HISTORIQUE
Au moment où Tyler Smith communiquait à la Société obstétricale de Londres (séance du 6 novembre 4861) la note de Marion Sims au sujet du vaginisme, cette maladie avait
déjà été depuis longtemps l’objet de l'attention de nom-
breux cliniciens.
Sans parler des auteurs anciens et sans remonter plus haut qu’au commencement du siècle nous voyons Guillemot (1), en 1828, et surtout Huguier (2), en 1834, dans son
(1) À côté des coarctations de cette espèce (atrésies vaginales, congénitales ou accidentelles), il en est d’autres qui présentent quelquefois les mêmes indications, mais ici la nécessité de l'opération est très rare. Ce sont des rétrécissements produits par des irritations fixées depuis longtemps dans le vagin et à l'ouverture vulvaire. Les bains, les demi-bains, les injections émollientes suffisent le plus souvent pour rétablir les organes dans leur état naturel. (Guillemot. Journal univ. des sc. méd., t. XLIX, Paris, 1828.)
La femme enceinte dont il s’agit dans l'observation de Guillemot avait un vagin tellement contracturé, qu'il admettait à peine une petite sonde. Le vagin se dilatait cependant à chaque contraction de l'utérus et permettait alors l'introduction du doigt, qui devenait impossible aussitôt que cessaient les contractions. Néanmoins la femme accoucha.
(2) Contracture spasmodique du vagin, C’est en vain que j'ai cherché dans les auteurs la description de cette dernière affection qui a la plus grande analogie avec la contraction spasmodique de l’anus. Comme cette dernière, elle peut être essentielle ou symptomatique. La contraction spasmodique est presque toujours produite par diverses espèces d'herpès, soit l’herpes squamosus simplex, soit l'herpes squamosus madidans de M. Alibert, ou eczéma de Willan, développées sur la vulve et
excellente thèse inauguraie, indiquer les principaux caractères cliniques d : cette affection que ce dernier auteur appelle déjà la contracture spasmodique du vagin. Tanchon (Gazette des hôpitaux, 1842) et Lisfranc, dans sa Clinique chirurgicale (4), en font également mention, ce dernier en s’attachant à faire ressortir surtout l’élément douleur dans
l'ouverlure-inférieure du vagin, de même que nous voyons ces affections amener la contraction de la bouche, de l'anus et des paupières quand elles siègent sur ces parties,
J'ai vu une induration et un épaississement considérable de la membrone muqueuse de la vulve amener une constriction telle de l'ouverture du vagin qu'une grosse plume de cygne eût pu à pein” être introduite dans ceconduit. La membrane était rugueuse, inégale, fendillée et d'un gris blanchâtre, comme quand on a déposé une grande quantité de vinaigre sur les lèvres. Elle était entièrement insensible; la malade en enlevuit des lambheïux de la largeur d’une pièce de six livres avec un rasoir sans en soufirir le moins du monde. Les profondes cau, lérisalions avec le nitrate d'argent n'étaient pas plus douloureuses ; c'est à peine si celles failes avec le nitrate ncide de mercure l'étaient, (uguier, Dissertations sur quelques points d'unatomie, de physiologie ct de pathologie, 1834,)
(1) La sensibilité des organes génitaux de la femme est quelquefois telle, que les soins ordinaires de propreté sont pénibles à supporter, si lon muse pas de beaucoup de précaution en les mettant en usage. Le Loueher pratiqué pour cxpiorer le vagin et l'utérus est insupportable et délerinins souvent une irrilalion nerveuse qui peut produire un état cor vulsif, La fenime a pour ie coït lui-même une grande répugnance, et quoique lè sentiment du devoir el la crainte de perdre Paffection de sen mari ln dominent. elle s'en éloigne d’abord, autant que le Ini permettent lee circonstances ; et puis, enfin, il devientsiirritant, si agrçant, si douloureux, qu'elle ie refuse et le rejette avec une sorte d’effroi, refus terrible qui presque toujours entraîne après ini les événements les plus funestes à l'union conjugate, Je n'exagère rien ici, car on nr'a raconté des scènes déplorables, j'en ai quelquefois été le témoin.
