L'ARTHRODÉÈSE DE LA HANCHE
Nous adopterons la définition de l’arthrodèse en général telle que la donnent Monod et Vanverts : (« Toute entreprise pour ankyloser une jointure, et consistant à mettre en contact les extrémités articulaires dépourvues seulement de leur revêtement cartilagineux. »
C’est ce qui la distingue de la résection beaucoup plus mutilante puisqu'elle comporte l'ablation des épiphyses adjacentes.
- Appliquant cette définition à la hanche, on voit que l'arthrodèse de celle-ci consiste essentiellement dans l’ablation des cartilages qui recouvrent la tête fémorale d’une part, la cavité cotyloïide d’autre part, et suivie d’une immobilisation qui fixe les deux surfaces au contact jusqu'à ankylose complète.
Depuis la guerre, on a, à tort, étendu la signification du mot arthrodèse en y comprenant les opérations destinées à amener l’ankylose des hanches ballantes après résections étendues. Ce n’est plus seulement la tête fémorale dépourvue de son cartilage que l'on fixe à la cavité cotyloïde, mais ce qui reste de l'extrémité supérieure du fémur
que l’on réunit à un point quelconque de l'os coxal. Ces
cas ne sont pas à envisager dans notre thèse puisqu'il n’y a pas de dégâts osseux importants nécessitant une résection.
‘Rappelons en quelques mots l’histoire de farthrodèse de la hanche :
Après Albert, de Vienne, qui le premier, en 1878, (« lança » l’arthrodèse — d'où le nom d'opération d’AIbert — ce furent Lampugnani, Heussner et Albert qui appliquèrent en 1886 ce procédé à la hanche pour des luxations congénitales non guéries par le traitement habituel. Puis, en 1800, Dollinger l'employa pour un cas de paralysie infantile.
Depuis, c'est le plus souvent pour des cas semblables : séquelles de paralysie spinale infantile, qu'on se sert de l’arthrodèse de la hanche; citons, en Allemagne, Lücke, Schreiber; en France, le docteur Curtillet, d'Alger, Lagrange, qui intervint pour une arthrite coxo-fémorale postscarlatineuse avec luxation pathologique, Delanglade, etc.
En résumé, on se convainct par la lecture de ces faits publiés il y a relativement peu d'années, que l’arthrodèse de la hanche n’a été faite que dans un nombre restreint de cas, qu'on peut classer ainsi :
1° La paralysie infantile surtout, ayant laissé une hanche trop mobile par paralysie et atrophie des muscles périarticulaires ;
Elle se complète souvent par l’ankylose du genou et du pied. ‘j
2° La polyomyélite aiguë de l'adulte pour des paralysies comparables ; 3° La maladie de Little, bien plus rarement :
4° La luxation congénitale de la hanche et seulement
comme pis aller, alors que les autrés méthodes de traitement, bien préférables, ont échoué. |
On ne peut rapprocher de nos arthrites chroniques traitées par ce moyen que le cas publié par Lagrange en 18090 et se rapportant à une arthrite de la hanche après scarlatine. Encore n'est-on intervenu dans ce cas qu'à cause de la luxation pathologique consécutive.
Quelle est l'opinion des chirurgiens qui ont pratiqué cette opération ?
Elle .est exprimée catégoriquement par Calot en ces termes : ( Abstenez-vous de Tarthrodèse de la hanche, opération assez grave dont la technique et les résultats ne sont pas encore assez clairs. »
Une grande majorité de chirurgiens ont une appréciation semblable.
Karewski n'aime pas l'arthrodèse de la hanche, qu'il ne trouve que très rarement indiquée.
Wolf, Defontaine, Bade, Kirmisson, émettent un avis nettement défavorable. De Cauléjac, dans sa thèse, est absolument hostile.
Margary et Albert, au contraire, la précomisaient.
Les reproches qu'on a fait à l’arthrodèse de la hanche, et qui en ont presque fait rejeter l'emploi, peuvent se Yésumer ainsi :
r° C’est une opération présentant de grandes difficultés techniques, et n’aboutissant pas, dans la majorité des cas, à l’ankylose cherchée; le plus souvent on n’a qu’une demiankylose avec conservation de certains mouvements ;
2° Dans les cas rares où l’ankylose est obtenue, il en