TUBERCULOSE
La coexistence de la tuberculose et du rhumatisme chronique n’avait pas échappé aux anciens observateurs. Tous les auteurs qui ont traité la question notamment Bonnet en 1845, puis Garrod Besnier l’ont signalée. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire à ce sujet quelques lignes de Charcot : € La scrofule est un fond sur lequel l’arthrile rhumatoïde se développe fréquemment ; il n’est pas rare de voir les malades atteints des diverses formes de cette dernière affection porter au cou des cicatrices caractéristiques. A la Salpêtrière les femmes qui, par suite des difformités qu’occasionne le rhumatisme noueux, restent confinées au lit pendant plusieurs années, succombent habituellement à la tuberculisation du poumon. Sur 119 sujets affectés de rhumatisme goutteux, M. Fuller en a compté 235, environ 1 sur 5 ayant eu un frère, une sœur ou uu ascendant direct atteint de phtisie pulmonaire. » (Charcot, Votes sur le Traité de la Goutte de Garrod.)
Mais les différents auteurs n’avaient vu dans ces faits qu'une simple coïncidence ; tout au plus une cause prédisposante. C'est à Poncet que revient l'honneur d’avoir montré que l'infection tuberculeuse peut intervenir comme cause déterminante dans la production du rhumatisme chronique déformant. Ce fut un des chapitres des remarquables études qu'il a consacrées depuis 1896 au rhumatisme tuberculeux en général, aigu, subaigu et chronique englobé luimême dans les manifestations multiples de la tuberculose inflammatoire dont le chirurgien lyonnais et ses élèves élargissent le cadre tous les jours. Cette tuberculose inflammatoire est une forme différente de linfection tuberculeuse banale qui n’exige plus la signature anatomique que l’on avait jusque-là demandé aux lésions tuberculeuses, le follicule tuberculeux plus où moins typique, mais qui produit, au contraire, des lésionsirritatives banales à tendances fibro-plastiques et dues sans doute à l’action des toxines luberculeuses.
En ce qui regarde plus particulièrement le rnumatisme chronique déformant, les premières observations apportées par Poncet à l'appui de sa théorie furent communiquées à l'Académie de Médecine, dans les congrès et les sociétés notamment aux Sociétés médicales de Paris et de Lyon. Elles suscitèrent des discussions assez nombreuses et provoquèrent de nouvelles recherches et l'apport de nouvelles observations. Enfin des articles et
des thèses nombreuses parureñt sur la question.
ALUUE Gare
Citons les travaux de Bernard, Destot, Patel Leriche, les communications de Barbier, Souques, Bezanzon, Gousset, etc., les thèses de Drevet, Pouly, Gubertafor, Gaillard. | Peu à peu,la polyarthrite chronique tuberculeuse fut admise par de nombreux auteurs. Des faits impressionnants furent publiés, tels que le début par une tumeur blanche avec évolution consécutive vers le rhumatisme chronique, ou au contraire l’apparition d’une tumeur blanche dans le cours d’une polyarthrite chronique ou encore l’évolution paral- lèle des symptômes pulmonaires et articulaires dans le cas de coexistence de tuberculose pulmonaire et de rhumatisme chronique. Comme, d’autre part, l’histoire clinique des formes aiguës et subaiguës de rhumatisme tuberculeux se précisait chaque jour davantage, la polyarthrite chronique tuberculeuse a, malgré quelques résistances, conquis sa place au milieu des rhumatismes chroniques infectieux. Toutefois, peu à peu, suivant la marche envahissante de la tuberculose inflammatoire elle-même, le rhumatisme tuberculeux tend, d’après son auteur, à englober une très grande partie des rhumatismes chroniques. Au début, outre sa coexistence avec un foyer tuberculeux en évolution, on décrivait à la polyarthrite tuberculeuse une allure assez spéciale et nous en trouvons une description résumée dans la thèse de Drevet (Lyon, 1898). C'était d’abord un aspect spécial des lésions, un gonflement péri-articulaire, sorte de fluxion, sans rougeur ni inflammation C. Ferry 4
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des téguments et une fausse fluctuation donnant la sensation de masses mobiles péri-articulaires au lieu d'épaississements osseux. C’était ensuite un caracière radiographique signalé pour Bérard et Destot au Congrès de Chirurgie de Paris en 1897; on notait la disparition tardive des cartilages, peu d’élargissement des extrémités osseuses, les épaississements étant surtout péri-articulaires et en outre, fait important pour le diagnostic, les os présentaient des îlots blanchâtres caractéristiques, dus à la raréfaction irrégulière du tissu osseux par l’infltration bacillaire. |
Actuellement, d’après Poncet, ces caractères spéciaux, même ceux fournis par l'examen radiographique, ne conviennent qu'à certaines formes de polyarthrite tuberculeuse, mais ne peuvent prétendre les englober toutes. Nombre de polyarthrites chroniques déformantes et ankylosantes, c’est-à-dire du type fibreux, avec ou sans spondylose, rentrent dans le cadre du rhumatisme chronique tuberculeux, alors qu'aucun signe clinique ou anatomique ne permet de les distinguer.
Cette constatation nous semble logique, car nous admettons avec Barjon, H. Bernard, Londe, etc., que la polyarthrite chronique déformante est un syndrome dont, à de rares exceptions près, l’aspect clinique n’est pas en rapports directs avec la cause. Il n’y a aucune raison a priori pour refuser à la tuberculose la possibilité d'amener les mêmes troubles que les autres rhumatismes infectieux :