X..., homme, 30 ans. Accident de motocycelette
Jambe tuméfiée, épanchement hématique. Articulation tibiotarsienne considérablement élargie, douleur au niveau de l’interligne péronéo-bibial inférieur. Ballottement astragalien. En somme,
diastasis Important, accompagnant une fracture du péroné,
La radiographie confirme le diagnostic; il existe un diastasis très marqué, caractérisé par un écartement de 1 em. 1/2 du tibia et du péroné.
Réduction manuelle et immobilication dans un appareil plâtré pendant 40 jours. Après ablation du plâtre, on fait : massages, mobilisation, bains sulfureux.
Résultat fonctionnel satisfaisant. Le sujet marche, court, sans boiterie, sans douleur et sans fatigue très grande, mais ne peut pas complètement s’accroupir, la flexion du pied sur la jambe étant limitée à l’angle droit.
Chbservation XVI
(Extrait du Scalpel, 22 juillet 1933, Danis.)
N... Louis, 43 ans. Fracture de Dupuytren. La radiographie montre un diastasis considérable et non réductible. Intervention sous rachianesthésie. Le péroné est fixé en mauvaise position; sa restauration nécessite le placement d’un fil circulaire et transcortical. La vis hélicoïdale est enfoncée. La radiographie de contrôle montre que la mortaise reste un peu large, la réduction n’est pas complète. Néanmoins, le malade qui pèse 105 kilos, se lève le 18e jour, boite encore assez fort le 25° jour. Sort de l'hôpital quatre semaines après l'intervention, sans aucune claudication, mais avec un léger œdème de la cheville.
Il est revenu six mois après: à ce moment, il ne ressent plus aucun trouble de la marche. La vis est parfaitement tolérée À tous points de vue.
Observation XVII
(Extrait des Archives franco-belges de Chirurüte, &. XXIX, 1926, Lefebvre et Baillat.)
D... Paul, 45 ans. Fracture de Dupuytren, le 16 mai 1926.
L'examen radiographique donne l’image d’un énorme diastasis. Intervention le 25 mai, sous anesthésie rachidienne à la scurocaïne (10 cg.). Opération pratiquée suivant la technique de Gatellier et
Chassang. Incision rétro-péronière. On repère la fracture du péronc.
Roy. 3@
on la réduit, et on visse la malléole externe au tibia. Immobilisation dans une gouttière de Beckel, après suture au crin sans drainage.
Suites opératoires simples et apyrétiques. Dès le surlendemain, mobilisation passive et active prudente, de plus en plus énergique, avec massages. Le 30° jour, le blessé marche sans difficulté. Le résultat anatomique paraît aussi bon que le résultat fonctionnel.
Le blessé revu de nouveau fin novembre, n’a pas de déformation
secondaire et marche correctement.
Observation XVIII
(Extrait du livre jubilaire offert à À. Lambotte par ses élèves et amis, 1936, Paul Mathieu.)
R... Fracture du péroné, le 26 mars 1935.
Instabilité du pied constatée, entorses fréquentes. Il persiste à la radiographie un diastasis tibio-péronier considérable avec ballottement astragalien. La fracture malléolaire est consolidée. L’astragale a suivi la malléole externe. Opération le 30 juin 1935.
Ablation de l’interposition tibio-péronière et vissage de la malléole externe dans le tibia. Très bon résultat fonctionnel, bien qu'après
ablation de la vis, il y ait eu une très minime récidive du diastasis.
Observation XIX
(Extrait du Livre jubilaire offert à A. Lambotte par ses élèves et amis, 1936, Paul Mathieu.)
L..., 23 ans. Fracture du cou-de-pied droit, le 11 juillet 1933. Fracture de Dupuytren, Lype bas, fracture de la portion génienne de la malléole externe, diastasis tibio-péronier considérable avec forte translation externe de l’astragale. Réduction insuffisante par manœuvres classiques. Opération le 17 juillet 1933. Réduction du diastasis par davier de Lambotte. Vissage transversal du péroné. Une vis transmalléolaire oblique maintient en outre la malléole externe.
Résultat fonctionnel excellent.
Observation XX
inédite)
(Due à l’obligeance de M. Ie Docteur Magendie, Service de M. le Docteur Parcelier.)
G... Auguste, 34 ans. Entre à l'hôpital le 18 juillet 1933, pour traumatisme de la jambe gauche à l’occasion d’une chute de bicyclette. Gonflement et ecchymoses au niveau du cou-de-pied. Douleur exquise sur le péroné, juste au-dessus de la malléole.
