CHAPITRE Il
Données expérimentales sur le sélénium colloïdal.
Dérivée des travaux de Wassermann, ‘la thérapeutique du cancer par le sélénium colloïdal se basait aussi sur les propriétés générales que l'on reconnaît aux colloïdes. L'association d’un corps médicamenteux à un colloïde artificiel en augmente la valeur thérapeutique. D'autre part, un colloïde se précipite devant un autre colloïde : or on sait que les microbes ou leurs toxines sont d’origine colloïdale comme toute cellule vivante. Théoriquement, on pouvait se demander si en chargeant un colloïde du médicament on n'obtiendrait pas un véritable obus médicamenteux qui, n’éclatant que devant la lésion, donnerait un résultat meilleur.
Le sélénium colloïdal a été préparé presque simultanément par Lancien et M. et M" Victor Henri. Plusieurs méthodes ont été essayées: 1° réduction d’une solution de ScO? par l'acide sulfureux; 2° réduction de la même solution par d'hydrate d’hydrazire ; 3° électrolyse avec une cathode de sélénium, une anode de platine d'une solution neutre ScO?. Les deux premières méthodes ont donné des particules très grosses, fort instables ; la dernière, au contraire, donne une solution
AT TEE
très stable non modifiable par la lumière, la chaleur, les électrolytes, isotonique et d’un grain très fin. Par la dialyse prolongée (de troix à six semaines) en sacs de collodion, on arrive à purifier ces colloïdes et on obtient une solution qui à une conductivité électrique égale à 4,10 et une teneur en Sc de 0,2 à 0,5 grammes par litre. De même que les chimistes ont décritdeux variétés principales de sélénium amorphe, la variété noire + et la variété rouge B, de même, l'électro-sélénium se présente sous deux formes : le mélanosélénium brun et l'érythrosélénium. Il existe entre ces deux préparations des différences physico-chimiques; les différences biologiques sont nulles.
Nous avons utilisé pour nos recherches l’érythrosélénium (1) dont l'étude expérimentale et clinique avait été pousséele plus loin. Les recherches de Duhamel, G. Debierre, Victor Henri nous avaient renseignés auparavant sur la toxicité du médicament et les modifications urinaires qu'entraiînait son introduction dans l'organisme. D’après G. Duhamel, le sélénium colloïdal électrique présente un toxicité remarquablement inférieure à celle des composés Les plus connus du sélénium. Les expériences ont porté sur des cobayes auxquels Duhamel à fait des injections intra-musculaires, et sur des lapins où il à choisi la voie intraveineuse. Il s’est servi du sélénium colloïdal rouge dosé à 0 gr. 20 centigrammes de sélénium brut au litre. Chez le lapin, l’'injection intra-veineuse de sélénium colloïdal en solution bien
(4) Préparé par les laboratoires Clin, qui ont bien voulu mettre à notre disposition des ampoules de 0,05 cen *.
Ce dialysée et soigneusement isotonique ne provoque aucune espèce d'accident précoce ou tardif, etce pour des doses relativement considérables :
« J'ai injecté, dit Duhamel, à de nombreux lapins, et dans différents desseins, de 0,05 à 0,40 ce. de sélénium. Je retiendrai l'histoire de deux de ces animaux. L'un, d'un poids initial de 3.000 grammes (animal mâle assez âgé), a reçu, en cinquante-sept jours, une quantité totale de 285 cc. de sélénium colloïdal, ce qui représente 0 gr. 057 milligrammes de sélénium métalloïdique. Les doses injectées ont été progressivement croissantes de 0,05 à 0,40 ce. La veine marginale choisie pour les injections est demeurée perméable jusqu'à la fin. Au bout de cinquante-sept jours, le poids a été trouvé de 2.910 grammes, la courbe des températures présentait des oscillations sans importance.
« Le deuxième lapin, du poids de 2.090 grammes au début, a reçu, en cinquante et un jours, et par la même voie, 260 cc. du même sélénium colloïdal électrique. Son poids terminal a été de 2.550; il n’a présenté aucun trouble. »
Duhamel rapporte, cependant, l'histoire d'un lapin qui, ayant reçu en une seule fois 20 ec. d'une solution d'acide sélénieux contenant, comme le colloïde, 0,20 grammes de métalloïde au litre, est mort au bout de neuf jours, ayant maigri de 520 grammes. La toxicité du sélénium à l'état sélénieux et par voie veineuse, chez ce lapin, serait donc de 0 gr. 0012 par kilogramme d'animal. Le chiffre signalé chez le chien par Lapicque et Chabrier, est de 0,003 par kilogramme d'animal.
