Maternelle
Sur 75 cas d’insertions vicieuses, nous avons eu 8 décès de femmes.
De quoi ces femmes sont-elles mortes ?
1. Dans la majorité des cas (4 fois pour nos observations) la femme meurt d’'hémorragie.
Dans 2 cas il s'agissait d’une hémorragie si abondante qu’on s’est résolu à faire une césarienne avec hystérectomie pour lier les pédicules utérins et arrêter ainsi définitivement l’hémorragie. |
Les deux fois on a adjoint à l'intervention toute la thérapeutique habituelle des hémorragies graves : sérum, huile camphrée et surtout transfusion. Une des femmes a reçu deux transfusions : l’une avant, l’autre pendant l’intervention au cours de laquelle, malgré tout, elle a succombé.
Le 3 cas fut traité par césarienne vaginale. Voici son observation :
Mme B.. Marcelle, 4° pare de 26 ans, est admise à la salle de travail le 5 août 1928 après être restée 5 jours au dortoir où elle a saigné peu abondamment mais sans arrêt.
Elle a 3 enfants vivants, bien portants.
Grossesse actuelle, D.R. le 4 décembre.
et ee
A l’examen : présentation élevée, dilatation 2r, membranes intactes, auscultation positive,
Toute la soirée la femme perd des caïillots, la dilatation reste sensiblement la même.
L'état général s’altère, on décide d'intervenir.
Césarienne vaginale, Extraction d’un premier enfant vivant pesant 2.120 gr. Le 2° enfant ne peut être ranimé. Délivrance artificielle immédiate.
Après l’intervention la femme continue à saigner abondamment. On lui fait de l’huile camphrée, de l’ergotine, de l’hypophyse, du sérum.
Elle est très agitée, se sent mal. On la réchauffe sans cesse. Elle meurt pendant la transfusion.
On voit ici que, malgré l'intervention, la malade a continué à saigner. C’est là le gros inconvénient des interventions par voie basse : c’est qu’on ne peut vérifier par la vue l’état du segment inférieur où s'est inséré le placenta et que, parfois, des déchirures, qu'on aurait vues en faisant une césarienne suprasymphysaire, passent inaperçues et continuent à saigner. Ajoutons à cela que, dans la césarienne vagipale, la section du col et du segment inférieur peut donner lieu également à une hémorragie grave chez une femme qui a perdu déjà une grosse quantité de sang.
La 4 observation est la suivante :
Mme T... Raymonde, secondipare de 19 ans, est admise à la la salle de travail le 2 mai 1930 pour hémorragie.
Une grossesse normale en 1928.
Grossesse actuelle, D. R. le 16 septembre.
Elle a présenté des pertes sanguines légères mais continuelles depuis la fin du mois de mars.
A l’examen : utérus de 7 mois 1/2 environ, auscultation négative. Le toucher permet de reconnaître une dilatation de 2r environ et ramène une grosse quantité de caillots,
On met la femme en déclive. Sérum physiologique. Sérum de Normet intraveineux.
sr re
L’hémorragie continue,
4 heures après: dilatation complète. Version podalique. Extraction d’un enfant mort et macéré pesant 2.560 gr. Délivrance artificielle immédiate. Placenta chair à saucisse inséré latéralement.
La femme fait de l’inertie utérine et continue à saigner. Ergotine, sérum de Normet, ouabaïne, massage de l'utérus, tamponnement intra-utérin.
La femme meurt 2 h, 1/2 après l'intervention.
Ici, le fait que la femme était à dilatation complète, qu’il s'agissait d’une insertion latérale du placenta, que le fœtus était mort, a fait préférer la voie basse. Après l'extraction de l'enfant et la délivrance, devant la persistance de l’hémorragie, il aurait peut-être été indiqué de pratiquer une hystérectomie qu’une transfusion préalable aurait peut-être rendu possible.
2. Dans d’autres cas la femme meurt de shock, alors que, pourtant, l’hémorragie est arrêtée.
Nous avons recueilli 3 observations.
Un cas de césarienne supra-symphysaire :
Mme D... Geneviève, secondipare de 25 ans.
Un accouchemeni artificiel en 1925, enfant mort-né, 2 avortements en 1927 et 1928 dont un provoqué au terme de 4 mois pour hémorragie.
Grossesse actuelle, D.R. le 17 août,
Une première hémorragie apparaît brusquement le 14 mai 1929. Elle est hospitalisée et saigne encore près de 48 heures d’une façon presque continuelle.
Le 18 mai une nouvelle hémorragie très abondante oblige à intervenir. La femme est à terme, l’enfant est vivant, la dilatation à 1F permet de sentir un placenta central. On fait une césarienne supra-symphysaire.
Enfant vivant pesant 2.980 gr.
Placenta : 510 gr.
La femme ne saigne plus, mais se shocke. On fait du sérum intraveineux, une transfusion.
Elle meurt 25° après l’intervention.
Enfant décédé au 11° jour.
Lane
Dans ces cas de shock, bien souvent, toute thérapeutique est vaine, et si la transfusion sanguine peut faire des miracles lorsqu'il s’agit d’hémorragie, elle reste malheureusement souvent inefficace dans les cas de shock.
Un cas de césarienne vaginale :
Mme M. Rosa, tertipare de 34 ans.
2 enfants vivants, bien portants.
Grossesse actuelle, D. R. le 28 juillet.
Elle est admise à la salle de travail le 1° mai 1926 pour hémorragie très abondante. La présentation est haute et mobile, la dilatation 5r.
L’hémorragie continue de plus en plus inquiétante, commandant l'intervention.
Césarienne vaginale. Extraction après version d’une fille vivante pesant 3.250 gr.
Délivrance artificielle immédiate.
La femme ne saigne plus, mais le pouls est petit, très rapide, les extrémités sont froides.
Sérum intraveineux, huile camphrée. Le shock persiste. Transfusion. La femme meurt 1 heure après l’intervention.
Enfin un cas de Simpson : observation 14.
Nous avons donc là 7 cas de mort maternelle, dont 4 ont été traités par voie basse. Peut-on penser qu'on aurait eu de meilleurs résultats en ayant recours à la voie haute ?
Autant il est logique de le croire, en ce qui concerne les 2 cas de mort par hémorragie, autant il est impossible de conclure pour les 2 cas de shock, car il est vraisemblable que ces deux dernières femmes se seraient shockées quelle que soit la thérapeutique à laquelle on ait fait appel.
3. Restent les cas où la femme meurt d'infection, cas autrefois si fréquents dans l'insertion vicieuse du placenta. En fait nous n’apportons ici qu’une observation : Mme F. observation 10.
Comme nous l'avons déjà vu, une hystérectomie dans ce cas eût peut-être été indiquée.
Sur ces 8 cas de mort nous en avons eu donc :
3 traités par voie haute ; 9 traités par voie basse.
Il est juste de dire que 2 des cas trailés par voie haute étaient absolument désespérés. Et, dans l’ensemble, on peut dire que, pour la mère, la voie haute donne une sécurité infiniment plus grande, et l’étude des observations nous a montré dans quelles conditions on peut élargir le cadre de ses indications.