‹ Contribution à l'étude du traitement du cancer par le séléniumChapitre 8 sur 21 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

Présentée par MM. Taimozoix et A. LanGIEN à la Société médicale des Hôpitaux de Paris. (Séance du 16 février 119421)

J'ai l'honneur de vous communiquer, au nom de M. A. Lancien et au mien, une observation où il a été possible de constater, sous l'influence d'injections intraveineuses de sélénium A colloïdal, des modifications intéressantes dans les adénopathies secondaires à un épithélioma tégumentaire.

Le 13 décembre 1911, entrait salle Jaccoud, lit n° 22, le nommé V...., âgé de 39 ans, ébéniste. Il vient d'un service de chirurgie où on a constaté l'existence d’un épithélioma volumineux ulcéré de Ja base de la langue, avec grosses adénopathies rétro-angulo maxillaires bilatérales. C’est un alcoolique invétéré, un fumeur constant. Il n'a pas eu la syphilis. (Wassermann négatif.) / :

Les troubles fonctionnels qu'il accuse consistent en dysphagie, dysarthie (la langue est soudée au plancher buccal), sialorrhée, otalgie bilatérale. Depuis cinq mois, c’est-à-dire depuis l'apparition du cancer, appréciée par les troubles fonctionnels, l'amaigrissement a été de 15 kilos : 65 kilos le 6 juillet, 50 kilos le

o décembre, 47 kilos le 16 février. L'examen local montre l'immobilité de la langue, la déviation à gauche, l'existence à la limite du dos de la langue d’un bourrelet saillant, à la face supérieure de cet organe, plus accusé à gauche. La masse, dure comme du bois, irrégulière, est creusée à son centre d'une exulcération superficielle qui a l'étendue d’une pièce de 0 fr. 50 en

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argent et qui se continue en arrière et en dehors dans le sillon glosso-amygdalien gauche. Les masses ganglionnaires ont le volume de gros marrons, sont régulières et ligneuses. La masse néoplasique linguale est le siège de douleurs intolérables que ravive le passage des aliments ou l'examen digital.

En présence d’une telle situation, nous primes la résolution d'essayer une thérapeutique dérivée des travaux de Wassermann sur la guérison du cancer des souris par les injections intraveineuses de séléniate de soude avec éosine. M. Lancien voulut bien, à notre demande, se charger de préparer une solution colloïdale de sélénium.

Le 11 décembre, on pratique sur V.... la première injection intraveineuse de sélénium A colloïdal de 4 cc. Cette injection - est suivie d'un grand frisson qui dure sept heures et est aecompagné d’une élévation de température à 39 degrés. À partir de cette date jusqu'au 16 février 1912, tous les huit jours, on pratique la même injection intraveineuse de 5 à 8 ce. de sélénium A colloidal, chaque fois l'injection est suivie du même grand frisson très pénible avec température à 39, 40° et cette température persiste de un à trois jours ; mais après cette hyperthermie, tout rentre dans l’ordre. Dans l'intervalle des injections, la température est normale, aucune fonction n’est troublée.

Après les premières injections, il nous a paru que les adénopathies se rétractaient, que l'immobilité de la langue et que les douleurs étaient moindres. Nous n'avons jamais attaché d’importance à ces modifications que beaucoup de procédés thérapeutiques ont produites. Mais le25 janvier survient un fait nouveau. L'adénopathie rétro-angulo-maxillaire droite augmente subitement de volume et devient en quelques jours fluctuante, quoique indolore. Nous pratiquons les 2, 15 et 16 février des ponctions dans la masse et nous obtenons près de 20 cc. en tout d'un liquide visqueux rosé, inodore, grumeleux, aseptique (cultures aéro- et anaérobies négatives). Centrifugé, le liquide extrait se sépare en deux parties, une séreuse, plus considérable, superficielle, et une profonde formée de grumeaux grisâtres.

A l'examen histologique, la bouillie se montre formée de

masses amorphes, incolorables, de cellules pavimenteuses, de cellules d'aspect endothélial à protoplasma vaeuolé et à gros novau dont la coloration est diffuse. Beaucoup de ces noyaux ont de vacuoles. Autour de ces amas épithéliaux gravitent des mononucléés et de rares polynucléés.

Après la ponction du 16 février, le ganglion avait presque complètement disparu et n'était plus représenté sous la peau que par une petite masse grosse à peine comme un petil noyau de cerise. Il n'y a jamais'eu de température générale ou de réaction locale : on a eu sous les yeux une véritable fonte ganglionnaire à froid.

Cette observation démontre: 1° que le sélénium A peut être obtenu facilement à l'état colloïdal ; 2° que ce colloïde n'est pas toxique ; 3° qu'il peut être injecté par les veines; 4° qu'il n'a d'action que sur les masses épithéliomateuses très vasculaires ; 5° que cette action est cytolytique, fondante, suivie ou non de résorption.

Examen physicochimique du liquide sérotique. — Le liquide est formé d'une bouillie de cellules. A l'ultramicroscope on distingue très bien deux sortes de mouvements, surtout si l'on observe successivement à l'ultra de verre et finalement à l'ultra de quartz. Dans le liquide se trouvent des particules nombreuses de sélénium colloïdal {1° mouvement) que l'on peut facilement distinguer des grains browniens ordinaires du liquide biologique par leur couleur et leur petitesse. |

On retrouve ces grains dans les cellules qui semblent être bourrées de colloïde.

On peut identifier par les réactions de Streng (Neues Jahrb. f. Min., 1886), puis par le magnésium et l'iodure de potassium, les particules de sélénium.

D'autre part, en centrifugeant on sépare la bouillie de cellules du liquide excipient, et au spectrographe on remarque que dans les cellules, les raies Se a, groupe Se £, groupe Se y3e dans le vert, sont bien plus intenses pour les cellules que pour le liquide. On peut-dire qu'il y a probablement pourcentage plus grand pour les cellules que pour l’excipient,.

NT: VE Par conséquent, nous pouvons conclure :

1° Que le sélénium colloïdal électrique injecté se retrouve dans le liquide sérotique ; 2° Qu'il semble se fixer dans les cellules.

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