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CHAPITRE IT

LES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES DANS LE TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE 1° Effets et mode d'action des eaux sulfureuses

Les eaux minérales sulfureuses méritent d'occuper la première place dans la thérapeutique hydro-minérale de la tuberculose pulmonaire. Leur action semble plus spécifique. Les autres eaux n’en conservent pas moins toute leur valeur, puisque, nous le verrons, elles améliorent les diathèses et les affections des grands systèmes organiques qui les entretiennent.

En plus de leurs propriétés physiques dont nous avons parlé et sur lesquelles, nous ne reviendrons pas, elles tirent leurs vertus de deux facteurs : leur thermalité et leur minéralisation. L

Le rôle de la température (la plupart en effet sont des eaux chaudes) est surtout un rôle d’excitation. « On peut l'abaisser sans porter atteinte à la minéralisation. » (Bathier, loc. cit.)

Leur minéralisation comporte des sels alcalins (carbopates et silicates de soude, de potasse, de chaux et dé

magnésie, formant ce que l’on appelle l’alcalinité indé-> pendante du sulfure). Avec eux d’autres éléments entrent dans leur composition : chlorure de sodium, sul- fate de soude, de chaux, de magnésie, du fer, de l’alumine, des traces d’arsenic, d’iodures, de bromures, de lithium, de manganèse.

Les principes alcalins semblent temporer l’activité des eaux et les adoucir. La silice et les silicates ont une action antifermentescible, antiputride (ils ont une action antiseptique sur des cultures de bacilles de Koch) cela expliquerait l’action de ces eaux dans les inflammations purulentes des muqueuses et des parenchymes.

Quant aux métaux, on les y trouve à l’état impondérable et sans doute à l’état colloïdal. Il est très probable que ce sont eux, qui avec la silice et les silicates enrayent chez les tuberculeux le mouvement de déminéralisation.

Ajoutons que toutes ces eaux sont radioactives et électrogènes.

Mais leur principe minéralisateur dominant est le sulfure de sodium (monosulfure ou sulfhydrate de sulfure).

C'est lui aussi qui va jouer le rôle principal dans la thérapeutique hydro-minérale sulfureuse. En 1883 lorsque Kircher eût prétendu que les ouvriers employés dans les usines ou se dégagent des vapeurs d'acide sulfureux ne deviennent jamais tuberculeux, on soumit de divers côtés les malades aux inhalations de ce gaz. Or les eaux sulfureuses laissent échapper de l'hydrogène sulfuré. $

On à remarqué que la peau n’absorbe pas les sels minéraux d’un bain, mais qu'elle absorbe l'hydrogène sul-

furé, corps gazeux (expériences de Chaussier, Nysten, Nadden, Orfila, Rohrig).

Le poumon absorbe lui aussi hydrogène sulfuré dans des proportions assez fortes, puisque dans la pratique du humage la quantité d'hydrogène sulfuré exhalé est inférieure de 45 o/o à celle inhalée. (Expériences de le Juge, de Segrais et d'Hanriot).

L'estomac de son côté absorbe tous les éléments minéraux de l’eau sulfureuse, mais en les décomposant par l’action de l’acide chlorydrique. Si le principe sulfureux est un monosulfure, un polysulfure ou un sulfhydrate de sodium, la transformation aboutit à la formation de deux corps : hydrogène sulfuré et chlorure de sodium.

L'hydrogène sulfuré s'élimine par la peau, les poumons, l'intestin et le rein. :

Comment agissent le soufre ou ses dérivés ? Agissentils par une action parasiticide ? C'est là une question longuement débattue et qui, à l'heure actuelle n’est pas entièrement résolue. |

À Allevard, en 1884, Niepce avait remarqué que les bacilles diminuaient ou même disparaissaient dans les crachats des tuberculeux soumis aux inhalations. Il inoculait des lapins avec des craebats bacilaires exposés pendant dix minutes à l'action des vapeurs sufureuses dans une salle d’inhalation et les lapins ainsi traités ne devenaient pas tuberculeux. Niepce attribuait à l'acide sulfhydrique cette action microbicide et, pour le démontrer il pratiqua des inoculations avec des crachats bacillaires qu'il avait fait lraverser par un courant d'hydrogène sulfuré pur : les lapins inoculés restèrent indemnes.

