OBSERVATIONS
Observation III.
(Cette observation a été rédigée en partie d'après des notes qui nous ont été obligeamment remises par M. le Dr Ballet, chef de clinique de la Salpêtrière.)
Madame W..., 38 ans, danseuse (janvier 18 83.) Rien de spécial dans les antécédents héréditaires. A 1 0 ans, fièvre typhoïde.
A 13 ans, fluxion de poitrine.
A l'âge de 20 ans, a un fils qui est bien portant. Une fausse couche.
Il y a deux ans et demi a eu pendant dix-huit jours un rhumatisme articulaire aigu, toutes les jointures ont été prises. Sueurs très abondantes. Il ne semble pas que le cœur ait été atteint. Traitement par le salicylate de soude.
A ce moment, elle n'avait ni tremblement, ni palpitations.
Un ou deux mois plus tard, émotions très vives, chagrins d'amour, à la suite desquels elle est prise d'une perte extrêmement abondante qui ne semble pas liée à uné fausse couche .
Ce n'est qu'il y a deux ans que ses cousines s'aperçurent qu'elle tremblait en buvant et qu'elle parlait d'une façon un peu saccadée (comme si elle avait été en colère) .Elle-même n'en avait jamais fait la remarque.
Elle n'avait non plus jamais remarqué qu'elle eût des palpitations, même lorsqu'elle dansait, c'est seulement après que M. Gharcot eut appelé son attention sur ce point qu'elle en constata l'existence.
A cette même époque, ses cousines lui firent encore observer qu'elle avait le regard fixe, étrange, sans pourtant se rendre compte que les yeux fussent augmentés de volume.
C'est encore à la suite de ses chagrins que, pendant fort longtemps et quelquefois même encore maintenant, elle fut en proie à de cruelles insomnies.
Etat actuel. Corps thyroïde également développé dans toute sa masse et évidemment hypertrophié, mais d'une façon très symétrique, et par conséquent n'altérant que très peu la forme du cou tout en augmentant très notablement son volume.
Yeux un peu gros mais non très saillants, l'exophthalmie est cependant réelle, le signe de de Graefe est très légèrement prononcé ; la vue ne semble pas s'être modifiée et est bonne.
Battements du cœur réguliers, impulsion modérée, soulfle doux systolique, au-dessus de la pointe, disparaissant quand la malade est couchée, augmentant quand elle est penchée en avant. Pas de sensation de palpitations.
Pouls un peu mou et dépressible; lorsque M. Charcot vit pour )a première fois la malade, et dans les premiers temps où celleci venait à la consultation delà Salpêtrière, le pouls était à 100, 4 20. Actuellement (janvier 1883) nous ne comptons plus que 90 pulsations.
Le tremblement des mains, seul symptôme pour lequel la malade vint au début consulter M. Charcot, est assez prononcé, mais beaucoup moins qu'il y a un an, il ne l'empêche pas actuellement de coudre, mais il la gêne souvent pour écrire. Les pieds tremblent aussi quand ils sont étendus; ainsi que les jambes îorsque la malade est assise.
Les sueurs existent, mais peu accentuées; moiteur des mains; lorsque la malade danse elle sue notablement plus que ses compagnes.
Madame W... n'a pas remarqué de diarrhées spéciales, elle s'observe, dit-elle, très peu et ne saurait donner aucun renseignement à cet égard.
Fréquents accès de boulimie ou plutôt fringales assez fortes pour l'obliger à se relever la nuit pour manger.
Souvent aussi quintes de toux sèche, sans expectoration, la prenant surtout la nuit, mais survenant aussi pendant le jour ; nous avons pu en constater quelques-unes, et observer qu'à ce moment l'amplitude du tremblement est notablement exagérée mais non sa fréquence. — 22 respirations par minute. — Rien de spécial dans les poumons.
Sur la peau pas de pigmentation spéciale à part quelques petites taches de rousseur sur les mains que la malade a tou-
jours eues depuis l'enfance. — Pas de vitiligo. — Pas d'urticaire.
Deux fois depuis le début de son affection la malade a éprouvé des accès caractérisés par une augmentation considérable des battements du cœur, une sensation d'angoisse indicible,ces accès se sont terminés par une syncope.
Les réflexes rotuliens sont assez notablement diminués.
On a constaté, à plusieurs reprises, l'existence du sucre dans l'urine. (Pour ce point, nous renvoyons au travail de M. le Dr Ballet.)
Observation IV
M. D..., docteur en médecine, âgé de 37 ans, ne connaît dans sa famille personne qui soit atteint de maladies nerveuses.
A l'âge de 22 ans,il fut atteint de rhumatisme articulaire aigu, à la suite duquel survint un abcès dans l'épaisseur du grand pectoral gauche ; il ne semble pas à ce moment y avoir eu de déterminations cardiaques; depuis cette époque il éprouve de temps en temps quelques manifestations rhumatismales légères du côté des articulations, mais jamais de grandes attaques. Actuellement, on perçoit nettement des craquements dans l'épaule droite.
Il a toujours été très lymphatique, presque strumeux.
En 4865, il fut atteint d'une rougeole à la suite de laquelle il fut pris d'une ophthalmie assez intense.
En 4866, blennorrhagie, orchite double, érysipèle de la face.
