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Toutefois, nous ne saurions, d'accord en ceci avec de nombreux auteurs, suivre Poncet et ses élèves dans l’extension qu’ils donnent au rhumatisme chronique tuberculeux. Dans le dernier ouvrage de Poncet et Leriche, nous trouvons un exposé complet de la question comme la comprennent les auteurs (Le Rhumatisme tuberculeux. Paris, 190).
Ils arrivent en somme à la conclusion suivante : Tout rhumatisme chronique qui n’a pas fait sa preuve, c’est-à-dire qui ne dépend pas nettement d’une infection déterminée et qui survient chez un sujet présentant ou ayant présenté des signes de tuberculose ou de souche tuberculeuse, doit être considéré comme rhumatisme tuberculeux. Et même chez les sujets remplissant ces conditions, s’il semblait s’agir d’arthritisme ou d'insuffisance thyroïdienne, c’est encore à la tuberculose qu'il faudrait rapporter,dans la plupart des cas, le rhumatisme, celle-ci revéêtant dans ses formes atténuées le masque de l’arthritisme ou causant à la fois insuffisance thyroïdienne et rhumatisme chronique dans la plupart des cas, d’ailleurs rares d’après Poncet, où on peut invoquer cette insuffisance.
On voit les conséquences d’une telle théorie ; elles ontune portée énorme. Pour les défendre, Poncet s’appuie sur la loi des coïncidences : &« De toutes les lois qui régissent la clinique, la plus féconde est incontestablement la loi des coïncidences, d’après laquelle des phénomènes pathologiques multiples relevés chez un même malade, chez un mêmeinfecté,
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dépendent de la même infection causale. Certes, il peut se trouver des exceptions à cette règle, mais ce ne sont que des exceptions et, dans la grande majorité des cas, il faut accorder aux coïncidences la valeur qu’elles méritent et que l’histoire médicale leur confirme. » (Poncet et Leriche, loc. cit.)
En appliquant cette loi au rnumatisme chronique, le champ du rhumatisme tuberculeux s'étend en effet énormément. Bérard et Destot distinguent trois catégories de malades : 1° Les sujets indemnes de manifestations tuberculeuses, mais de souche bacillaire ; 2° Les malades dont les polyarthrites ont été précédées de localisations tuberculeuses pulmo- .naires ou viscérales ; 3 Ceux atteints de tumeurs blanches des articulations avant le début des polyarthrites. -
Les statistiques de rhumatisme tuberculeux faites par l’école de Lyon atteignent de 20 à 30 o/o. Teissier et Roques, dans leur dernier article du Nouveau. Traité de Médecine (1910), arrivent à l'énorme proportion de 50 0/0. Toutefois, il faut une légère restriction à l'application de la loi de coïncidence. « Nous persistons à croire qu’on n'a pas le droit de cataloguer tuberculeux tout rhumatisme chronique au cours duquel se montre la tuberculose ; elle est l’aboutissant de nombre de formes de la polyarthrite déformante alors même qu’elle n’a pas presidé à leur éclosion.» Toutefois,cela n’élimine que les tuberculoses terminales survenues au cours de
l’évolution et, en effet, quelques lignes.plus loin, les
. auteurs définissent ainsi leur conception du rhumatisme chronique bacillaire :
« Pour qu’un rhumatisme chronique soit dit par nous tuberculeux, il faut qu’il évolue chez un tuberculeux devant être considéré comme tel, soit du fait de ses antécédents héréditaires bien nets, soit du fait d’une lésion tuberculeuse antécédente ou coexistante si légère et si attenuée soit-elle. Il faudra, en dehors de toute lésion révélable par l'examen, que notre malade ait un séro-diagnostic positif par la méthode d’Arloing et Courmont ou bien que, par Pinoculation d’un desesexsudats ou d’un liquide d’hydarthrose, on puisse rendre le cobaye tuberculeux ; il faudra qu'il ait, avec une tension basse, un rétrécissement mitral de la première enfance ou une de ces albuminuries matutinales intermitlentes dont on connaît bien aujourd’hui la signification. »