Villemin a expérimenté et a publié dans sa thèse, en

- 1888, l'action du polysulfure de sodium incorporé au milieu agar-glycérine. Ce composé entravait d’une façon complète les cultures de bacilles de Koch, en agissant probablement comme source d'hydrogène sulfuré.

In vitro l’action des gaz et de l’eau finement poudroyée sur le bacille de Koch est indiscutable. (Expérience de Berthier, VI Congrès international d’'hydrologie. Grenoble, 1902). « J’ai fait des expériences pour étudier l’action antiseptique du gaz de humage à l’égard du bacille de la tuberculose pulmonaire. »

Des cultures sur pommes de terre glycérinées ont été soumises au courant de ces vapeurs pendant dix minutes chaque jour. Le taux de dix minutes adopté pour ces expériences est celui de la durée moyenne de humage pour les malades. Je me suis servi de tubes à essai ordinaires, à étranglement, fermés par un tampon de coton recouvert d’un capuchon en caoutchouc et donnant passage à deux tubes en verre, l’un pour l'entrée, l’autre pour la sortie du gaz. On branche ce petit appareil sur un ajutage en col de cygne du tonneau de humage. Lorsque la culture commence à pousser, si on la soumet au passage des vapeurs, son développement est arrêté. Des cobayes ont été inoculés avec des cultures soumises au humage pendant un temps variable et ont été sacrifiés au bout de deux mois. L’inoculation a été faite sous la peau de l'abdomen, au voisinage du pli de l’aîne. Trois cultures exposées au humage pendant deux mois ont donné des résultats négatifs. Un des trois cobayes avait reçu une dose très forte de culture. Un cobaye inoculé avait comme lésion unique de tuberculose, un ganglion volumineux dans l’aîne de chaque côté. Un de ces gan-

Qu. Je CRE

glions présentait un foyer caséeux. Des bacilles ont été colorés dans le frottis de cet organe. Il n'ÿ avait pas de traces de tuberculose dans les autres organes, dans le poumon, le foie, la rate. » (Berhier loc. cit.)

Pour lui l’action est manifeste in vitro et il lui semble impossible qu'elle ne s'exerce pas de la même manière à la surface de l'appareil respiratoire, partout où peuvent atteindre les gaz de humage. De plus la muqueuse respiratoire semble facilement atteinte par l'hydrogène sulfuré, puisqu’une grande partie de ce gaz s'élmine par les poumons.

Nous avons reçu personnellement de M. le Docteur Pujade, médecin traitant à Amélie-les-Bains, le résultat de dix observations prises par lui dans le courant de l’année r920 : il en résulte que l'examen bactériologique de crachats de tuberculeux apyrétiques soumis exclusivement à la cure sulfureuse pendant un mois, révêle à l’analyse du début de nombreux bacilles de Kock, granuleux et non granuleux, de nombreux stréptocoques et staphylocoques et que après le traitement le même examen révêle de très rares bacilles de Koch. Très peu sont intacts, la plupart en état de désorganisation. Les stréptocoques et les staphylocoques ont entièrement disparu. D'après ces observations, 1l semble done, que si l’action de la cure sur le bacille de Koch lui-même n'est pas en-: tière, celle-ci agit merveilleusement sur les associations ! microbiennes, qui ne sont certes pas un facteur négligeable dans l’évolution de la tuberculose pulmonaire.

D'après d'autres auteurs, L. Rénon en particulier, il est peu vraisemblable que le soufre agisse par une action parasiticide. Son mode d'action, viendrait, selon

Rec:

lui, de son influence sur la nutrition générale. Il est d'accord avec H. Lamarque, dont nous allons citer ün passage tiré du « Choix d’une station sulfureuse dans les Pyrénées-Orientales. »

Le soufre fait partie des substances protéiques. Si l'on admet les idées de M. Rey Pailhade sur le philothion ‘ou hydrure d'albumine, le soufre naissant arrivant au contact des tissus, agit sur le philothion qui hydrogène le soufre, impressionne les cellules, augmente leur mouvement vital et leur nutrition ; le philothion aurait un rôle actif dans la deshydratation cellulaire. »