Cette sinzulière affection, dit plus loin le même auteur, agit quelquefois sympathiquement sur la vessie, de manière à avoir pu quelquefois donner le change an médecin sur une maladie de ce dernier organe qui w'existait pas réellement. (l isfranc. De l'excès de sensibilitédes organes génilaux de la femme. Clin, chir.,t. 11, p. 842.)
cette bizarre affection ; ensuite Hervez de Chégoin (1), puis Borelli dans un excellent article paru dans la Gazette médicale des Etats Sardes sur la fissure et le spasme de la vulve (1851), coïncidence déjà indiquée du reste par Dupuytren dans ses Cliniques (2),et enfin Négrier d'Angers avaient
(1) Ce n’est point seulement à l'anus qu’il se fait des fissures, et sans entrer ici dans des détails dénués d'intérêt que fournirait l'examen de toutes celles qu'on rencontre dans différentes régions du corps, en jetant seulement un coup-d'œil sur les principales, nous verrions que les fissures de l’entrée du vagin ne sont pas moins douloureuses que celles de l’anus, qu’elles ne mettent pas un moindre obstacle à la fonclion de l'organe qui enest le siège, qu'elles ne sont pas moins opiniàtres, quand elles sont entretenues par la cause qui les a fait naître et qu’elles jettent encore plus dans le désespoir les malades qui en sont atteintes. Nous verrions que ces fissures sont également superficielles et profondes,! que les unes sont dues à des déchirures subites et anguleuses et qu’elles sont entretenues indéfiniment par la cause qui les a fait naître, que la simple déchirure incomplète de l’hymen peut persister des années et causer des douleurs si vives qu’elles s'opposent à tout rapprochement, qu'elles guérissent par le repos prolongé de l’organe malade, ce qui autorise à penser qu'il en serait de même de celles de l'anus ; que les autres sont dues à ce même eczéma qui a pour cette région une prédilection plus grande encore que pour celle de l’anus ; qu'il entraîne un lel resserrement du vagin que tout rapprochement devient encore impossible. (Hervez de Chégoin. Sur la fissure à l'anus. Union médicale, 1847, t. I, n° 54, p. 228.)
Scanzoni, dans son Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme ttrad. par Dor el Socin, Paris, 1858), consacre quelques lignes à la contracture vulvo-vaginale qu’il nomme spasme du vagin.
(2) Cette fissure, liée au spasme douloureux du constricteur, n’avait jusqu'alors élé vue que dans la région anale. M. Pinel-Granchamp a observé un cas tout semblable à la vulve, La contraction élait devenue si grande que les devoirs du mariage ne pouvaient plus être remplis, Convaincu de l'analogie de cette maladie avec la fissure à l'anus, M. Graudchamp fit une incision profonde qui divisa dans une étendue do deux pouces la fourchette, la muqueuse et 1: constricteur de la vulve. Le resserrement cessa et les choses revinrent comme par le
- passé, (Dupuytren. Cliniques chirurgicales, 2e édit., 1839. Art. Fissure à l'anus.)
contribué, chacun pour leur part, à tracer un chapitre de la nosographie de cette affection.
Mais une description d'ensemble, synthétisant toutes les recherches précédentes, et véritablement scientifique, manquait encore. C’est à Sims qu’appartient vraisemblablement l'honneur d’avoir fait une entité morbide de cet état singulier qu’il dénomma vaginisme.
C'est en 1861 que Marion Sims appela l'attention sur ceite affection particulière des organes génitaux externes de la femme et démontre l’importance considérable de l’hy7 peresthésie de l’hymen etde l'orifice vulvaire, accompagnée de contractions spasmodiques du sphincter vaginal, au point de vue des rapports conjugaux et partant de la grossesse.
Le travail de Sims, qui parut d’abord dans lé troisième volume des Transactions of the obstetrical Society, London, 1862, et qui est reproduit dans son traité des maladies utérines (1866), est de la même année que deux autres travaux importants sur la question: l’un de Michon (1), l’autre de M. Gallard (2), et fut bientôt suivi d’autres publications sur ce sujet devenu classique.
La thèse de Charrier (1862), celle de Visca (1870) sont entièrement consacrées à l'étude du vaginisme, ainsi que celles de Séney (1873) et de Lutaud (1874); et tous les classiques, Scanzoni, West, Churchill, Courty, Nonat, Gallard, Gaillard Thomas, À. Guérin, etc., consacrent un chapitre à l'étude de cette affection.
Enfin, dans ces dernières années, de nombreux travaux ont été faits sur cette question plus encore à l'étranger que dans notre pays. On en trouvera une bonne partie signalée dans notre index bibliographique.
(1) Michon. Bulletin de thérap., 1861.
(2) Gallard, Union médicale, 1861,