De nombreux cliniciens ont protesté contre l’application aussi étendue de la loi des coïncidences à la tuberculose, et l’onttrouvée manifestement exagérée. Nous citerons entre autres l’opinion de Souques qu’il a maintes fois exprimée à la Société médicale des Hôpitaux au sujet de communications faites par lui et de discussions auxquelles il a pris part: « On trouve un foyer de tuberculose et on dit que le rhumatisme est tuberculeux, dit Souques, ce n’est là qu'une hypothèse ingénieuse et possible. » Bien d’autres infections ou intoxications mal connues actuellement comme facteurs du rhumatisme articu-
laire peuvent revendiquer leur place dans l’étiologie
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des polyarthrites chroniques, et agir chez des tuberculeux ou des descendants de tuberculeux au même tre que le rhumatisme blennorragique, le rhumatisine articulaire aigu. Il ne faut pas oublier, en effet, que la tuberculose est une maladie fréquente, la plus fréquente de toutes peut-être, et qu’une loi telle que la loi des coïncidences ne saurait lui être appliquée sans de fortes réserves. Il n’y a peut-être aucune affection aiguë ou chronique qui né puisse coexister avec elle. En ce qui regarde plus particulièrement les affections chroniques, elle constitue un mode de terminaison fréquent de la plupart d'entre elles. On la retrouve à l’autopsie d’un très grand nombre de malades sous forme de lésions avancées, lorpides et cicatricielles. Cruveilhier allait jusqu’à considérer ces lésions comme constantes dans les poumons. L. Brodier, sur une statistique de 716 aulopsies, trouve la tuberculose 455 fois, soit dans les trois cinquièmes des cas.
Dans les 12 autopsies que nous possédons sur des cas de rhumatisme chronique, les lésions tubercu-
leuses se répartissent ainsi :
Pas de tuberculose, 5 cas.
Cicatrices tuberculeuses pulmonaires guéries, 5 cas. Foyer enkysté de tuberculose pulmonaire, 1 cas.
Lésions de tuberculose pleurale, pulmonaire, paralysie
médiastinale, r cas,
Nous avons recherché d’autre part quelles étaient les proportions de lésions tuberculeuses trouvées à
lautopsie des malades du quartier des chroniques pendant une période de six mois. Nous avons obtenu les chiffres suivants. Il s’agit des autopsies pratiquées pendant les six premiers mois de l’année 1906, sur des malades du quartier des chroniques atteints d’affections de nature non tuberculeuse (on n’y admet d’ailleurs pas, à leur entrée, les tuberculeux pulmonaires avérés, ce qui rend encore ces résultats encore plus concluants).
Sur 52 autopsies, nous trouvons 29 tuberculoses pulmonaires. |
D'autre part, nous avons cherché pour des maladies déterminées la proportion, et nous avons trouvé :
Sur 13 cancers, 6 tuberculoses pulmonaires.
- Sur 17 affections des centres nerveux, 10 tuberculoses pulmonaires.
Ces constatations nous incitent à la prudence; nous admettons donc avec Souques « qu’étant donné la fréquence clinique et anatomo-pathologique de la tuberculose, sa coexistence avec d’autres affections ne permet pas d'affirmer l’origine tuberculeuse de celles-ci ». À plus forte raison, les réactions aux méthodes nouvelles (tuberculine sous toutes ses formes et ses modes d’application, séro-réaction) ainsi que l’hérédité tuberculeuse ne seront pas pour nous une raison suffisante pour établir l’origine tuberculeuse du rhumatisme chronique.
Ces réserves faites, nous pensons qu'il existe un rhumatisme chronique tuberculeux et qu’il n’est pas absolument nécessaire de faire intervenir, comme