La radiographie du 20 juillet, montre une fracture malléolaire du péroné avec diastasis marqué. Le test de Merle d’Aubigné est : CHRT7ITe.
Le 22 juillet, vissage de la malléole péronière avec le tibia, pour supprimer le diastasis ; on utilise une vis de Lambotte de 6 centimètres de long, mais n'ayant pas le contrôle de la radioscopie, la vis est mise trop oblique et ne corrige pas suffisamment.
Le 25 juillet, intervention sous écran. On remet la vis en bonne position, traversant la mälléole péronière et le bulbe tibial au-dessus de l’interligne articulaire et jusqu’au périoste du côté opposé. Le diastasis est difficilement mais complètement corrigé. Suture aux crins. Appareil plâtré pédieux et jambier en léger varus.
Radiographie le 26 juillet: montre que le diastasis est parfaitement corrigé : CJT = 5/12.
Le malade sort le 24 septembre 1933. La mobilité du pied est parfaite.
Observation XXI (inédite)
(Due à l’obligeance de M. le Docteur Magendie, Service de M. le Professeur Papin.)
H... Henri, 42 ans. Accident au niveau du cou-de-pied gauche. Chute de sa hauteur, samedi 9 août 1936, tordant le pied gauche en dedans. Pas de craquement, mais impotence immédiate et gonflement.
Le 31 août. Déformation du pied en valgus. Gonflement des
malléoles. Douleur précise au niveau du péroné, à 4 cm. de la pointe et au niveau de la malléole interne.
La radiographie montre une fracture du péroné oblique, l'arrachement de la pointe de la malléole interne et un diastasis marqué.
Sous rachianesthésie on fait un essai de réduction en talus varus, et en resserrant les malléoles. Vérification radiographique : la réduction est bonne pour le péroné, mais le diastasis persiste.
Le 1er septembre, nouvelle rachi. Essai de réduction. On serre les malléoles avec des attelles et une bande; échec. Aussitôt, vissage d’une vis à bois à travers le péroné. La réduction est meilleure.
On met un plâtre en bonne position. Suites normales.
Observation XXII (Extrait de la Revue d'Orthopédie, janvier 1933, Merle d'Aubigné.)
G... Joseph, 34 ans. Entré à Vaugirard, le 16 avril 1931, avec une fracture de la malléole externe et diastasis accentué, irréductible. Boulonnage le 17 avril à l’anesthésie locale. Le malade sort le 29 avril avec un appareil de Delbet. Il revient le 17 juin marchant très bien, mais se plaignant de douleurs. Celles-ci disparaissent complètement après ablation du boulon, et à la fin de juin, le coude-pied pouvait anatomiquement et fonctionnellement être considéré
comme normal.
Observation XXIII
(Extrait de la Revue d'Orthopédie, janvier 1933, Merle d’Aubigné.)
X..., 33 ans. Entre à l'hôpital de Vaugirard le 25 décembre 1930. Il présente une fracture oblique de la malléole externe, s'accompagnant d’un gros diastasis.
Après échec d’une Eentative de réduction manuelle, on place, à l’anesthésie locale, un boulon trans-tibio-péronier, le 27 décembre. La radiographie montre cette fois une bonne réduction. Au bout de 15 jours, le malade marche avec un appareil de Delbet. I part au bout d’un mois. Revu cinq mois après, la marche est normale, la flexion excellente.
Ro —— Observation XXIV
Due à l’obligeance de M. le Docteur Magendie, Service de M. le Professeur Papin.)
V..., 34 ans. Fracture de Dupuytren par abduction. Au cours d'un match de football association, a reçu un violent traumatisme qui a dévié en abduction forcée son pied bloqué au sol. Diastasis ibio-péronier, avec 8 millimètres d’écartement entre la malléole interne et la joue interne de l’astragale. Le lendemain, 22 février 1937, essai de réduction sous rachianesthésie; malgré tous les mouvements habituels, la réduction est impossible. Le 27 février, nouvelle tentative de réduction sous écran; nouvel échec. On repère alors sous écran la ligne articulaire et on enfonce ensuite très simplement, sans le concours des rayons X, la broche de Merle d’Aubigné, du péroné vers le tibia. Les écrous sont bloqués progressivement. Les deux os se rapprochent et viennent en contact. On bloque les écrous. Tout ballottement astragalien a disparu. Section des extrémités de la broche et fermeture de la peau de chaque côté, Pendant 48 heures, le malade se plaint de constriction pénible, puis plus rien. Quelques jours après, il marche avec des béquilles. Le 30€ jour, il marche avec appui du pied au sol. La broche est enlevée le 12 avril, après 44 jours. Huit jours après, moins de deux mois après l’accident, le blessé marche correctement, sans canne; il ne souffre pas, ne boite pas et fait deux kilomètres à pied pour venir à l'hôpital. Léger gonflement du cou-de-pied, seulement les Jours de fatigue.
