‹ Contribution à l'Étude du Traitement du MyxédèmeChapitre 19 sur 50 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

(Ralf WicHmann Deut méd. Woch, Mars 1893).

J’observai un cas de myxœdème chez une femme de 35 ans, de taille moyenne, d’une famille où il n’existe pas de maladie nerveuses ; ses parents vivent encore et sont en bonne santé; eile n’a jamais eu de maladiesantérieures, elle est mariée depuis huit ans. Il y a quatre ans, elle ressentit une douleur dans le bas ventre, ses jambes étaient

enflées; l’urine ne renfermait rien d’anormal : l’œdème des jambes disparut. Sa maladie actuelle daterait de deux ans; elle s’est déclarée à la suite de la pluie qui aurait mouillé la malade ; elle débuta par le cou, l’œdème diminua peu: à peu surtout lorsque la malade commença à prendre de forts purgatifs ; plus tard elle eut souvent une sensibilité venant de l'estomac vers le cou (sensation de boule) qui persiste encore. En même temps il se produisit un changement dans son langage, lequel devint lent, difficile ; la voix grosse et rauque est l'effet produit par le grossissement, l’épaississement et l'élargissement de la langue qui remplit la bouche et gêne beaucoup la malade pour manger. Tout le visage est œdématié, particulièrement les paupières, les joues, les lèvres et le menton. lorsqu’eile sortait elle épouvait un sentiment indéterminable de nudité derrière la tête particulièrement ; et qui pouvait bien être causé par la calvitie qui se développait ; du reste elle avait toujours froid; jamais elle n’a transpiré pendant sa maladie.

Au commencement de sa maladie elle eut des bourdonnements d’oreille à droite mais d’une façon absolument passagère, puis parurent les symptômes ordinaires : gonflement des mains, des pieds, la marche est difficile et lente, la malade ne peut monter les escaliers ; elle n’a pas de battements de cœur ; son intelligence est affaiblie, elle a de la perte de mémoire et un besoin incessant de sommeil ; elle n’a pas d’appétit. Elle prit des purgatifs violents

pour se faire maigrir, ce qui diminua l’enflure mais au dé-

PNA de ;

triment de la santé générale. Les bains de vapeur qu’elle essaya n’amenêrent pas de sueurs. Pendant l’été elle se couvrait comme en hiver. Pendant la maladie les menstrues étaient irrégulières et retardaient toujours de quatorze jours. L’urine ne contient pas d’albumine.

Traitement. — Le courant électrique ne réussit pas. L'auteur commence alors le 16 août 1892 les injections d'extrait de glande thyroïde.

Préparation de l'extrait d’après Murray

Immédiatement après la mort du mouton le lobe de la glande thyroïde est découpé avec des instruments parfaitement stérilisés. Après avoir enlevé la graisse et le tissu qui l'entoure, les fragments de glande sont introduits dans un verre à réaction stérilisé muni d’un bouchon de ouate, puis arrosés de un centimètre cube de glycérine pure et de un centimètre cube d’une solution phéniquée à 0.$ 0/0. Le mélange est tenu froid vingt-quatre heures, ensuite le tout est exprimé énergiquement au travers d’un linge fin préalablement lavé à l’eau bouillie. On obtient ainsi! trois centimètres cube d’extrait qui représente un liquide trouble que l’on conserve dans un vase stérilisé bouché avec un bouchon de verre (Murray). On injecte 1 centimètre cube ç en une fois et cela deux fois par semaine. On doit préparer de nouvel extrait toutes les semaines. La malade reçoit ainsi par semaine l'extrait d'un seul lobe, donc, la moitié d’une glande thyroïde de mouton,

Plus tard il n’est pas nécessaire de faire des injections

aussi souvent,

(Préparation de l'extrait thyroïde par Ernest C. Carter). On découpe les lobes de glande thyroïde, on en introduit les morceaux dans un mortier stérilisé, on triture et on ajoute la quantité de glycérine et de solution phéniquée à 0.5 0/0 indiquée plus haut. La bouillie est placée vingtquatre heures dans un endroit froid, puis filtrée. (Préparation de l’Extrait selon l’auteur de l’observation présente). Il faut aller soi-même à l’abattoir et enlever les glandes thyroïdes de moutons sains dont la peau du cou a été enlevée par l’abatteur au moyen de pinces et de scalpel, On prend toujours les deux lobes. Chez le mouton la glande est formée de deux lobes le plus souvent d’égale grosseur et d’environ 2.5 à 3 centimètres cubes de long sur 1 centimètre de large ayant l’apparence d’une amande très allongée dont une extrémité est un peu pointue. Rarement il existe un isthme. Les lobes séparés l’un de l’autre se trouvent de chaque côté de la trachée. Aussitôt enlevées, les glandes doivent être renfermées dans un vase stérilisé bouché avec un bouchon de verre. Arrivé chez soi on enlève la graisse et le tissu qui l’entoure et on les découpe dans un second vase bouché également avec un bouchon de verre. Les morceaux sont arrosés dans ce vase avec un centimètre cube de solution aqueuse d’acide phénique à 0.5 0/0 et de 1 centimètre cube de glycérine pure et triturés aussitôt avec une grosse baguette de verre stérilisée. Le vase est ensuite bouché et maintenu vingt-quatre heures à la cave; au bout de ce temps le contenu est

exprimé au travers d’un linge fin stérilisé par plusieurs

sieurs décoctions d’après le procédé de Cyndall et conservé dans une solution phéniquée à çs 0/0. On obtient ainsi une petite quantité d’un liquide mobile, un peu trouble et d’un rouge pâle.

On fait avec ce liquide une injection en une fois d’une seringue de Pravaz aseptique pleine sous la peau des joues ; le reste est jeté. L'auteur prépare fraîchement l'extrait. pour chaque injection qu’il fait deux fois par semaine: il injecte chaque fois une seringue pleine de l'extrait d’une glande entière de mouton, mais il est prudent d’en mettre moins pour la première injection ne sachant pas comment le malade la supportera et s’il réagira. Dans le cas actuel la première injection faite avec quelques gouttes seulement ne détermina ni abcès ni inflammation. Les jours suivants j'injectai une demi seringue puis une entière ; le siège des injections resta toujours sans réaction et il ne se produisit jamais de phénomènes désagréables. Une seule fois après l'injection la malade se plaignit de maux de tête pendant plusieurs heures, mais on ne saurait incriminer le mal au traitement lui-même car le siège de l’injection était tout à fait normal et l’état général ne changea pas.

La malade reçut du 16 août 1892 au 20 septembre 1892 en tout neuf seringues de Pravaz d'extrait thyroïde préparé selon la méthode ci-dessus indiquée. Après la .troisième injection les règles apparurent à leur époque régulière ; la malade se trouvait déjà beaucoup mieux.

Le 4 septembre elle put à mon insu faire deux heures de marche sans être très fatiguée; le dimanche suivant

EN = elle parcourut une distance semblable à travers bois.

L’œdème de la peau, du visage, des mains, des doigts et des pieds avait disparu ; la malade peut monter les escaliers et essaie de danser. La langue est désenflée il ne reste plus qu’une légère bouffissure de ia paupière inférieure.

La malade n’éprouve plus de sensation de froid, mais elle ne transpire toujours pas.

Ses cheveux tombent encore beaucoup ; la parole est rapide et l’intelligence plus nette.

L'auteur propose de continuer le traitement après gué-

rison en faisant une injection tous les trimestres.

Page 1