Les cobayes ont bien supporté de nombreuses injec-
NT tions de sélénium dans les muscles sans voir survenir ni accident local, ni accident général.
La faible toxicité du sélénium colloïdal électrique correspond, dans un autre ordre d'idée, à un pouvoir bactéricide nul ou à peu près. Des tubes contenant 10 cc. de gélose reçoivent des quantités croissantes de sélénium colloïdal et sont refroidis et débarrassés de leur eau de condensation. Le staphylocoque en culture dilnée est ensemencée sur ces tubes et cultive encore parfaitement sur les milieux contenant quarante gouttes de colloïde.
L'action du sélénium colloïdal a été étudiée par M. et M" Victor Henri, sur les infusoires ; ce colloïde n'est pas toxique pour les infusoires différents provenant d'infusion du foin. Certains infusoires ciliés, tels que les glaucoma, mis dans une solution de $. colloïdal, absorbent, dans les dix à vingt minutes, une grande quantité de ce colloïde, qui est alors précipité dans les vaccuoles digestives et forme des boules sphériques qui apparaissent à l’ultra-microscope avec une couleur rouge feu très lumineuse. Exposés aux rayons ultraviolets, à quinze centimètres d’une lampe à mercure de 110 volts, les glaucoma sont tués en cent vingt secondes. Si l’on expose ces infusoires à la même lumière, après les avoir soumis à l’action du $S. colloïdal, la durée de la mort’est considérablement abrégée, il ne faut plus que quarante secondes au lieu de cent vingt.
Ce colloïde exerce chez l'animal de grosses modifications de l’excrétion urinaire.
B.-G. Duhamel et G. Debierre ontrecherché sur le lapin
tt cés variations. L'analyse pratiquée avant, pendant et après le traitement sélénié, a donné des résultats très nets, surtout avec le sélénium rouge üitrant 0,20 centigrammes par litre.
Il résulte de ces recherches qu’une partie du sélénium injectée à l'animal est éliminé par les urines. L'injection quotidienne de cinq centimètres cubes de la solution modifie les excréta. On n’'observe pas de modification bien notable du côté du volume des urines, qui diminuent plutôt, et dont la coloration n'est pas non plus spécialement modifiée ; mais, la densité, qui augmente au début du traitement, décroît ensuite. L’excrétion de l'urée est nettement et régulièrement accrue ; elle peut passer de 1 gr. 38 par jour, chiffre normal, à 3 gr. 64, chiffre maximum, observé pendant la quatrième semaine des injections. Le chiffre des phosphates et des chlorures augmente de même et se maintient irrégulièrement. Cette augmentation, somme toute globale, des matérlaux de l’excrétion dure des semaines. Pour l’urée et les phosphates en particulier, elle peut se prolonger après la cessation des injections.
Walker complétait cette étude du sélénium colloïdal, au point de vue théorique, par une analyse complète du composé et, se plaçant surtout dans le domaine chimique, mettait en garde sur la LOxERe du produit employé à trop forte dose.
Telles étaient les données expérimentales et théoriques sur lesquelles se basaient nos recherches cliniques.
L'action élective chimio-thérapique du sélénium sur la cellule cancéreuse semblait expérimentalement prouvée, action augmentée par le transport du médicament
sous la forme colloïdale. Les premiers succès obtenus par Thiroloix, les observations présentées par Netter à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, nous engagèrent à expérimenter la méthode nouvelle, dérivée des travaux de Wassermann. Nous avons tenté nos premiers essais sur les cancéreux inopérables hospitalisés à l'Hospice du Perron, dans le service de M. le professeur agrégé Cade, et sur différents malades des services de l’'Hôtel-Dieu.
Les résultats ont été très variables, ainsi qu’on pourra le voir dans nos observations. Nous nous sommes toujours adressés à des cancéreux très avancés, à lésions très graves, sur lesquels divers traitements avaient été tentés auparavant et pour lesquels la chirurgie ne pouvait plus rien.
Nous avons noté pendant trois mois les modifications apportées soit dans la symptomatologie, soit dans l'évolution même des lésions et ce sont ces observations que nous rapportons aujourd'hui.