Malgré l’avis de son médecin, il a rejoué au football trois mois après l’accident. À noter que la radiographie pratiquée à cette époaue montrait une décalcification considérable de l’extrémité inférieure de la jambe et de tout le pied, sans douleur ni troubles
d'aucune sorte.
Observation XXV (inédite) (Due à l’obligeance de M. le Docteur Magendie,
Service de M. le Professeur Papin.)
Ch... Manuel, 27 ans. Accident de football, le 28 novembre 1937.
À eu le pied coincé au sol violemment porté en abduction par le
NE
poids d’un joueur qui l’a heurté en plein élan. Gonflement modéré du cou-de-pied. Pas d’ecchymoses.
Radiographie le 29 novembre 1937 : Fracture bimalléolaire avec arrachement du ligament latéral interne et diastasis tibio-péronier.
On place une broche de Merle d’Aubigné. Petit plâtre pendant huit jours. Le blessé se lève et marche avec des béquilles cinq jours après l’onération. Exeat le 9 janvier 1938 (8° Jour).
Le 28 janvier 1938, on lui enlève le plâtre. Ablation simple de la broche qui est cassée en son milieu. Le diastasis s’est reproduit intégralement, le péroné est séparé du tibia. Cependant, résultat fonctionnel bon. Marche sans douleur, sans boiterie, sans œdème.
En mars 1938, le blessé rejoue au ballon.
Pour mieux objectiver les résultats des différentes méthodes, nous avons dressé de ces 25 observations le tableau suivant :
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De ce tableau on peut tirer les déductions suivantes :
La méthode orthopédique dont nous avons relevé 15 observations a donné un seul échec (observation IT), le blessé ayant gardé un équinisme marqué qui gêne la marche. Dans tous les autres cas, où 1l nous a été possible de voir les résultats radiologiques, nous avons constaté une réduction satisfaisante du diastasis avec reconstitution de la mortaise tibio-péronière et un résultat fonctionnel toujours satisfaisant.
M. le docteur Parcelier, qui nous a obligeamment prêté les douze premières observations, a toujours employé le plâtre pour la réduction des diastasis et s’en est bien trouvé, il nous a dit n’avoir fait qu’un seul vissage dans sa carrière.
L’ostéosynthèse dont nous rapportons 6 observations de vissage et 4 de boulonnage donne ? récidives du diastasis dans la méthode du vissege. Le koulonnage et en particulier la broche de Merle d’Aubigné a donné de très bons résultats fonctionnels dans les 5 cas. Mais il faut remarquer que dans les 2 observations où nous avons pu consulter les radiographies (observation XXIV et XXV du docteur Magendie) le résultat anatomique était très inférieur au résultat fonctionnel et que le diastasis s'était en partie reproduit. Pour le docteur Magendie, ce résultat paradoxal s'explique sans doute par la mobilisation précoce de l'articulation que la broche a permis de réaliser.
Au passif de l’ostéosynthèse en général il faut mettre les risques d'infection et la possibilité de décalcifications dues peut-être à la présence même temporaire du corps étranger métallique (observation XXIV du docteur Magendie).
Nous constatons dans les cas que nous avons observés que la vieille méthode orthopédique est celle qui donne les meilleurs résultats. Ce sera donc le plâtre que nous conseillerons dans la plupart des cas; c’est la méthode la plus simple, nécessitant le minimum de matériel et à la portée d’un grand nom bre de chirurgiens. Nous ajouterons que le contrôle radioscopique et radiographique est indispensable dans la réduction et dans la surveillance du traitement.
Nous ne rejetons pas systématiquement l’ostéosynthèse mais nous pensons que son emploi est extrêmement limité à
quelques rares cas où la réduction a été impossible comme dans l'observation XXIV du docteur Magendie. En outre l’ostéosynthèse demande un matériel spécial et une technique impeccable.
Enfin nous conseillerons dans les quelques cas où l’indication opératoire sera posée, l'emploi de la broche de Merle d’Aubigné qui nous semble être le matériel d’ostéosynthèse idéal.