TECHNIQUE
I1 me reste à préciser la technique que j'ai suivie. Avant MAUMUS, les observations avaient été faites directement sur les oiseaux morts et il est certain que pas mal d'observations erronées proviennent du fait que les échantillons n'étaient pas frais. En particulier, des oiseaux à cæcums rudimentaires ont souvent été décrits comme n'en possédant pas. Aïnsi, le Cormoran fut décrit comme n'ayant pas trace de ces organes par PERRAULT, CUVIER, TIEDMANN et GMELIN, Carus. De même pour bon nombre de Passereaux tels que les Piesgrièches, Fauvettes, Alouettes, etc. De plus, les cæcums développés dans un oiseau dont l’état est assez avancé, ne présentent plus leur forme normale. Le même phénomène s’observe sur les pièces anatomiques conservées dans l'alcool. Pour remédier à cet inconvénient, MAUMUS essaya de gonfler les cæcums à l'air, mais, les parois n'étant pas étanches, des déformations se produisaient encore inévitablement. Il eut alors recours aux injections de gélatine fondue. Il obtint, nous dit-1l, de bonnes préparations, en prenant deux précautions essentielles :
1°) Bien laver d’abord les cæcums pour les débarrasser des matières résiduelles qui peuvent l'obstruer.
20) Éviter qu'il n'y ait de l'air dans la seringue, sans cela, la paroi s’affaisse en face de la région où l'air s’est introduit (x).
(1) J. Maumus — Les cæcums des Oiseaux p. 26.
Ce procédé rendit de grands services, nous dit-il, pour lui permettre de redonner leur forme naturelle à des pièces conservées dans de l'alcool. C’est d’après des cæcums ainsi préparés que ses planches furent exécutées et voici ce qu’il en pense : « J'ai tout lieu de croire que les moindres détails de leur aspect extérieur ont pu être ainsi reproduits avec teaucoup de fidélité. »
Que ce procédé ait l’avartage, comme le dit MAUMUS, de mettre en évidence des cæcums qui pourraient échapper à de minutieuses observations, cela n'est pas discutable pour des pièces ratatinées, conservées dans l'alcool. Mais les injections de gélatine ne redonnent pas leur forme naturelle aux longs cæcums ; en effet, si nous prenons ses descriptions ou ses planches, nous constatons un nombre considérable de cæcums en massue. Les observations elles-mêmes de l’auteur, qui sont tout à fait justes, sur leur anatomie, nous fournissent l'explication. La couche musculaire est beaucoup plus développée dans la moitié située près de l'intestin que dans la moitié supérieure. Aussi, en injectant la gélaüne, il obtiendra, la plupart du temps, un gonflement plus grand à l'endroit où les tissus sont moins forts et, souvent, formera ainsi une véritable hernie anormale qui lui fait croire, cependant, que c’est la forme naturelle des cæcums. Ainsi, il conclut que les cæcums des Rapaces nocturnes « sont toujours terminés en massue » (1) ce qui est manifestement faux — Ce fait arrive parfois mais est loin d’être général — MAGNAN, dans sa thèse, avait déjà remarqué combien cette méthode est aléatoire.
Pour éviter ces inconvénients, je me suis servi d'oiseaux le plus frais possible et, dans tous les cas où je les ai tués moi-même, ils furent disséqués le jour même. Pour les sujets exotiques, j'ai préféré, comme fixateur, le formol de 3 à 10 %, selon les cas, qui a l'avantage de ne pas déformer les préparations. Quand les oiseaux m'étaient envoyés par des spécialistes, la question était facile à régler : étant déterminés, au départ, ils pouvaient, sans inconvénients être immergés dans le fixateur et envoyés ainsi en bocaux ou dans des boîtes soudées. Mais, quand l’envoi était fait par des missionnaires ne pouvant les déterminer avec certitude, j'ai préféré la méthode suivante : l'oiseau subissait un certain nombre d'injections d'eau formolée dans les différentes parties du corps, en particulier trois ou quatre ou même davantage pour les gros sujets, dans la cavité abdominale.
(1) J. MaAUMUS — p. 138.
J'ai obtenu ainsi des oiseaux en si bon état de conservation qu'un certain nombre d’entre eux provenant de la Réunion, du Sénégal, de Saint-Pierre et Miquelon etc... ont pu être mis en peau et font actuellement partie des collections du MUSEUM NATIONAL de Paris.
Leur dissection était des plus simples et l'appareil digestif était en si parfait état que l’on aurait pu croire le sujet tué quelques heures auparavant.
Dans certains cas, par suite d’un excès de formol, certains individus m'arrivèrent durcis et, pour essaye d'en tirer parti malgré tout, j'ai suivi le conseil de MAUMUS de les laisser mariner quelques heures dans l’eau chaude, ce qui me permettait de dérouler l'intestin et de faire quelques heureuses observations sur les cæcums. Mais ceci n'est que l'exception.
Par cette technique, que j'ai vérifiée en comparant des sujets frais et des individus conservés un mois et même plus comme témoins, je suis certain d’avoir obtenu des observations exactes, du moins dans la grande majorité des cas.