici ces cas que nous rappellerons brièvement :
OBs. 7. — Syndrome de perforation survenant longtemps après l'intervention (plusieurs années). Le malade est transporté à l’hôpital, mis en observation et tout s’arrange en quelques heures. Le contrôle radiographique montre que l'évacuation se fait presque toute par le pylore.
Os. 33. Au bout de trois ans, le malade fait une nouvelle perforation qu’on obture aussi bien qu’on le peut avec épiploo-plastie. Depuis lors, aucun trouble, mais l’évacuation se fait par le pylore.
Ogs. 40. — Le malade revient avec un syndrome de sténose. L’examen radiologique montre l’imperméabilité du pylore et de la bouche qui présente encore son bouton. On enlève ce bouton et l’on fait une anastomose correcte postérieure trans-mésocolique. Le malade jouit à l'heure actuelle d’une excellente santé.
Ogs. 63. — La malade est opérée d’un ulcère perforé de la région duodéno-pylorique. On fait une gastro-entérostomie au bouton et tout
va bien pendant trois mois. Mais, depuis, la malade présente des douleurs qui sont dues à l'existence d’un ulcus peptique du jéjunum. Cette malade subit une résection de la bouche avec nouvelle gastroentérostomie, la résection étant rendue impossible par l’adhérence totale de toute la région duodéno-pylorique au pancréas. La malade, après quelques jours d'évolution normale, présenta un syndrome de coliapsus cardiaque avec vomissements incoercibles. L’autopsie fut d’ailleurs faite : elle ne montra rien d’anormal, tout en étant parfaitement libre au point de vue orificiel.
De ces 4 malades, nous pouvons rapprocher ie dernier cas
médiocre parmi tous ceux que nous avons revus (obs. 70) :
Il s'agissait d’un ulcère de la petite courbure qui fut réséqué et auquel on fit une anastomose au bouton.
Le malade fit une perforation, on se contenta de l’obturer et, un an après, ce même malade fut transporté d'urgence pour une hématémèse importante qui nécessita des soins pendant quelques jours. On fit une gastrectomie. Depuis lors le malade va très bien.
Cette observation est intéressante à plusieurs titres :
a) Elle a montré la persistance du principe ulcéreux, malgré le bon fonctionnement de la boucle et la résection de l’ulcère primitif.
b) Elle nous a permis de vérifier, de visu, la perfection de la boucle créée par ie bouton qui était parfaitement souple et dont le calibre admettait facilement le pouce.
Les 20 malades qui ne se plaignent d’aucune douleur et d'aucun trouble ont été passés pour la plupart à la radio. Sur 18 cas qui ont été examinés, on note :
— 8 cas où toute la bouillie passe par l’anastomose;
— 6 cas où tout passe par le pylore;
— 4 cas où la bouillie passe et par l’anastomose et par le pylore.
Il est curieux de noter que la vidange par le pylore, l’anastomose, où les deux, ne semble pas se manifester ainsi par des signes propres pouvant attirer l’attention.