‹ Contribution à l'Étude du Traitement des Urétrites par le Protargol et l'Acide PicriqueChapitre 10 sur 31 · AE JAMES · texte numérisé non relu

AE JAMES

répandue, sur l'explosibilité de l'acide picrique, en s’adres

sant à la compétence autorisée en semblable matière de M. Colson, examinateur à l’école polytechnique : «Autant les picrates sont des explosifs dangereux, autant l'acide picrique se manie avec sécurité. Il fond à 122°, il n’est pas prudent de le surchaufYer brusquement : à l'air libre, il résiste aux chocs. Tout le monde sait que la mélinite est de l'acide picrique et que le chargement des obus est confié à des soldats. Ceux-ci chauffent l'acide picrique pour le fondre et l'introduire dans le projectle et ce n’est que sous l'influence des détonateurs que la mélinite acquiert les propriétés brisantes qui la rendent si redou- - table. » Ainsi donc se trouve réglée cette question htigieuse de l'explosibilité. | |

Dans l’industrie, 1l est chabloyé à à la coloration en jaune de la soie et de la laine : le .coton ne peut pas prendre celte teinture. On s’en sert encore pour la falsi-

fication des bières à causé de son amertume et de son bas Dr # |

Dans les léboratoites il est employé à la conservation des pièces destinées à l° examen microscopique. Il sert également à la décalcification des os qu'il ramollit ; enfin, il entre dans la composition du picrocarminate d’ammoniaque, qui est d’un usage constant en histologie.

L'acide picrique n'est point un toxique dangereux : la falsification des bières par ce corps, son administration un peu démodée comme amer, comme fébrifuge, comme antichlorotique, le démontrent surabondamment.

Sans doute, administré à l'intérieur, il donne au bout

de quelques Jours aux téguments une teinte Jaunatre qui

TN ARS rappelle celle de l’ictère : mais le malade n’en est nullement incommodé et cela même prouve la tolérance de l'organisme pour cet agent médicamenteux ; il ÿ à imprégnalion et non intoxication : et d’ailleurs la coloration disparaît spontanément huit jours après que lon a suspendu l'emploi du médicament.

Comme médicament externe, il fut employé en 187 6, par Curie et Chéron, dans le traitement des plaies suppurées. Ces auteurs firent une communication en faveur de cet antiseptique, parce qu'ils avaient remarqué qu'il dimi- nuait ou même supprimait la suppuration des plaies.

Les propriétés de l'acide picrique, au point de vue thérapeutique, sont des plus intéressantes à connaître. Non seulement 1l n’est point douloureux, mais il est doué encore de propriétés analgésiques puissantes non douteuses.

Il se conserve facilement : sa composition est très stable : il n’est nullement caustique, présentant sur l’acide phénique, le sublimé, le grand avantage de ne Jamais déterminer des phénomènes d'irritation. C’est un bon antiseptique, et cette action est rendue évidente par l’absence de fermentation des pièces anatomiques conservées dans l'acide picrique.

Le D° Thierry (1) avait remarqué depuis longtemps déjà, pendant ses travaux de laboratoire, l’action bienfaisante de l'acide picrique sur les petites brûlures qui surviennent comme accidents de laboratoire ; et c’est la con-

statation de cette propriété qui l’amena à employer, depuis

(a) Dr Tuierrx. Gazette des hôp., janvier 1896.

M leve

1892, dans le service du P° Tillaux, ce lopique d’une façon systématique, pour le traitement des brûlures superficielles. Le D' Filleul, sous son inspiration, a étudié ensuite ce mode de traitement dans sa thèse inaugurale et a bien fait ressortir les propriétés analgésiques et antiseptiques de l’acide picrique ; mais il a insisté surtout sur une des propriétés les plus importantes, c’est la puissance kératoplastique, qui ne le cède en rien à l’acide pyrogallique et qui se démontre d'elle-même, quand on suit la marche du processus réparateur de la lésion.

Si l’acide picrique est incapable de produire des acer dents, il n’est pas sans présenter quelques inconvénients qui proviennent de ses propriétés colorantes ; inconvénients contre lesquels on peut remédier en recourant à certains procédés.

L'usage de l'acide picrique ne s'est pas limité au seul traitement des brûlures, il a été appliqué ensuite en. oculistique, en otologie, en vénéorologie, en gynécologie, enfin dans les voies urinaires.

Comme on le voit, ce topique mérite d'être adopté en chirurgie courante, au même titre que le sublimé et l'acide phénique : il est susceptible d’un grand nombre d'applications pratiques et devra surtout attirer l'attention des chirurgiens et nécessiter de nouvelles recherches.

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