‹ Contribution à l'étude et à l'interprétation des phénomènes cardio-vasculaires engendrés par l'effortChapitre 23 sur 43 · NON · texte numérisé non relu

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où dans l’autre. Ce sont ici les faits que nous voulons étudier

surtout.

Il faut d’abord se mettre d'accord sur les termes; on n'entend pas sous le nom de « cœur forcé » la dilatation légère, physiologique et plus ou moins transitoire qu’engendre l’exercice, et dont nous avons parlé; ni la dilatation avec hyper. trophie plus où moins transitoire également, de ceux qui se livrent à un travail physique régulier, et dont nous parlons plus loin. Mais on entend sous ce nom la dilatation aiguë el subaiguë qui traduit l’insuffisance cardiaque, provoquée par un seul effort exténuant ou par la répétition excessive et déréglée d’exercices pénibles; une vive douleur précordiale la caractérise, ainsi que la fréquence et la petitesse du pouls. une dyspnée intense, et parfois même un véritable syndrome asystolique, avec œdèmes et congestions viscérales passives. Tous ces phénomènes, selon les cas et selon les auteurs, s’amendant et disparaissant par le repos, ou laissant après eux une véritable débilité cardiaque. |

L'expression « cœur forcé » (elle est de Lagrange, croyons-

nous) est-elle heureuse? Elle fait image, par l’idée de con-

trainte et d'abus, d'action mécanique, de lutte entre deux

forces contraires qu’elle évoque, et par là dit bien ce qu’elle veut dire. Mais, comme le note Heckel, elle est dangereuse par l'association d'idées qu’elle provoque avec 1’ « animal forcé », et par la confusion qui s'ensuit. En d’autres termes, alors qu’il s’agit de connaître l'influence qu’'exerce sur le cœur le surmenage par un travail physique excessif, l'usage d'un même mot pour caractériser les deux phénomènes qu’il s’agit de relier tend spontanément, inconsciemment, à établir entre eux une relation permanente de cause à effet, à identifier le surmenage et la dilatation aiguë. du cœur.

En veut-on un exemple? Vaquez écrit, à propos de l’insuf-

fisance cardiaque, que « l’histoire du soldat de Marathon en est un exemple célèbre ». Précisément, il s’agit d'établir que c'est d'insuffisance cardiaque que ce héros est mort!

Les animaux forcés à la chasse meurent, dit Heckel, sans avoir aucun viscère forcé au sens mécanique du mot, mais par des processus où la première place revient à l’intoxica: tion suraiguë déterminée par les substances ponogènes et l’acide carbonique. « À leur autopsie, on constate une rigidité cadavérique immédiate suivie d’une putréfaction rapide, et extrêmement intense. Le caractère essentiel des lésions est une vasodilatation capillaire extrême, allant jusqu'aux suffusions sanguines et aux ecchymoses qu’on trouve sous la peau et dans tous les viscères. Deux autres caractères particuliers de cet état de forçage sont l’incoagulabilité du sang, et l'odeur particulière de marinade que l’on constate. »

Expérimentalement, ces signes se retrouvent à l’autopsie de chiens tournant sans repos dans un tambour, ou à celle de pigeons voyageurs, ainsi que Mosso l’a constaté.

Chez l'homme, des faits de forçage général ont été rap: portés, avec les mêmes symptômes et les mêmes lésions d’autopsie que chez l'animal forcé par la meute, poursuit Heckel. « Deux coureurs indigènes, observés en Algérie par Bertherand, moururent après avoir parcouru réciproquement 192 kilomètres en 45 heures, et 252 kilomètres en 62 heures. On crut à un empoisonnement criminel, - mais Bertherand trouva à l’autopsie tous les signes habituels du forçage ani. mal : sang noir, incoagulable, dilatation capillaire, avec suffusions sanguines, des muqueuses et de la peau, coloration presque noire des muscles, ramollis et d’odeur infecte, »

Ce qu'il y a de remarquable en tous ces cas, chez l’animal et chez l’homme, c’est l’absence de lésions caractéristiques de forçage mécanique, de dilatation, sur le cœur et sur le poumon, Lagrange rapporte qu'ayant fait l’autopsie, plusieurs fois de loups et de renards forcés à la chasse, il avait été frappé par l'absence de dilatation cardiaque, tandis que la dilatation des capillaires était intense. Bien au contraire, il à toujours trouvé le cœur extrêmement musclé, dense, gros et globuleux. Heckel en conclut que si le « forçage » entraîne la mort par intoxication, avec lésions du type asphyxique, rien n'y rappelle les symptômes d’'hyposystolie ou d’asystolie aiguë attri-

bués au « cœur forcé ».

