CHAPITRE II
LA DIODOTYROSINE DANS LA MALADIE DE BASEDOW ET LES GOITRES AVEC HYPERTHYROIDIE
« Le traitement médical de la maladie de Basedow, a dit M. le Professeur Mauriac, et j'entends le traitement iodé, ne guérit pas les basedowiens. II les fait vivre en les ramenant à la normale, comme l'insuline fait vivre les diabétiques. Maïs les vrais basedowiens qui ne veulent tâter que des drogues sont leurs esclaves, non par accoutumance, mais parce que la médication n’est que de suppléance passagère, »
C'est dans cet esprit que nous abordons l'étude de l’action de la diodotyrosine dans le goitre exophtalmique.
Sur la spécificité de la diodotyrosine dans la maladie de Basedow.
Certains auteurs ont voulu attribuer à ce médicament une action spécifique. C’est ainsi que Kommerell, en 1931, rapporte l’observation de quatre maladies de Basedow soumises à la diodotyrosine, et nettement améliorées dans leurs symptômes, surtout le métabolisme basal, qui revient en quelques jours à la normale. L'effet obtenu n'est pas, pour lui, à mettre sur le compte de l’iode, car avec la solution classique on n'obtient pas de résultats pareils. Mais le médicament doit être continué très longtemps, car son effet est transitoire.
Goux.
Schunmeyer et Wismann confirment ces bons résultats chute du métabolisme, même très élevé, amélioration subjective générale, chute du pouis, augmentation du poids corporel, tous signes qui tendent à se maintenir malgré les oscillations du métabolisme basal. Certains malades reprennent leur activité, ou, dans d’autres cas, on peut soumettre les malades à une opération. En un mot l’action est supérieure aux iodures, quant à l'influence sur le métabolisme, et à ses bons résultats généraux obtenus en peu de temps. Ce résultat heureux est transitoire, et il faut revenir au médicament toutes les fois que les symptômes tendent à s’accentuer de nouveau. Ces auteurs concluent à la spécificité de cette substance dans le traitement des états hyperthyroïdiens que l’on rencontre dans la clinique.
Ce n’est pas l'avis de M. le Professeur Dautrebande, qui a bien voulu nous confirmer son opinion, qu'il exprime avec le Docteur Delcourt-Bernard. Celui-ci, s'inspirant du fait que l'iode administré au cours des états hyperthyroïdiens se combine vraisemblablenient sous forme de diodotyrosine pour exercer Son action sur la sécrétion thyroïdienne, pense qu’il vaut mieux fournir au malade la combinaison toute faite. Il observe que cette médication est en général bien tolérée. Son action immédiate sur le métabolisme de base est pour lui du même ordre que l'action des iodures aussi bien que son heureuse influence sur les symptômes généraux de lhyperthyroïdie.
Son action dans les cas compliqués.
Des cas compliqués de diabète, pyélites, coma menaçant, ont été observés et traités par Stelnitz et Than, qui rapportent les heureux résultats de la diodotyrosine dans ces affections. Ils proposent une administration intermittente de la diodotyrosine par périodes de deux semaines, avec pauses de sept jours. Cette façon de faire leur a donné des succès stables où de bonnes préparations à l'opération. Is don-
nent habituellement 0 gr. 10 à 0 gr. 30, en commencant d'habitude par deux demi-tablettes par jour selon la gravité du cas particulier.
Variations de posologie et résultats.
M. Fr. Gunther a appliqué ce traitement dans 20 cas et a noté, peu de jours après, une chute nette du métabolisme basal avec une amélioration de l’état général et régression de symptômes nerveux accompagnant les états hyperthyroïdiens. Le pouls se ralentit et le poids augmente. Des cas où il y avait seulement tachyarythmie avec hypermétabolisme de 56 p. 100 environ se sont améliorés très vite sous la même influence thérapeutique, l’électrocardiogramme revint à la normale et le métabolisme tomba à 14 p. 100 avec un bon état général, tout ceci en quatorze jours au maximum.
Les doses sont les mêmes que celles de Stelnitz et Than, variant dans la règle avec la sévérité du cas à traiter quoique des auteurs comme Schittenhelm soient partisans de doses très petites. Cet auteur note en plus la possibilité de diminuer après une pause la dose efficace du médicament tout en maintenant les bons effets obtenus. Beaucoup de malades qu'il a ainsi préparées à l'opération ont refusé celle-ci, étant donné leur état général excellent.
A. Buresch, étudiant l’effet immédiat de la diodotyrosine sur le métabolisme basal chez l'homme, note dans les deux premières heures de l’administration une chute de + 42 à + 27 p. 100 et de + 44 à + 22 dans un autre cas. Les effets cliniques sont les mêmes que ceux déjà relatés par les autres auteurs : amélioration nette des troubles subjectifs des malades, calme psychique, amélioration du sommeil, des sueurs, de l’anorexie, avec souvent une diminution de la circonférence du cou. L'auteur a traité 30 malades, qu'il a pu revoir de cinq à douze mois après. Certains étaient guéris, d'autres gardaient un état général excellent avec un poids normal, un métabolisme basal normal ou presque.
Des femmes en période ménopausique bien qu'apparemment bien portantes, gardaient un hypermétabolisme; elles réalisaient un faux basedow pluriglandulaire, relevant d'un traitement par la folliculine.
À. Buresch à noté encore le fait très important en pratique que la diodotyrosine donne ses effets heureux même quand le malade continue son travail à la maison ou en dehors d'elle.
SUR UN CAS DE MYXOŒDÈME CONSÉCUTIF A L'ADMINISTRATION DE DIODOTYROSINE.
