OBSERVATION III
(Observation personnelle recueillie à l’hospice du Perron dans le service de M. le professeur agrégé Cape.) - |
Néoplasme utérin. — Injections de sélénium colloidal.
Gr... Marie, 58 ans, ménagère, vient de la Charité, service du professeur Pollosson, où on lui a refusé une intervention.
Rien dans ses antécédents héréditaires. Pas d’antécédents néoplasiques dans sa famille.
Trois frères ou sœurs dont une morte d'affection pulmonaire aiguë. Personnellement : pas d'affection dans son enfance. Réglée à l'âge de 15 ans, assez régulièrement. Mariée à 21 ans; une fausse couche de trois mois, deux enfants morts tous deux dans leur première enfance ; mari vivant, bien portant. Fluxion de poitrine à 40 ans; pas de ponction. Congestion pulmonaire il y a trois ans. Ménopause à l’âge de 51 ans, à la suite de laquelle la malade conserva des pertes blanches.
L'affection pour laquelle la malade entre a débuté, il ÿ a environ deux ans, par des douleurs abdominales de violence modérée, puis quelques mois après par des pertes abondantes rosées, d'odeur fétide, Au mois d'août dernier, la malade souffrant davantage consulte un médecin qui l'a fait entrer à la Charité où on lui fait un traitement purement symptomatique
Niue (tampons, lavages). Elle est envoyée ensuite au Perron avec le diagnostic de néoplasme utérin inopérable.
À l'entrée : femme présentant un état général très mauvais, amaigrissement marqué. Cachexie. Œdème léger des membres inférieurs. Les douleurs sont assez violentes dans le petit bassin avec irradiations lombaires. Pertes abondantes, température oscille entre 37°5 et 378.
Pas de troubles digestifs. Rien du côté du système urinaire. Au toucher vaginal : large ulcération du col utérin saignante; avec infiltration circulaire des parois vaginales, induration des culs-de-sac latéraux. Le palper abdominal combiné au toucher montre un utérus de volume moyen en partie immobilisé, sans adénopathie iliaque ou lombaire perceptible.
Rien au foie. Pas d’ascite.
Quelques troubles urinaires consistant surtout en pollakiurie, mais pas d'hématurie.
Pertes rosées abondantes, douleurs modérées.
Analyse d'urine (M. Wolf) :
VOD ses me sens ss) LOU RÉ NS T rene nce: MIO CHiorures-2.- 5... 11.47 rAcide/phosphorique.r.t...... 12,01 ETC UFIQUE PR serie de OL RO
15 avril. — Injection d’électro-sélénium £ dans les muscles de la région fessière.
21 avril. — Trois injections intra-musculaires ont été pratiquées chacune de 5 centimètres cubes. L’injection elle-même ne s’est accompagnée d'aucune douleur locale, la résolution a été complète. Comme phénomène réactionnel, il faut noter après la première injection un léger frisson trois heures après; et chaque fois une élévation de température le soir même, élévation variant entre 1° à 1° 1/2. D'ailleurs, pas d'autre phénomène. Pas de céphalée.
Au point de vue utérin, la malade, qui avait des pertes abondantes et des douleurs parfois violentes du côté de son petit
bassin, a vu ses symptômes s’amender légèrement, les pertes, en particulier, ont presque disparu sans autre médication.
29 avril. — On pratique aujourd'hui une injection intraveineuse suivant la technique elassique. L'injection très facilement faite est suivie une heure après d'un frisson modéré qui dure une demi-heure et s'accompagne d'une élévation de température de un degré (37°5 au moment de l'injection 38°5 pendant le frisson). Le tout s'apaise rapidement. Aucune céphalée. La malade mange le soir de bon appétit et la température à 7 heures est retombée à 37°5.
26 avril. — A la suite de denx injections successives de 5 centimètres cubes de sélénium, la malade présente de légers frissonnements et quelques sueurs.
28 avril. — Ces quelques phénomènes ont complètement disparu le troisième jour, après la deuxième injection intraveineuse.
On constate aujourd'hui l'absence complète de pertes et de douleurs. La malade réinterrogée soigneusement à ce sujet, confirme qu'elle n’a jamais eu depuis le début de son affection aucune période sans perte, que celles-ci ont toujours été abondantes et que les douleurs avaient toujours été continues.
Le poids qui était de 38 kilos au début est aujourd'hui monté à 40 kilos. |
10 mai. — La malade continue à supporter admirablement le traitement. Chaque injection est suivie du frisson et d’une élévation de température de 1°. Le tout ayant plutôt tendance à s'atténuer. Dans l'intervalle, pas de température, pas de frisson, pas de céphalée. Appétit bon.
Il n'existe ni douleurs, ni pertes.
Analyse d'urines :
Volome:,. ss es eee Uréasss LR RS ChIoEU SE ECS EC Acide phosphorique........ 2,124 Acide uriquas ste. Se QE
hors 6 juin. — La malade a reçu au total dix-neuf injections de sélénium colloïdal. Elle ne présente aucun signe d’intolérance, au contraire, les réactions ont plutôt tendance à diminuer. Nous remarquons dans cette observation : l'amélioration de l'état général; la disparition des œdèmes; l'appétit revenu; l'état cachectique beaucoup moins prononcé, l'augmentation de poids : 4 kilos en un mois.
Du côté de la tumeur elle-même : la disparition à peu près complète des pertes et la malade a bien été interrogée à ce sujet: la disparition de douleurs à partir de la troisième injection.