CHAPITRE PREMIER
« Le mot épilepsie entraine, dans l'esprit du public, et, il faut le dire, d’un grand nombre de médecins, l'idée d'une maladie caractérisée par des attaques convulsives, en général de courte durée avec perte subite et complète de connaissance, avec turgescence du visage, distorsion de la bouche et des yeux, immobilité des pupilles, excrétion abondante d’écume sanglante par la bouche. Telle est, en effet, la définition, définition très imparfaite de la grande attaque. Mais, cette grande attaque ne constitue qu'une des formes de l’épilepsie ; à côté de celle-ci, 1} en est d'autres qui se rencontrent plus communément peut-être et qui, toutes différentes qu'elles paraissent être au premier abord, ont entre elles la plus grande analogie. Malgré leur variété, elles sont, en définitive, l'expression d’une seule et même maladie ». (Frousseau, (Clinique niédicale, 5e édit., 1877, p. 93.)
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Cette grande attaque, ainsi schématisée de main de maître, à tel point qu'il est inutile d'ajouter un seul mot à la description de Trousseau, constitue donc la manifestation basale de l’épilepsie. Sa sémeiologie en est st caractéristique, si simple, si nette, si marquante que la névrose qui nous occupe, sous cette forme du moins, à été connue et décrite de toute antiquité, sous les noms les plus divers d'ailleurs. Qu'il s'agisse du morbus major, du morbus lunaticus, c’est en somme, sous des noms différents, la même description qui est utilisée depuis près de deux mille ans. La maladie qui, jadis, suspendait les comices quand, pendant ces assemblées un homme tombait en attaque, la maladie qui, d'après l’antique mythologie, avait atteint Hercule, le mal démoniaque, le mal Saint Gilles, tout cela format une entité morbide parfaitement définie, singulièrement une : l’épilepsie.
Telle quelle, cette unité prévalut pendant des siècles; mais, et c'est à l’époque qui termine qu'en échoit l'honneur, une étude plus approfondie des symptômes permit, pour nombre de maladies eten particulier pour l'épilepsie, une sorte de fragmentation.
Il y eut dès lors, à côté de l'épilepsie, une forme larvée de ‘cette névrose, et, sous ce nom de forme larvée il faut entendre plus qu'une atténuation, presque une variété nouvelle de Ja maladie.
Nous pouvons ici citer un exemple de forme larvée : le typhus ambulatorius en réalise un assez bon. On sait qu'en pareïlle circonstanec les malades, bien qu'ayant subi l'imprégnation par le bacille d'Eberth vont et
viennent à peu près comme des individus sains. C'est à peine s'il y a eu, au début, un peu de courbature,un peu d'inappétence, quelques frissons. On dirait un simple embarras gastrique vulgaire. Cela se prolonge, à vrai dire, un peu au delà des limites accoutumées, puis, subitement, éclate un accident extrêmement grave dû aux fautes d'hygiène alimentaire commises par le malade : la perforation ; c’est cet accident qui, suivant l'expression de M. Jaccoud, fixe à la fois le diagnostic et le pronostic.
Ces formes d’épilepsie larvée n’ont pas été étudiées (nous empruntons la plupart des renseignements qui vont suivre à la thèse de M. Combret\ avant le xvine siècle. Le traité de Brescou (1742) la signale en ces termes : « il y a des auteurs qui ont vu des épileptiques qui ne tombaient pas, qui restaient debout, d’autres enfin qui couraient. J’altérerais la vérité si je rapportais en avoir vu de semblables mais un médecin plus moderne assure avoir observé tous ces cas dans le même malade. »
Franck, en 1821, Georget décrivent une épilepsie larvée à laquelle ils rattachent nombre de troubles qui n'ont rien à voir avec le morbus Herculens tandis qu'ils en séparent soigneusement, pour les rattacher à d'autres entités morbides des troubles qui, manifestement, appartiennent à l’épilepsie. x
Citons encore quelques noms: Calmeil, Bouchut, Cavalier (54), Herpin (53), Trousseau (68). A vrai dire, c'est à ce dernier que revient réellement l'honneur d'avoir décrit, dans une vue d'ensemble, les manifesta-
tions larvées de l’épilepsie. Depuis cette époque, la question a été étudiée encore plus à fond et il faudrait noter les noms de tous ceux qui se sont livrés à l'étude des névropathies. Nous citerons seulement Legrand du Saulle, Magnan, Kraft-Ebins, Gowers, Hamilton, Westphal, Algéri, Bourneville, Jackson, Grasset, Leroux (Dict. encyclop. des se. méd.), Weil (Des Vertiges, 1h. d'agrégation 86), Combret (Æpilepsie larvée, Paris, 95 96), Toigne (Vertige épileptique, diagnostic et traitement, Paris, 1877), Jannin (Æpilepsie larvée, Paris, 1875). |
Parmi ces accidents de l’épilepsie larvée, il en est un sur lequel nous voulons appeler l'attention. Au dire de certains, 1l est fréquent, sans que l’on sache trop comment l'on doit admettre cette assertion, tant il v a de diversité dans la manière dont on doit comprendre ce symptôme, tellement est variable la description que les cliniciens ont fait sous le chef : vertige épileptique.
Il semble qu'il y ait eu, à ce sujet, confusion, les uns admettant, d'autres repoussant entièrement cette entité morbide, d’autres enfin l’adoptant, mais avec des restrictions.
De fait, dans la thèse de M. Weill {thèse d’agrégation, Paris, 1886, sur les vertiges), nous lisons le ré. sumé suivant des appellations variables que l’on a donné au mot : vertige épileptique. On a compris sous ce nom, dit-1l, « des états bien divers: le vertige proprement dit, l'aura vertigineuse, l'absence, la chute avec perte de connaissance, l'accès incomplet avec ses différents délires. »
Mais voyons encore de quelle façon on a surchargé le ütre : vertige épileptique. |
Il existe une merveilleuse clinique de Trousseau dans laquelle cet auteur expose de façon magistrale ce qu'il entendait décrire sous ce nom et quelle était cette « expression de l’épilepsie la plus ignorée des médecins ». À vrai dire on y trouve, très bien exposées, les manifestations larvées de l’épilepsie, mais de vertige, point. Un exemple entre mille.
« J'ai été appelé, dit-il, à donner mon avis pour un jeune garçon épileptique qui venait du Berry pour me consulter à Paris. Dans le court espace de temps qu'il resta dans mon cabinet, il fut pris de vertige caractérisé par des éclats de rire saccadés. L'accès dura à peine quelques secondes et le malade reprenant immédiatement sa connaissance parut très étonné quand je lui demandais pourquoi il avait ri ainsi. Il n'avait aucune conscience de ce qu'il venait de faire ». Où donc dans cette observation se trouve le vertige?
Et le Brésilien, pris de vertige épileptique à la vue d'individus se querellant, vertige caractérisé par «une sensation de chaleur qui, partant de l’ombilic, montait dans le dos et se terminait par une perte absolue de connaissance ».
Et la jeune fille couchée au n° 32 de la salle Saint-Bernard et atteinte de vertige épileptique caractérisé par des impulsions inconscientes sur le compte rendu desquelles nous ne nous étendrons pas, renvoyant pour en prendre connaissance à la clinique même de Trousseau,