‹ Contribution à l'Étude Expérimentale de l'Opération de Dévascularisation gastriqueChapitre 19 sur 32 · I — TRAVAUX EXPERIMENTAUX DEJA ETABLIS · texte numérisé non relu

I — TRAVAUX EXPERIMENTAUX DEJA ETABLIS

Depuis les principales publications des résultats cliniques de l'opération de dévascularisation gastrique, auelques expérimentateurs ont étudié sur l'animal les effets de ces ligatures vasculaires.

Les recherches expérimentales sont de quatre ordres. Elles étudient :

1°) Les conséquences de telles ligatures sur la trophicité et la vitalité de l'estomac;

2°) Leurs conséquences fonctionnelles sur la sécrétion gastrique ;

3°) Leur mécanisme d'action sur cette sécrétion;

4°) Leur valeur préventive ou curative vis-à-vis d’ulcères produits expérimentalement.

Nous avons vu que ce furent d’abord F. RAMOND et ses collaborateurs qui établirent, en 1932, l’innocuité des ligatures de l’artère coronaire et de ses branches sur le chien et le lapin.

BRENCKMANN constata ensuite que, après des ligatures artérielles gastriques, les chiens continuent à se bien porter, mangeant de tout. Après une diminution notable en quantité et en acidité, leur suc gastrique redevint normal par la suite.

En 1936, notre maître R. DIEULAFE avait obtenu les résultats suivants :

Chez trois chiens, la dévascularisation complète de l’estomac par ligature de tous ses vaisseaux fut mortelle de dixhuit heures à trois jours et demi après l’opération. A l’autopsie, ces estomacs étaient congestionnés, plus ou moins infarcis par endroits, surtout au niveau du grand épiploon.

Par contre, chez un animal, la dévascularisation complète effectuée en deux temps n'entraîna pas la mort, et

Let FEES

chez un autre, des ligatures ménageant l’arcade de la grande courbure et les vaisseaux spléniques furent très bien tolérées.

« Dans quatre cas sur cinq, écrivait notre maître, la privation complète des vaisseaux n’a entrainé que des lésions minimes de l'estomac. Ce sont essentiellement de l’œdème de la sous-muqueuse, de la muqueuse, un état congestif de la paroi visible par la face péritonéale, des zones nécrotiques de la muqueuse mais extrémement réduites. Ces lésions paraissent donc passagères et aucune n’est capable d’entrainer de graves complications : ceci est en accord avec les faits chirurgicaux ou expérimentaux cités plus haut. Il faut en conclure que la nutrition de l'estomac est assurée par les anastomoses des réseaux pariétaux gastriques avec les réseaux pariétaux de l'œsophage et du duodénum. »

En 1942, UVNAS étudie dans la gastro-dévascularisation expérimentale chez le chat le rôle de la gastro-sécrétine. Deux chats étant en circulation croisée, des ligatures vasculaires antropyloriques chez le donneur empêchent la sécrétion gastrique chez le receveur. De même les seules ligatures artérielles de la région fundique chez l’animal receveur empêchent cette sécrétion. On verra plus loin que nous avons vérifié ce facteur sécrétoire hormonal en liant chez un chien porteur de petit estomac les huit dixièmes des vaisseaux entourant le pylore.

BABKIN, ARMOUR et WEBSTER, en 1943, ont montré que les chiens supportent bien les ligatures de la plupart des vaisseaux de l'estomac, mais le suc gastrique n'est, d’après eux, pas modifié.

En même temps, LAVNE et BERGH lient deux ou trois des principales artères gastriques chez douze chiens sans porter préjudice à leur état. Ils ne trouvent pas d’altération notable de la sécrétion ni de l'aspect gastroscopique de la muqueuse.

En 1948, LE VEEN, après dévascularisation gastrique, n'arrive plus à provoquer chez le chien un ulcère gastrique expérimental (par injection d’histamine à la cire d’abeille ou selon la méthode de MANN et WILLIAMSON).

De plus, la quantité de suc gastrique recueillie par tubage a diminué, ainsi aue sa teneur en acide chlorhydrique.

Par contre, BARONOFSKY détermine la formation d’ul-

cère histaminique malgré des ligatures vasculaires de l’estomac.

RD

BENTON HOLM, BOYARSKY et MORRIONE lient les neuf dixièmes des vaisseaux gastriques chez onze chiens. Ils les sacrifient ensuite de 11 à 150 jours après l'opération.

Macroscopiquement, ils constatent à l’autopsie un estomac à peu près normal mais pâle, parfois fibreux, épaissi et adhérant aux organes viosins.

Microscopiquement, ils voient une atrophie du tiers supérieur des glandes fundiques. Le nombre des cellules pariétales et principales a diminué; parfois elles ont complètement disparu. De six à huit semaines après l'opération, il y à en outre une augmentation du stroma fibreux surtout dans la région sous-épithéliale. Les deux tiers inférieurs des glandes ne sont pas altérés, les cellules ont un aspect normal.

« Les lésions obtenues ne concernent que le tiers superficiel de la muqueuse. La plus grande partie de la muqueuse gastrique reste normale après dévascularisation », écrivent ces auteurs.

Enfin, DUBRULLE, de Gand, en 1951, étudie l'influence de la gastro-dévascularisation sur la production d’ulcères gastro-duodénaux histaminiques.

Il soumet une première série de six chiens préalablement gastro-dévascularisés à des injections quotidiennes de 30 mgr. d’histamine pendant 40 jours.

Parmi eux, deux meurent de péritonite due à une perforation d’ulcus gastrique. Deux autres montrent à l’autopsie un très petit ulcère duodénal. Deux autres, enfin, ne présentent aucune lésion gastro-duodénale à l’autopsie.

Ainsi, l'apparition d’'ulcère, en particulier duodénal, est moins fréquente après dévascularisation que chez ses animaux témoins (rendus ulcéreux neuf fois sur dix par la même méthode).

Dans une deuxième série de cinq chiens présentant un ulcère histaminique, il pratique l'expérience inverse pour étudier l’action curative des ligatures vis-à-vis de l’ulcère.

À l’autopsie de ces animaux, un seul demeurait porteur d’une lésion ulcéreuse sur la grande courbure; soit une proportion de 20 p. 100 au lieu de 85 p. 100 chez les animaux témoins ; et encore, ajoute DUBRULLE, chez le chien qui à présenté un ulcère, celui-ci ne s’est pas développé dans la région parapylorique, ainsi qu'il était de règle chez la plupart des animaux témoins.

Page 1