‹ Contribution à l'étude et à l'interprétation des phénomènes cardio-vasculaires engendrés par l'effortChapitre 34 sur 43 · MÉCANISME ET ROLE DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

MÉCANISME ET ROLE DU SYSTÈME NERVEUX

. Nous avons noté au passage que la Loi du Cœur était une propriété du myocarde, et que certains phénomènes capillaires semblaient:des réflexes purement locaux. Mais le système nerveux central::peut à coup sûr modifier tous les phénomènes circulatoires pour les adapter aux besoins des organes, C'est cette action que nous voulons définir.

: L’accélération de P étant le phénomène le plus ir il Y ne que des hypothèses sont émises pour l’expliquer: Marèy y voyait une application de la loi cardiaque qu'il formulait: ainsi : « Le cœur bat d'autant plus fréquemment qu'il éprouve moins de peine à se vider », et qui n'était, selon lui, qu'une tendance du cœur à fournir en toutes circonstances un travail uniforme : « battements nombreux et faciles ou systoles pénibles et peu fréquentes » (x).

Un des meilleurs arguments de Marey pour justifier son

opinion consiste précisément dans la tachycardie d'effort.

(x) « On sait que lorsqu'un muscle agit, le sang le traverse avec plus de vitesse, soit qu'il y ait relâchement des vaisseaux, soit que l’action des muscles favorisant le courant veineux, diminue les résistances au-devant des capillaires. » Il en résulte une baisse de TA, primitive, et qui diminue le travail du cœur. Si, secondairement, celui-ci s'accélère, explique Marey, c'est que le cœur tend toujours à . fournir un travail uniforme. Et il s'élève contre ceux qui osent invoquer. pour l'expliquer. une sorte de « vigilance du cœur qui tendrait, toujours et malgré tout, à donner au mouvement du sang une impulsion rapide ». Nous ne croyons pas pouvoir accepter la conception de Marey (nous l'avons dit déjà) seulement, nous n'’inyoquons pas une vigilance du cœur, mais une vigilance du système nerveux,

C'est, à notre avis, prendre l'effet pour la cause, Nous ne nions pas que le rendement du cœur ne soit meilleur dans ces conditions : le travail résistant pouvant être moindre (il ne l’est pas toujours), le cœur peut évidemment disposer pour son travail moteur de ce qu'il économise d'énergie. Peut-être aussi la fatigue du cœur est-elle moindre à faire deux fois plus souvent, par exemple un travail deux fois moindre. Mais

il semble évident que le travail total n’est pas uniforme, et que

la réaction dépasse singulièrement l’économie réalisée, puis

que la réaction tend justément à faire circuler plus de sang, plus vite et sous une pression moyenne constante, à empêcher la chute de celle-ci.

Il existe d’autres arguments, contre la conception de Marey : D'abord, le fait que P s'accélère même si les résistances augmentent; puis la loi du cœur, qui montre qué le cœur ne réagit qu'à l’afflux, et que le seul effet d’une diminution des

résistances est de diminuer le sang restant; si bien qu’on pour-

rait dire, en invoquant Monsieur de la Palisse : « Le cœur se

vide d’autant plus complètement et plus facilement qu'il éprouve moins de peine à se vider, mais non pas plus fréquemment. » = d: ë

On a invoqué pour expliquer l’accélération de P les modifications sanguines qui résultent du travail musculaire : mais cette hypothèse n’explique pas que l’accélération se manifeste dès la deuxième pulsation qui suit le début de l'effort, avant que le sang des muscles en travail ait pu atteindre le cœur. En outre, l'interruption de la circulation de retour n empêche pas l'accélération de se produire (Athanasiu et Carvallo) et un. extrait de muscle fatigué ne modifie pas le rythme d’un cœur isolé (Petersen et Gasser; Gasser et Meek), il faudrait donc inyoquer une action directe de l’activité musculaire sur les

centres accélérateurs, mais qui ne pourrait intervenir qu'après un certain temps. |

I faut donc invoquer un réflexe lointain, que la contrac tion du muscle provoque, et qui met en jeu le système accélérateur. On s'explique ainsi‘que P soit plus fréquent pour des exercices brusques, intenses, à cadence rapide, et qu'il diminue plus rapidement que TA, quand les muscles cessent de travailler. + ;

