CHAPITRE IV
Traitement par tamponnement
Maintenant que nous avons passé rapidement en revue les divers traitements employés dans l'infection des gaines tendineuses, nous allons exposer le traitement que nous préconisons et dont nous avons pu apprécier les avantages dans le service du Dr Rivet.
Ce traitement comprend plusieurs temps successifs : l’anesthésie, l’incision, l'évacuation du pus, le nettoyage du foyer, son tamponnement avec une mêche de gaze, enfin le pansement consécutif.
Anesthésie. — Qu'il s'agisse d’opérer un panaris ou un phlegmon des gaines synoviales de la main, nous employons toujours l’anesthésie. Nous réservons l’anesthésie locale aux cas dans lesquels la racine du doigt est indemne. Lorsque nous nous servons de cocaïne, nousinjectons, comme le recommande Reclus, la solution à 4 pour 100, à la racine du doigt, profon-
dément dans les tissus, et nous attendons que la peau
DSi
soit devenue blanche. Nous préférons cependant à cette substance la stovaine ou lalipine. Cependant, même dans les panaris limités au doigt, et à plus forte raison lorsqu'il s’agit de phlegmons tendineux de la paume, nous préférons employer les anesthésiques généraux, le chloroforme, l'éther, ou bien encore le somnoforme et autres anesthésiques de ce genre, faciles à manier et très pratiques dans les interventions de peu de durée.
Hémostase. — Le deuxième temps de la méthode, et que nous considérons comme très important, est l'hémostase préalable. Dans les panaris limités aux deux dernières phalanges, on peut se servir d’un simple drain, gros comme le: petit doigt, avec la partie moyenne üuquel on décrit un circulaire à la racine du doigt, tandis que les deux chefs sont croisés sur le dos de la main, où on les fixe, soit par un nœud, soit entre les mors d'une pince à arrêt. Ce moyen d'hémostase ne peut plus être employé si l'infection occupe la première phalange, car l'incision doit être faite alors jusqu’à la racine du doigt. Dans ce cas, et lorsque l'infection siège encore plus haut, au niveau de la main ou de l'avant-bras, nous nous servons de la bande d'Esmarch, que nous appliquons à distance du lieu infecté et que nous serrons en dernier lieu à
la racine du membre.
Incision. — L'anesthésie obtenue, l’hémostase
assurée, nous entreprenons l'ouverture de la gaine Synoviale. Les incisions sont faites suivant les règles topographiques. Même dans l’incision d’un simple panaris tendineux, nous opérons prudemment, méthodiquement, plans par plans, et une fois le foyer ouvert, nous y introduisons une sonde cannelée, et sur cette sonde nous segmentons les tissus dans toute l'étendue que nous jugeons nécessaire. Les bords de la plaie sont ensuite écartés et nous avons alors sous les yeux les tendons contenus dans la gaine. Grâce à l’anesthésie et à l’hémostase, nous pouvons ainsi tout à
notre aise faire une incision à la fois prudente et suffi-
samment large qui nous permette, tout en évitant une
lésion quelconque d'organes sains, d'ouvrir dans toute sa longueur le foyer d'infection, et de n’avoir plus besoin dans la suite de recourir à de nouvelles incisions.
Nettoyage du foyer. — Le foyer infecté ouvert, il faut le nettoyer. S'il est relativement facile de nettoyer une gaine digitale dans toute sa longueur, il est autrement difficile d'obtenir un bon nettoyage lorsqu'il s’agit des gaines carpiennes, de ces vastes phlegmons avec fusées et décollements, au niveau des éminences thénar et hypothénar, dans la région du poignet ou de l’avant-bras. Dans le premier cas, des tampons, des
compresses peuvent suffire; dans le second, la curette
est le plus souvent nécessaire. Nous nous servons
alors d’une curette analogue à celle employée dans
De
les mastoïdites et, comme dans les synovites tuberculeuses fongueuses et à grains riziformes. nous faisons un curetage en règle. Nous enlevons ainsi tous les exsudats, nous détruisons toutes les adhérences ; nous prenons, pour ainsi dire, chaque tendon un à un et nous le nettoyons à fond. Les parties nécrosées des tendons et les débris sphacélés aponévrotiques sont enlevés, au besoin, à l'aide d'un ciseau; ce nettoyage est poursuivi dans tous les coins et recoins du foyer, jusque dans les interstices musculaires, lorsqu'il s'y est produit des fusées purulentes. Il va sans dire que nous enlevons avec soin toutes les parcelles osseuses nécrosées, qui deviendraient la source d'une suppuration prolongée.
Quand il ne s’agit que de panaris limités aux phalanges, nous nous contentons d’un nettoyage à sec ; quand il s’agit, au contraire, de phlégmons tendineux de la paume ou de l'avant-bras, nous faisons passer, après le curetage, un courant d’eau oxygénée, suivie d'un courant d’eau bouillie, qui enlève la mousse provoquée par le médicament et permet de bien se rendre compte de la suffisance du nettoyage.
Nous ne cautérisons jamais avec le chlorure de zinc ni autre substance. Nous avons, en effet, remarqué que ces Cautérisations au chlorure de zinc sont non seulement extrèmement douloureuses dans les heures
qui suivent leur application, mais encore qu'elles
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