DIAGNOSTIC
D'’ordinaire, le vaginisme se présente avec un ensemble de symptômestellement caractéristiques, que le diagnostic s'impose le plus souvent.
On pourrait cependant le confondre avec la névralgie de la vulve; mais nous pensons dans tous les cas que vaginisme et hyperesthésie ou névralgie vuivaire ne sont jamais des expressions synonymes. Le vaginisme n'existe jamais sans douleur au moins provoquée, tandis que l’hyperesthésie vulvaire peut exister en dehors de toute espèce de spasme des muscles de la région. Cette différenciation bien établie, le diagnostic se fait de lui-même.
Qu'il nous soit cependant permis, afin de mieux fixer les idées sur ce point, de rapporter le compte rendu d’une excellente communication de M. le D' de Ranse, à l’Académie de médecine, que nous empruntons aux Annales de gynécologie :
« Trois faits, que M. de Ranse a observés à Paris, lui permettent d'établir une indépendance absolue dans certains cas entre l'hyperesthésie vulvaire et la contraction spasmodique du sphincter vaginal.
Dans le premier, il s’agit d’une dame de 32 ans, mère de deux enfants, qui a été vue par deux membres de l’Académie et adressée à M. de Ranse avec le diagnostic : hyperesthésie vaginale, hématurie, dépendant du spasme du col de la vessie.
Chez elle, en touchant légèrement la face interne des
Ph. pe lèvres, la vulve s’entr'ouvrait et la douleur se propageait au bas-ventre. Il y avait des spasmes du sphincter anal et du sphincter vésical, mais le sphincter vaginal était complètement exempt; le toucher des parties hyperesthésiées, l'introduction du doigt et du spéculum ne provoquaient pas la moindre contraction.
La seconde malade est une névropathe, qui, à beaucoup d’autres phénomènes, joignait une hyperesthésie de la fourchette et du périnée, rendant la marche et la position assise parfois très pénibles.
L'introduction d’une canule à injection, du doigt, du spéculum, était très douloureuse, mais ne provoquait aucune contraction spasrnodique du sphincter vaginal.
La troisième observation a trait à une jeune femme qui, mariée depuis deux ans, n’avait pu, par suite du vaginisme dont elle était atteinte, accomplir l’acte conjugal. Cette dame était hystérique et présentait, entre autres phénomènes, un spasme de l’æœsophage avec lequel le spasme du vagin présentait une frappante analogie. La vulve, en effet, n’était plus, comme dans les deux cas précédents, le siège d’une hyperesthésie; on pouvait, sans provoquer de douleur, toucher la fourchette et la face interne des lèvres, mais dès qu'on cherchait avec le doigt à franchir l’anneau vulvaire, on sentait une puissante contracture qui empé-— chait de pénétrer plus loin, sans employer une certaine force. Un spéculum conique et bien graissé, introduit et abandonné à lui-même, était expulsé comme une bougie conique l’est d’un canal de l’urèthre qui est le siège de contractions spasmodiques. Aucune lésion à la vulve etau vagin.
Le spasme vaginal semblait se produire quand on voulait franchir l’anneau vulvaire, exactement comme se pro-
Gillard, 3
duisait le spasme œsophagien, quand le bol alimentaire franchissait l’isthme du gosier. | ALL Uf
Du rapprochement dé ces trois faitsét dés considérations qu'il expose, M. de Ranse conclut qué l'hÿperesthésie vulvaire et le vaginiéme ou contracture späsmodiqué du sphincter vaginal sont deux affections qui s'associent fréquemment, mais qui peuvent aussi s’observer indépendamment l'uné de l’autre, etque, par conséquent, elles doivent être étudiées et décrites séparément, quelque opinion que l'on se fasse de leur nature ou'de leur pathogénie (1). » |
Le diagnostic nosologique porté, il faudra en rechercher la cause avec le plus grand soin, la chercher sur tout le trajet du canal] génital, savoir reconnaître ces petits tubercules très douloureux qui souvent en sont l’origine, penser à l’occasion à une lésion des ovaires et voir s’il n'ya pas dans la configuration extérieure des organes génitaux un ensemble de conditions prédisposantes; s'inquiéter, par exemple, de l’inclinaison du bassin, une courbure trop forte ou trop faible pouvant amener un membre viril inexpérimenté à se porter, soit vers l’urèthre, soit vers la fosse naviculaire. On examinera avec le plus grand soin Ja conformation extérieure et la configuration anatomique des parties génitales externes.
Lorsque le diagnostic sera nettement posé, que le vaginisme sera reconnu, dans ses conditions pathogéniques autant du mo'ns que cela pourra se faire, il faudra s’étudier à dégager les complications : qui peuvent survenir au cours de cette étrange maladie.
Rappeler à ce propos les contractures concomitantes des sphincters vésical et anal, c’est assez dire qu’il faudra sur-
(4) Annales de gynécologie, 1877, L II, p. 455.
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veiller avec le plus grand soin la miction et la défécation, savoir éviter la rétention d’urine et la constipation, quelquefois si opiniâtre dans les spasmes du sphincter externe de l’anus.
11 sera bon aussi de se rappeler que le vaginisme peut s'accompagner de phénomènes de contracture, de spasmes musculaires dans d’autres organes, en particulier dans le larynx (spasme de la glotte) et au niveau de l'extrémité supérieure du tube digestif (œsophagisme) (1).|
ETC FANS
(1) Thèse de Seney. j 8
Communication du D' de Ranse à l’Académie demédecine, loco citato,