Mais il reste très vraisemblable que d’autres facteurs interviennent dans l'accélération de P. Notamment, la réplétion des cavités cardiaques, ainsi qu'une PS intra-cardiaque élevée doivent agir sur le nœud sino-auriculaire (Lian). Est-ce là une action directe, ou une action réflexe émanani des nerfs sensibles du cœur ?... De plus, il est possible que les tiraillements produits par les déplacements des viscères, et qui provoquent en partie l'accélération quand on passe du décubitus à l’orthostatisme (réflexe abdomino-cardiaque de Prevel) interviennent dans l'exercice physique. Enfin, l'élévation de température du sang peut accélérer le rythme dans une faible mesure et après une longue période de latence, par action directe sur le cœur. Dans quelle mesure entrent en jeu tous ces mécanismes ? Comme toujours, il doit exister ‘de nombreuses modalités, selon les cas et selon les individus.

Le système nerveux régit tous les phénomènes vaso-mo teurs, et il n'est pas illogique de penser que l’influx nerveux qui provoque la contraction d’un muscle dilate en même temps les artérioles de celui-ci; à moins que cette dilatation ne se fasse progressivement, quand les oxydations se multiplient et que les déchets s’accumülent; elle ne semble en tout cas atteindre, sinon son calibre maximum, dü moins son effet maximum, qu'après l'interruption de tout travail.

Existe-t-il, comme le pensait Potain, « une influence ré-

flexe réciproque dès territoires vasculaires » ? La chose n'est pas douteuse, et Müller a montré de façon irréfutable, en 1905, qu'une simple impression périphérique de froid déplace 350 grammes de sang de la périphérie vers le centre.

Les centres encéphaliques sont certainement l’origine de réflexes vaso-moteurs, de même que l'appareil circulatoire tout entier par l'intermédiaire des nerfs cardio et vaso-sensibles sous l'influence des variations de TA (1). Ainsi s’expliquent les balancements qui règlent le débit de chaque territoire, la masse sanguine dans les différents organes, et l’équilibre permanent de TA dans le réservoir aortique. À cet égard, les vaisseaux abdominaux occupent une place prépondérante, et pourraient à eux seuls contenir presque tout le sang du corps (Gallavardin). Et l’on peut se demander à ce propos si la vaso-constriction qu'entraîne la fatigue n'a pas pour objet d’équilibrer la grande quantité de sang retenue passivement dans le cœur dilaté ?

Que l’excitation soit intra ou extra-cardiaque, centrale ou périphérique, quelle voie de réflexion emprunte l'arc réflexe qui aboutit à l'accélération de P ?

D'après Gasser et Meek, la voie principale consiste en une perte de tonus du vague, qui laisse ainsi plus de liberté à l'automatisme cardiaque; ce nerf n’a pas seulement un rôle

modérateur et dépresseur, mais constitue un véritable « éco-

(x) Le rôle dans le maintien de la TA de la masse sanguine et de la viscosité du sang est certain, mais difficile à mettre en évidence, du fait même des compensations immédiates qui interviennent et des échanges avec les liquides interstitiels, qui font varier la-concentration du sang. Quant au rôle des sécrétions glandulaires et de l’adrénalinémie, dans les processus régulateurs de TA, l'accord n'a pu se faire entre Gley, Langlois et Binet d’une part, Hédon, Tournade, Chabrol et Marchand, d'autre part, malgré les belles « circulations croisées » réalisée par ces derniers,

nomiseur de force » vis-à-vis du cœur, tenant en lisière le rythme, la conductibilité, l’excitabilité, la force des contrac-. tions et la tonicité (De Meyer), : se

L’excitation du système accélérateur sympathique ne serait pour Gasser et Meek qu'un facteur de sûreté, secondaire et accessoire. Par contre, cette voie est la voie principale pour Arthus, Vaquez et Donzelot, et d’autres. De Meyer qualifie cette voie de « renforçatrice » et explique ainsi, outre l'accélération, le renforcement de la tonicité (c'est-à-dire en somme, de la faculté pour le cœur de se vider plus complètement de son contenu), et — ajouterons-nous — la systole plus rapide,

Mais ce sont là subtilités ; les deux systèmés sont étroitement solidaires; l’on peut donc conclure en disant que ce sont des modifications du tonus vago-sympathique qui régissent la plupart des phénomènes cardio-vasculaires dans l'effort, sans se faire illusion sur l’imprécision de cette formule ! ;

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