Quoiqu'il en soit le rôle du soufre est diealable

Le soufre produit avant tout un effet général de stimulation et de relèvement de la nutrition auquel vient s'ajouter une action locale substitutive et cicatrisante. Il amende les phlegmasies si fréquentes autour des foyers tuberculeux et rend les tissus plus rebelles à l’envahissement bacillaire. » (H. Lamarque, loc. cit.) « Les sulfureux, dit le professeur Renaut, forcent les vaisseaux de la musique bronchique à abanndonner leur mode de circulation torpide, pour un régime de pfeine et entière circulation. » |

Donc en dehors de leur action générale les eaux sulfureuses ont une action locale incontestable. Landouzy au Congrès de Berlin 1899, l’a résumée ainsi : « Il semble que l'excitation produite par les eaux sulfureuses sur l'appareil glandulaire bronchique;-aboutisse à une manière de décapage endothélial, réalisant mutatis mutandis, sur la muqueuse respiratoire chronique ment infectée, ce que réussit le chirurgien quand il curette une

cavité muqueuse ou un trajet fistuleux enflammé ».

HO Les eaux sulfureuses semblent bien, ainsi que le vou-.

lait Pidoux, substituer une irritation à une autre, une irritation moins grave à une plus grave. Leur action prend son point d'appui sur ce qui est encore sain, elle agit sur les parties voisines du tubercule affectées d'une : manière quelconque,’ qui n'ont pas encore été trop altérées et sont susceptibles de résolution. Les parties malades, mais très vivantes encore recevraient ainsi une modification qui, dans les cas heureux, se substituerait favorablement à l’irritation tuberculeuse. Celle-ci cédant, la congestion vasculaire, le catarrhe bronchique, lirritation des tissus lympathiques disposés à contracter l’altération diathésique, ont le dessous, momentanément du moins et la tuberculisation peut s'arrêter pour un temps qui est subordonné à la vivacité plus ou moins grande de la diathèse. Mais comine c’est sur celle-ci que l'effet des eaux minérales se fait surtout sentir, une fois qu'elle est atténuée ou éteinte ; que le travail pérituberculeux est enrayé, la tuberculisation s'arrête et les lésions se réparent. Cette irritation substitutive se manifeste soit pendant, soit quelque temps après la cure.

Les eaux sufureuses ont une action manifeste sur l’anémie qui accompagne fréquemment la tuberculose pulmonaire et qui en est d'ailleurs souvent un symptôme de début. L'eau sulfureuse augmente la teneur du sang en hémoglobine et élève la valeur globulaire, augmentation qui s'explique facilement sur la présence du soufre qui entre dans la formule de l'hémoglobine pour une part au moins double de celle du fer. ; La déminéralisation dans la tuberculose semble porter

aussi bien sur le soufre que sur le chlore et le phospho-

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re. Les eaux sulfureuses apporteraient ainsi à l’organisme l'élément minéralisateur en déperdition. L’'élimination sulfurée dans la tuberculose a été étudiée et rapportée par le D' À. Desgrez, au Congrès de la tuberculose de Paris 1905. Il a comparé les rapports du soufre à l'azote fournis par les urines. Ce rapport est normalement 17,2 0/0. Il à constaté que ce rapport est, au premier ét au deuxième degré de la tuberculose, notablement plus élevé que normalement (17,7 o/o). Des constatations analogues ont été faites pour le phosphore et le chlore par MM. les Professeurs Teissier et Piéry.

Dans le traitement par les eaux sulfureuses, celles-ci agiront d'une manière un peu différente, suivant que le malade est soumis aux bains ou douches, au humage, ou qu'il fait une cure de boisson.

L'importance de l'hygiène de la peau est indiscutable, dans l’évolution de la tuberculose pulmonaire. La peau, large source de réflexes est en rapport avec toutes les fonctions de nutrition. Son excitation active la respiration. C’est notre moyen de défense contre le froid, contre lequel elle réagit en activant sa circulation. Chez les phtisiques la peau est souvent en mauvais état, sèche ou visqueuse, mal irriguée. Il est facilement compréhensible que lorsque survient un coup de froid, le sang chassé de la périphérie est refoulé dans la profondeur, congestionne les poumons, et cela sans que la peau réagisse. fl faut dresser la peau à cette « réaction-défense ». C’est un des buts du traitement thermal, qui est rempli par les bains, douches, etc.…, dont nous parlerons plus loin.

Par le humage, sur la technique duquel nous revien-

drons, l’action des vapeurs sulfureuses est limitée à l’ap-

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