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I. — MOELLE

La moelle, ou canal médullaire, occupe la partie axiale du poil, sous la forme d’un cordon généralement cylindrique

de section plus ou moins régulière, présentant parfois des solutions de continuité d'importance variable; elle résulte de la superposition des cellules médullaires, rondes ou polyédriques, dérivant elles-mêmes d2s cellules d’éléidine implantées sur le sommet de la papille. Dans ces cellules médullaires, on distingue de fines bulles d’air, des granulations pigmentaires et souvent une tache claire qui est un reste de noyau. Les di- . mensions de ces cellules médullaires, dans les diverses espèces animales, varient entre les limites considérables, comme nous avons pu l2 constater d’après les remarquables microphotographies réalisées par M. Ed. Dechambre, Docteur-Vétérinaire.

Absence ou Présence de la Moelle. — Tous les poils ne comportent pas de substance médullaire, tels ceux du tatou et du phoque; ceux qui en sont privés sont donc simplement constitués par un cylindre plein, homogène, de substance corticale (dite alors fondamentale), r:couverte par l’épidermicule. À ce sujet, il faut d’ailleurs se mettre en garde contre une défaillance des moyens d'investigation : la moelle ne se laisse pas observer, paraît-il, dans tous les milieux utilisés pour l’étude au microscopique des poils; par exemple, un cheveu observé dans l’huilz, ne présente pas de canal médullaire, mais ce dernier devient visible si on remplace l’huile par le baume de Canada.

D'autre part, les Docteurs Balthazard et Marc:lle Lambert signalent que, chez la plupart des animaux, un certain nombre de jarres et de duvets sont dépourvus de canal médullaire.

Origine et T?rminaison de la Moelle. — Elle naît plus où moins près du bulbe, et cesse d’être visible à une distance

variable de la pointe. En général, dans les poils arrivés à maturité et prêts à tomber, elle manque sur une assez grande longueur dans la partie qui fait suite au bulbe, car il ne se développe plus de cellules médullaires dans les poils en dégénérescence, mais seulement des cellules corticales, dont la croissance reporte continuellèment la dernière assise cellulaire de la moelle plus loin du bulbe. Balthazard constate, d’après ses recherches très docum=ntées dans de nombreuses espèces animales, que le canal médullaire, à son origine, affecte divers aspects qui peuvent se ramener à deux cas extrêmes, englobant toutes les autres combinaisons :

1° On observe une seule colonne de cellules qui reste simple dans les poils fins, ou bien peut se ramifier en colonnes assez régulièrement juxtaposées ;

2° Le canal médullaire comm:nce presque brusquement en prenant d'emblée l’aspect d’un canal à grosses mailles, résultant de la réunion de plusieurs rangées de cellules.

La terminaison de la moelle sst le plus souvent en relation avec la morphologie de la pointe du poil. Si la substance corticale est épaisse, la moelle prend fin assez loin de la pointe, en général, quand celle-ci est effilée, comme dans les poils longs. Mais si la pointe s’achève en un brusque rétrécissement, la moelle arrive très près dé la partie terminale de la pointe. Les poils de la loutre répondent à ce cas. Si la substance corticale est since, la moelle s’avance facilement ‘au voisinage de la pointe lorsque celle-ci est courte, et parfois aussi lorsqu'elle est un peu longue; car la moelle se rétrécit progressivement en même temps que le poil, comme on le peut observer chez l’axis.

Trajet du Canal Médullaire. — Ce trajet est continu ou

interrompu. Continu, il présente soit un diamètre régulier dans toute sa longueur, soit un diamètr: irrégulier, avec des bosses ou des étranglements. Si le trajet est interrompu, on constaie des traînées d'importance variable ; la moelle semble disparaître pour renaître plus loin, sans revêtir forcément un aspect identique. Ainsi, une moelle, régulière vers le bulbe, cessera d’être visible à un point donné de son parcours, puis se montrera un peu plus loin, par exemple sous forme de petites boules ou de fuseaux à la suite les uns des autres, sans lien d'apparence avec le canal initial.

Le plus souvent, la moell: occupe toute la longueur du poil, en tenant compte des restrictions formulées ci-dessus quant à son origine, sa terminaison, ses solutions de continuité possibles. Dans la plupart des cas, le canal médullaire est central, en position symétrique par rapport à la cuticule ; mais certains Cercopithèques portent des poils dont le canal est déjeté sur le côté, détruisant l’aspect régulier du poil au microscope. Nous en avons trouvé un exemple sur un poil de Samoyède.

Indics Médullaire. — Une caractéristique relativement fidèle du poil dans une espèce animale, réside dans la détermination de l'indice médullaire, c’est-à-dire le rapport qui existe | entre le diamètr: D de la moelle et le diamètre D du poil, et au niveau où ce rapport prend sa valeur maxima. Cette caractéristique est précieuse dans les poils où le canal médullairs est à peu près régulier, car on peut l’obtenir par une simple mensuration, mais pas suffisamment précise pour être considérée comme un critérium d'identification d’un poil. On constate, en effet, que les indices médullaires très voisins çorrespondent souvent à des sspèces animales bien différentes et,

dans ce cas, une légère erreur serait délicate à éviter. La Signification de l’indice médullaire est d’ailleurs réduite quand il s’agit de poils à moelle irrégulière ou à diamètre progressif, car si l’on peut considérer les arêtes de la tige du poil comme parallèles dans la majeure partie de leur longueur, le rapport variera suivant la ffauteur de la coupe, d’où dépendra la. valeur d, puisque D est constant.

Aspect Microscopique de la Moelle. — Examinée par réfraction au microscope, la moelle se voit sous les apparences d’une traînée sombre, avec des taches plus claires, de nombre et de répartition indéfinis. Cet aspect sombre est dû à la présence de l’air atmosphérique dans l’intérieur et autour des cellules, présence réalisée par le mécanisme suivant (Balthazard et Lambert) : les cellules de la moelle, arrivant au contact de l’air après avoir traversé l’épiderme, perdent leur eau par dessication, puis leur protoplasme; l’air pénètre à travers les pores de la cuticule et s’insinue à la fois dans et entre les cellules, donnant naissance aux moelles dites à contenu intracellulaire ou extracellulaire, et l’on conçoit l’intérêt de cette division au sujet de la classification des poils. L'aspect microscopique du réseau aérien varie à l’infini suivant la forme =:t les dimensions des vésicules aériennes, leurs rapports respectifs et la disposition de leurs anastomoses. On peut considérer, en résumé, la moelle comme formée de cellules médullaires plus ou moins desséchées, reliées entre elles par des dendrites anastomotiques, et de vésicules aériennes. De plus, on observe dans l'intimité du canal médullaire des cloisons issues de la substance corticale, en continuité avec elle, sur lesquelles reposent les cellules médullaires. Ces ponts forment des travées rigides orientézs de différentes fa-

ons dans la substance médullaire. Tantôt les vésicules aériennes sont isolées et nettement distinctes les unes des autres, séparées par des cloisons : tel ést le caractère des moellzS cloisonnées; tantôt le contenu aérien du poil forme un réseau plus ou moins complexe : c’est le cas des moelles réticulées, où les vésicules remplies d’air communiquent entre elles. - |

Chez l: chien, le réseau est caractéristique : mailles larges et ovalaires vers la base du poil, comme chez les renards ; . moelle progressivement granuleuse à mesure qu’on approche de la pointe, comme chez les loups. Nous reviendrons en détail sur ces caractères au sujet des différentes catégories de poils rencontrés dans l’espèce canine.

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