TROISIÈME PARTIE
Un signe de la pneumonie droite. Sonorité tympanique sus-hépatique.
Nous allons exposer dans celte troisième partie un fait nouveau que nous avons pu observer avec M. le D' Pagliano, médecin des hôpitaux de Marseille, quand il était chef de clinique de M. le professeur Villard. C'est toujours du tympanisme qu'il s’agit, mais plus encore d’une localisation nouvelle et constante de ce symptôme. Nous avons pu réunir une vingtaine d’observations, dues la plupart à l'obligeance de M. Pagliano et qui, nous l’espérons, auront la force d'amener un peu de conviction dans l'esprit de nos juges. Ce qui fait l'intérêt de cette découverte, c'est que le «tympanisme sus-hépatique» (ainsi l'appellerons-nous) peut être considéré comme un élément précieux de diagnostic de la pneumonie droite.
Il existe, dans la pneumonie droite, un foyer où la percussion révèle une exagération de la sonorité normale qui prend le caractère tympanique. C’est l’analogue du bruit skodique de la pleurésie.
Quand on percute en ce foyer, on obtient un son rappelant exactement celui de l'estomac dilaté et rempli de gaz, Cette modification du son pulmonaire n'est cependant pas toujours
aussi marquée; elle semble l’être d'aulant plus que le foyer inflammatoire est plus étendu. Toutefois, même lorsqu'elle n'atteint pas son maximum, cette exagération de la sonoritéest fort appréciable, surtout si l’on percute les espaces intercostaux symétriques du côté gauché, ou les espaces voisins où la sonorité est normale.
Cette résonnance tympanique a pour siège à peu près consant la zône pulmonaire sus-hépatique, elle occupe en général les troisième, quatrième et cinquième espaces intercostaux. Dans certains cas, elle remonte jusqu’à la partie supérieure de la poitrine sous la clavicule, car si le foyer pneumonique est situé juste au dessus du foie, le tympanisme occupe les espaces inter: costaux lout à fait supérieurs. Dans tous les autres cas, que le foyer soit en arrière ou en avant, à la partie supérieure ou inférieure du poumon, profondément ou superficiellement situé, la résonnance exagérée se trouve au même point.
Le moment d'apparition de cette résonnance exagérée doit être soigneusement étudié. Nos observations nous permettent d’affiriner que celle-ci apparaît souvent quand le foyer pneumonique n’est pas encore appréciable à l'oreille ou au doigt percuteur. Voici, par exemple, ce qu’il nous a été donné de constater. Un malade est pris d’un frisson violent, unique, avec fièvre intense, convulsions ; à ces symptômes font suite des vomissements, de l’oppression. l
Le pouls est plein, dur et vibrant; il y a des douleurs thoraciques, sans point de côlé. La face est rouge, vultueuse, le regard allumé; on ausculte sur-le-champ en pensant qu'on va trouver dans la poitrine un foyer pneumonique sur le compte duquel il sera facile de rejeter ces symptômes morbides. Malgré la plus délicate auscultation, on ne trouve rien de morbide, et l’on hésite entre une pneumonie et une violente courbature. Dans des cas semblables, la percussion de la région sus-hépatique nous à permis de diagnostiquer, un jour ou deux par
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avance, lapparition d'une pneumonie à droite. Ce signe, qui est très précoce, se manifesta dés que la fluxion pré-pneumonique est suffisante, grâce à l'exsudat qui l'accompagne, pour supprimer une partie du champ respiratoire. Il peut donc être un bon moyen de diagnostic rapide de la pneumonie centrale qui, ainsi qu’on le sait, ne donne bien souvent, au début, aucune modification des bruits stéthoscopiques respiratoires. À mesure que l’exsudat preumonique devient plus épais et que le tissu pulmonaire devient plus imperméable à l'air, à mesure que l’inflammation gagne les alvéoles voisins, l'exagération de la sonorité s’accentue encore et le son, qui, au commencement de la maladie, n'était le plus souvent qu’augmenté de quantité, change de timbre et devient tympanique. La marche mème peut être facilement suivie quand l’inflammation décroît et que le foyer pneumonique devient plus perméable à l'air. Nous avons même observé parfois une diminution du tympanisme avant que l’auscultation n'ait permis de reconnaître les râles crépitants de retour, indice du ramollissement du foyer inflammatoire et témoin de la régression de la pneumonie.
Ce phénomène que nous avons observé généralement un jour avant l'apparition des crépitants redux est certainement en rapport avec le ramollissement des parties centrales du foyer, qui redevient accessible à l’air, mais qui est encore entouré d’une zone imperméable qui masque les nouveaux bruits. Il y aurait donc là un signe de pronostic précieux qui permettrait d'affirmer d'avance que l’inflammation pneumonique a parcouru son cycle et que la maladie entre dans la voie de la guérison.
Quand il ne persiste plus, à la place de la zone malade, que quelques sous-crépitants, la sonorité est redevenue généralement normale. Quelquefois cependant, nous avons constaté même à ce moment la persistance d’une plus grande intensité du son dans la région sus-hépatique, mais au bout d’une semaine ou deux, tout était normal, É