L'efficacité de la diodotyrosine est bien démontrée par MM. les Professeurs Parhon et Baillif. qui, à leur premier essai, obtiennent chez une basedowienne avec goitre, tachycardie à 140, exophtalmie, amaigrissement, métabolisme basal à + 80 p. 100, une régression rapide de ces divers symptômes.
Continuant le médicament, la malade voit apparaître une série de troubles du type myxœdémateux : frilosité, raucité de la voix, attitude somnolente, douleur lombaire, perte d'agilité, indifférence, règles allongées. On suspend le traitement, et, en quinze jours, la malade revient à la normale. En dehors de son influence sur les symptômes cardiaux du goitre exophtalmique, la diodotyrosine peut encore exercer une influence bienfaisante sur certains troubles que l’on rencontre dans cette affection. C'est ainsi que le Docteur Coulon signale un cas de diarrhée profuse accompagnant une hyperthyroïdie avec grosse irritabilité et insomnie amendée rapidement par l'administration de 20 centigrammes de diodotyrosine par jour. Les symptômes nerveux de l'hypermétabolisme s’atténuent en même temps jusqu'à guérison complète maintenue par des cures successives.
Citons enfin les conclusions que le Docteur Comera tire d'un travail effectué dans le service de M. le Docteur Sainton.
Sur 1% cas traités, dont 12 sont des goitres basedowiliés avec un mélabolisme variable (de + 100 p. 100 dans quelques
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cas) et qui présentent le tableau clinique de la maladie de Basedow, les résultats sont les suivants Après administration de 0 gr. 10 à O gr. 30 par jour : 1° Abaissement du métabolisme basal de 100 p. 100 à 15:p. 400:
2° Augmentation rapide du poids; 3° Diminution de la tachycardie; action favorable sur l’état psychique et l’émotivité; 3° Tremblements et exophtalmie atténués.
INDICATION DE LA DIODOTYROSINE DANS LES MALADIES DE BASEDOW ET LES GOITRES
Sa supériorité sur le traitement iodé.
En résumé, la diodotyrosine nous apparaît comme un médicament, sinon spécilique, du moins très actif, dans tous les cas de maladie de Basedow. Elle agit sur les symptômes cardinaux et accessoires :
1° Dans les formes légères où le métabolisme ne dépasse pas 20 à 25 1p. 100;
2° Dans les formes moyennes avec métabolisme de + 25 à + 40 p. 100;
3° Dans les formes graves : goitres dégénérés, goitres toxiques, avec métabolisme élevé el symptômes accusés.
Dans les deux premiers groupes de cette classification, adoptée par M. le Professeur Jeanneney, on peut considérer son action comme curatrice.
Dans le troisième groupe, elle agit en préparant la malade à l'opération ou à la radiothérapie. Elle permet de suivre les récentes opérées pour lesquelles la chirurgie n'a pas été radicale. |
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Nous rapporterons l’observation d'une malade de ce type, qui, après six mois, présentait une recrudescence de tachycardie et d’agitation, et pour laquelle nous avons institné un traitement par la diodotyrosine. Nous avons vu plusieurs malades dans la clientèle de M. le Professeur Jeanneney appartenant aux deux premiers groupes. La diodotyrosine nous a donné des résultats constants. Enfin, nous l'avons donnée à une malade actuellement enceinte de sept mois, et qui, atteinte de goitre exophtalmique, que l’on peut ranger dans le deuxième groupe, supporte très bien sa grossesse.
Les avantages de la diodotyrosine sur l’iode nous apparaissent comme très appréciables. Elle nous permet de traiter toutes les formes de Basedow, alors que l'iode n’a pas la même fixité et la même généralité dans son action.
Il y a des iodorésistances, et nous rapportons l’observa tion d’une malade réfractaire à toute médication iodée qui lut très nettement améliorée par la diodotyrosine.
À côté des iodorésistances, il est des cas où l’iode, après une influence heureuse momentanée, n agit plus. Vainement augmente-t-on les doses. Et d’ailleurs, la tendance actuelle en France s’exerce dans le sens d’une administration prudente de ce médicament.
Welti signale qu'à la suite du traitement iodé prolongé, la glande durcit et s'immobilise. L'examen histologique révèle des nécroses étendues. Il en revient, en somme, à l'opinion de Kocher, qui avait insisté sur les dangers qui résultent de l'emploi inconsidéré de ce médicament.
D'ailleurs, il semble que la médication iodée soit plus nocive dans les goitres basedowiliés, et surtout dans certaines formes d'adénomes toxiques, que dans les goitres dans lesquels il n'existe aucune formation nodulaire.
En effet, M. de Quervain prolesse que la plupart des QUE tres basedowifiés qu'il opère sont dus à l'abus d'un traitement iodé, Il en est de même de Bucher et Siner. L'iodbasedow peut survenir même à Ja suite d'application de pommades iodées où d'injections de lipiodol. Caractérisée, en géné-
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ral, par un syndrome basedowien léger, c’est-à-dire par tachycardie, tremblements, éclat du regard, parlois augmentation de volume du cou, diarrhée, sensation de chaleur, amaigrissement. Parfois, dans certains cas, l’hyperthyréose peut être tellement intense qu'elle donne lieu à des accidents mortels.
Rien de semblable n’est à redouter avec la diodotyrosine puisqu'aucun accident n'a jamais été signalé et qu'on est arrivé à donner des doses considérables d’iode par ce moyen sans remarquer le moindre malaise chez les malades qui en usaient ou chez les animaux en expérience.