En 4868, il fut affecté de diarrhée cholériforme, puis bientôt après de la diarrhée des salles d'auptosie.
Depuis 4869, il est sujet à des troubles dyspeptiques; dans cette même année, il observa sur presque tous ses muscles des mouvements tibrillaires qui l'ont beaucoup inquiété, et, vu la nature de ses études alors, il craignit d'être atteint d'atrophie musculaire progressive.
En 4869, il contracte un chancre induré, suivi d'une roséole légère, c'est la seule manifestation syphilitique qu'il ait jamais présentée.
En 1870, pendant le siège de Paris, a beaucoup souffert, et a même été atteint de dysenterie.
M. D..., a toujours été un peu nerveux, mais sans manifestations caractérisées.
Depuis sa jeunesse il a constamment eu des démêlés avec sa mère qui lui refusait les moyens de continuer ses études de médecine; même maintenant ces ennuis continuent.
Il n'a jamais eu d'enfants.
Pas d'alcoolisme. Boit un litre de vin par jour et deux litres de bière blanche, jamais de liqueurs. Prend une seule fois par jour du café. Ne fume plus depuis trois ou quatre ans. Prise.
Depuis 5 ou 6 ans il avait remarqué que, quand il était un peu fatigué, ses mains tremblaient; quelquefois aussi il éprouvait des étourdissements, un peu de vertige quand il lui fallait marcher sur une passerelle.
11 y a 3 ans, en janvier 4 880, alors qu'il était dans sa voiture, celle-ci est accrochée, renversée par terre, il tombe sur le côté gauche de la tête et de la face. A ce moment se produisit un écoulement de sang de la valeur de six à huit cuillerées par l'oreille gauche, pas de liquide céphalo-rachidien. Perte de connaissance absolue, respiration stertoreuse, La perte de connaissance dure environ une demi-heure puis le malade revient à lui, mais reste encore étourdi; au bout de trois heures il peut monter son escalier tout seul et se coucher. Puis il perd de nouveau connaissance et ne se souvient de rien jusqu'au lendemain 4 heures de l'après-midi. A ce moment, il commença à répondre aux questions qu'on lui adressait, mais il ne pouvait répondre que d'une façon très lente et restait dans une position fixe, la tête appuyée sur le côté droit. La langue était lourde, le malade ne prononçait qu'avec une grande lenteur les mots, que d'ailleurs il avait beaucoup de peine à trouver.
Dès ce moment, la partie inférieure du facial gauche était paralysée. Rien du côté des paupières, la langue n'était pas déviée.
Au bout de cinq jours, M. D... avait complètement repris l'usage de ses sens, 11 éprouva alors des douleurs articulaires très intenses dans les membres infériéurs, ces douleurs disparurent après l'emploi des frictions. Jamais on ne constata aucun mouvement fébrile. Jamais le malade n'éprouva le moindre degré de paralysie dans les membres.
Quinze jours après l'accident.il se lève et commence à manger
comme d'habitude, enfin le dix-septième jour il put reprendre l'exercice de sa profession, quoique assez rude en pleine campagne.
M. D... n'avait depuis cette époque rien remarqué de particulier lorsque, quinze ou dix-huit mois plus tard, subitement, pendant qu'il était dans son jardin il entendit dans son oreille gauche un souffle intense qu'il attribua d'abord au bruit d'une machine à vapeur voisine, mais il ne tarda pas à constater que ce bruit était purement subjectif; il persista ainsi pendant 8 ou 10 mois, c'est à cette époque que M. D... vint pour la première fois consulter M. le professeur Charcot.
Depuis lors, le bruit de souffle a un peu diminué, mais il n'a cependant pas disparu.
Etat actuel (décembre 1882.) La première impression, quand on se trouve en présence de M. D.., est qu'on a affaire à un paralytique général au début; cette impression M. le professeur Charcot nous a dit l'avoir éprouvée lui aussi, elle s'explique facilement par les caractères spéciaux de l'embarras de la parole, et par la présence du tremblement, mais on ne tarde pas à reconnaître qu'il ne saurait être question de cette maladie, et que l'état psychique en particulier est absolument normal.
Le tremblement est tout à fait général et à peu près aussi intense pour l'une et l'autre extrémité supérieure; non seulement quand le malade est assis on voit les mouvements involontaires des pieds, mais lorsqu'il est debout il lui semble éprouver une sorte de trépidation due à ce tremblement. Il n'y a pas d'augmentation de volume du cou.
Les yeux sont certainement un peu gros et hagards, quoique à proprement parler il n'y ait pas d'exophthalmie; cependant, et c'est un des rares cas où nous ayons pu le constater, les paupières présentent le signe de de Graefe.
Le pouls est faible, et le nombre des pulsations varie entre 85 et 100.
Les battements du cœur ne sont pas très énergiques, peutêtre un léger souffle à la pointe systolique; pas de souffle à la base; pas d'augmentation de la matité cardiaque. Les battements sont réguliers.
Un peu en arrière de l'apophyse mastoïde gauche, on sent avec le doigt une artère un peu dilatée ou du moins dont les battements sont plus perceptibles à cet endroit qu'à la partie correspondante du côté droit; lorsque le malade presse à ce