DÉFINITION ET PATHOGÉNIE
« On nomme laryngisme une contraction spasmodique dé l'appareil vocal qui rend l'inspiration sifflante : par analogie, j'appelle vaginisme la contraction douloureuse et spesmodique de l’orifice du vagin. » Telle est la définition dé Sims, qui a le grand mérite de bien considérer l'affection sous ses deux aspects principaux : douleur et spasme.
Courtÿy signala de bonne heure l'insuffisance de cette définition, car, dit-il, il y a à la fois resserrement du vagin et de son constricteur ; nüus aurôns occasion, tout à l'heure, de revenir sur cétte idée. Visca, dans sa thèse (4870), définit le vaginisme : « une contraction spasmodique du sphincter vaginal et parfois dé tout lé vagin, accompagnée de douléurs et d’hypéresthésie éxcessive de la müqueuse vul: vairé. »
Un chirurgien distingué, À Richard, définit ainsi à son tour cétte maladie : « Dans cés derniers temps, l’attention s’est fixée Sur uñe affection de l’orifice vaginal, qu’on ne peut s'empêcher de rapprocher de la fissuré à l’anus. Le médecin est consulté à cause de l’impossibilité du rapprochemént sexuel; tout attouchement de la vulve cause d’extrêmes douleurs : lés parties les plus sensibles sont la face externe de l’hymen ou des caroncules, si l’hymen a été rompu; mais un stylet passe à travers l’orifice de l’hymen et touche sa face vaginale aussi bien que le reste du vagin; la sensibilité est nulle ou à peine éveillée. Lorsque la femme s'armant d’un courage désespéré permet au chirur-
gien l'introduction du doigt, celui-ci se trouve serré par le spasme du sphincter, comme cela a lieu dans la fissure à l'anus. Vient-on à chloroformiser la patiente, l'introduction de un ou plusieurs doigts devient facile, et l’on peut citer plus d’une observation où les rapports conjugaux n'ont pu être accomplis, et cela pendant plusieurs années, que grâce à l'emploi des anesthésiques. M. Sims a donné le nom très approprié de vaginisme à cette maladie où le rôle semble se partager également entre la muqueuse et le muscle de la vulve (1). »
De cette citation se dégage bien l'idée dominante et reconnue depuis longtemps déjà, à savoir : une douleur produisant un spasme.
Mais cette douleur naît presque constamment, dans 29 cas sur 34 (Scanzoni) à la suite d’une lésion qui peut exister au niveau de l’hymen, du vagin, de l’utérus, de l’urèthre, du rectum, de la vessie, etc., et peut, par là même, passer inaperçue. Sur ce point, nous sommes absolument de l’avis de M, Gallard et nous croyons pouvoir dire avec lui, que dans les cas de vaginisme un examen attentif permettra toujours de reconnaître le corps du délit, le point de départ de tout le mal. Aussi, s’il nous était permis de donner à notre tour une définition du vaginisme, nous dirions: Le vaginisme est constitué par un spasme réflexe du vagin et des muscles qui l’entourent à la suite d’une irritation locale ou avoisinante quelconque.
Nous aurons donc, dès à présent, au point de vue qui nous occupe, à considérer successivement :
1° Les lésions qui peuvent produire le spasme;
2° Le spasme en lui-même et sa localisation.
(1) A. Richard. Pratique journalière de la chirurgie, p. 641. Paris, 1880, J.-B. Baillière,
FEAT ETS
D'après les auteurs, tous les points du conduit vaginoutérin peuvent être, à un moment donné, le point de départ du spasme vaginal.
La théorie de Sims est la plus célèbre; pour lui, c’est l'hymen qui est en cause ou, à son défaut, les caroncules myrtiformes qui le représentent : il le démontre par l’exploration avec le stylet et, d’autre part, par les succès qu'il obtient avec son procédé opératoire qui consiste, ainsi que nous le verrons, à réséquer l’hymen et les caroncules ; pour lui, en un mot, tout se passe en dehors du vagin (obs, I et IT). Il est certain que, dans bien des cas, Sims a raison ; certains auteurs même, frappés de ces faits, ont cherché s’il n’y aurait point quelques lésions nerveuses locales (névrome des nerfs del’hymen), capables d'expliquer les choses, et n’ont rien trouvé.
Mais à côté de l’hymen, c’est souvent aussi la vulve, le vestibule qui seront le point de départ de la maladie par suite de la présence de quelque ulcération herpétique, ou beaucoup plus rarement syphilitique, soit quelquefois même d’une simple crevasse à peine perceptible (obs. III).
Les lésions causales du vaginisme peuvent aussi siéger profondément dans le vagin et même dans l’utérus. C’est ainsi que nous voyons presque constamment noté un peu de vaginisme dans les observations de vaginite et surtout de cette vaginite avec hypertrophie des papilles du vagin désignée sous le nom de vaginite granuleuse (obs. IX, XI et XII).
Les corps étrangers du vagin, les pessaires placés même pendant peu de temps dans sa cavité, peuvent irriter la muqueuse et produire ainsi une inflammation, qui, à son tour, sera l’origine d’un spasme réflexe.
A l'appui de cette théorie nous rappellerons la curieuse observation relatée par M. le professeur Richet de cette