Les cas de dilatation aiguë du cœur attribués au surmenage physique ne sont, du reste, pas extrêmement nombreux. L'insuffisance cardiaque des mineurs de Cornouailles, décrite par Peacock (1865), celle des jeunes soldats de la guerre de Sécession (da Costa, 1871), ou des bûcherons de la forêt de Tübingen (Münzinger, 1877), des cas isolés publiés par Maurice Raynaud (1868), Chauffard et Ramond (1895), Düms (1898), constituent les faits les plus anciens. Ce dernier eut l'occasion de faire l'’autopsie d’un soldat qui tomba mort en arrivant dans la cour de la caserne après une course précipitée pour ne pas manquer l'heure de l’appel. Il trouva un cœur .dilaté, et des fibres myocardiaques dégénérées, qu'il attribua au surmenage.

Vaquez a observé un accès subit et violent d’angine de poitrine avec dilatation radioscopique très marquée du cœur et de l'aorte et sans lésion valvulaire antérieure, mais après

une nuit de « surmenages cle toutes sortes », et chez un ancien

Poe

syphilitique. Ce malade guérit du reste parfaitement et trois

ans plus tard, sa santé était demeurée parfaite. Ce cas démontre

que l'insuffisance aiguë, comme l'insuffisance progressive,

s'accompagne de dilatation. Par contre, il ne prouve pas que

la dilatation soit « mécanique » (ainsi qu’est souvent considérée la dilatation du « cœur forcé »).

Cette observation de Vaquez fait ressortir surtout que le surménage physique n’était pas seul en cause. Il est exceptionnel qu'il soit seul. Dans tous les faits publiés, on peut invoquer d’autres causes : des excès de boissons, vin ou bière, la nutrition insuffisante, la débilité physique, la syphilis, des maladies aiguës, l’état d’autres organes (symphyse pleurale, rein insuflisant), sans compter les lésions circulatoires antérieures.

Pierre Merklen faisait après Corvisart une place importante, à côté du surmenage, aux diverses intoxications alimentaires et à l’alcool; entre le cœur des mineurs de CornouaiHes, le cœur des bûcherons de Tübingen, et le « cœur .de bière » des médecins de Munich, il ne faisait qu'une distinction de détail, Or, il est très important de savoir si l'effort physique peut, à lui seul, provoquer la défaillance cardiaque. Car, remarque Vaquez, dans l’affirmative, on serait conduit à considérer comme victimes d'accidents du travail les ouvriers soumis à des occupations manuelles fatigantes, sans cardiopathie antérieure, et en état d'insuffisance cardiaque.

Mais rien n'autorise à envisager les choses de cette façon, conclut Vaquez, qui comme Raab pense qu'il faut chercher une cause pathologique, intoxication, infection ou lésion organique. Telle est aussi l’opinion de Hirschfelder, et celle de Jean Heitz qui rapporte une obsérvation concordante : « Et de fait, dit-il, au sujet du cœur des athlètes, il apparaît bien que le myocarde, lorsqu'il n’est pas affaibli par une intoxi-

LA ee

cation ou une infection, ne se laisse pas dilater au cours d'un.

entraînement bien conduit. »

La dernière guerre a fourni un champ d'observation

étendu de tous ces phénomènes. Wenckebach rapporte que

sur 100 hommes partis à l’assaut, avec un cœur en apparence

normal, 47 présentaient au retour de la dilatation et de la tachycardie; et son assistant Joachim aurait trouvé beaucoup

plus de tachycardies dans les Dolomites que sur les autres

fronts, en raison des causes supplémentaires de fatigue inhérentes à la vie de montagne. C’est aussi pendant la guerre que Kramer observa des insuffisances mitrales temporaires. qui disparurent par le repos. Lian admet que le surmenage peut être au moins une des causes du « cœur irritable », si souvent signalé pendant la guerre qu'on l’appela le « cœur de soldat ». Il cite, à l'appui de cette opinion, l'observation

d’un cœur irritable survenu à la suite d’une course de 10 ki-

lomètres en 55 minutes. Mais en toutes ces observations, il

s’agit toujours de discerner le rôle du surmenage physique,

isolé, du rôle de tous les autres facteurs; pendant la guerre,

notamment, il fallait tenir compte de l'hygiène et de l’alimen-

tation défectueuses, des privations de toutes sortes, des angoisses et des émotions. Le surmenage est-il cause détermi-

nante, ou joue-t-il un rôle accessoire : cause prédisposante,

débilitante, s’il est chronique; cause simplement « déchaî-

nante » révélatrice d’un myocarde affaibli, s’il s’agit d’un surmenage aigu ?

On s’est légitimement demandé si le surmenage pouvait, à lui seul, produire des lésions anatomiques du myocarde? Nauwerk et Düms l'ont admis. Bianchi a constaté chez des

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