‹ Contribution à l'étude pathogénique de l'Éléphantiasis nostras et de l'Éléphantiasis exotiqueChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Pathogénie de l’éléphantiasis des pays chauds selon l'opinion actuelle

Laissons de côté l'opinion ancienne qui rattachait l’éléphanliasis exotique au paludisme, et ne nous occupons ici que de la théorie moderne, accréditée par Manson, et considérant cette affection comme une des manifestations de la filariose, c'est-àdire de l'envahissement de l'organisme par la filaire de Bancroft.

C'est un ver, long de 8 à 15 centimètres, fin comme un cheveu, qui se cantonne dans un coin quelconque du système circulatoire et n’en bouge jamais. On l'appelle /ilaire adulte. Ses embryons, au contraire (filaires embryonnaires, microfilaires), circulent librement dans le sang, d’où on peut les recueillir en quantité prodigieuse par une simple piqüre du doigt. Ce sont de petits vers de 1/3 de millimètre de long.

La microfilaire fut découverte avant la filaire adulte. Demarquay, le premier, en 1865, la découvrit dans le liquide d'une hydrocèle chyleuse.

En 1867, Wucherer la rencontre dans l'urine de malades atteints de chylurie. D'où la dénomination de filaire de Wucherer.

Lewis, en 1872, la trouve dans le sang, en mème temps que des œufs microscopiques.

Enfin Bancroft, en 1876, découvre la filaire adulte dans un abcès lymphatique du bras. Aussi a-t-on appelé cette filaire adulte la /ilaire de Bancroft.

La microfilaire se rencontre dans le sang et la lymphe

périphériques de l’homme pendant la nuit, d’où le nom de microfilaire nocturne qu'on lui a encore donné. C'est une sorte de petite anguille, arrondie à une de ses extrémités, eflilée à l’autre, de 300 de long sur 7 » de large, et douée d’une grande mobilité. s

La filaire embryonnaire se transforme en filaire adulte dans le corps des moustiques (Gulex et Anophèles) qui pendant la nuit viennent piquer les malades parasités et qui, en piquant les individus sains, transmettént ainsi la maladie. Le moustique est donc un hôte intermédiaire de la filaire, l’homme l'hôte définitif (Manson et Low).

Eh bien, c'est cette microlilaire qui donne naissance à diverses manifestations pathologiques : hématochylurie, hydrocèle, ascite chyleuses; abcès lymphatiques; adéno-lymphocèle et varices lymphatiques ; et, entre autres, l'éléphantiasis des pays chauds.

Comment ce parasite arrive-t-il à produire les lésions de l’éléphantiasis exotique ? Quelle est, en somme, la pathogénie de cette affection d’après la théorie filarienne. Deux facteurs interviendraient: une gène mécanique et une cause infectieuse.

Les embryons de filaire produits en nombre considérable par la filaire femelle cantonnée dans un vaisseau sanguin ou lymphatique, et entraînés par le torrent circulatoire, s'agglutineraient entre eux el formeraient des agglomérations, des masses qui viendraient obstruer certains troncs Iymphaliques. On devine les conséquences de cette obstruction: le cours de la lymphe gèné où même arrèté suivant que l’obstruction est plus ou moins complète ; la tension accrue dans les vaisseaux situés en amont de l'obstacle: et la transsudation d'une grande quantité de sérosité à travers les parois des capillaires du derme. En somme, l’'œdème. Cet exsudat, qui intiltre le derme, s'organise: il y a néolormation de fibres conjonctives et élastiques qui augmentent à la fois de nombre, d'épaisseur et de longueur Distendues par le liquide extravasé, ces libres forment un système lacunaire communiquant avec les lÿmphatiques dilatés. L'éléphantiasis est constituée.

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Mais, en plus de leur rèle mécanique d’obstruction, les embryons de filaire exerceraient sur les parois des vaisseaux lymphaliques une irritation pouvant aboutir à leur état d’inflammation chronique. Il faudrait également lenir compte des lymphangites à répétition qui constituent, en somme, les accès éléphantiasiques dont le résultat, l'ædème, vient se surajouter aux ellets produits par la gêne mécanique. Cette fréquence des lymphangites et, par suite, des accès serait favorisée par la stase lymphatique, la saleté de beaucoup de malades, et due aux multiples occasions d'inoculation.

Objections.— Telle est, rapidement exposée, la théorie filarienne de l'éléphantiasis. Tels seraient le mécanisme et le mode de production de eette affection.

Et cependant cette théorie soulève de nombreuses objections et beaucoup de savants l'ont battue en brèche.

Beaucoup de nègres du Congo sont porteurs dans le sang d'embryons de filaire, Ils sont cependant en excellente santé et n’ont pas de pachydermie (Firket).

On sait combien l’éléphantiasis est commune en Algérie, puisqu'on l'appelle encore éléphantiasis des Arabes. Eh bien,

dans cette colonie où laffection est endémique, la filariose ne l'est nullement.

Dans un très grand nombre de cas d’éléphantiasis observés à la Guyane, l'examen du sang et de la lymphe a élé fait très sérieusement et dans les meilleures conditions, en particulier la nuit ; il n'a jamais montré de microfilaire. Dans un seul cas, des microfilaires ont été rencontrées dans un abcès lymphatique de l'avant-bras; mais il s'agissait d’un individu ne présentant aucune manifestation éléphantiasique (Le Dantec).

Dans la filariose simple, la numération des globules blancs montre une augmentation considérable du nombre des leucocytes éosinophiles, qui peut atteindre 70 */,, au lieu d'être comme à l’état normal de 1 à 2°/,. Cette éosinophilie est, du reste, caractéristique des maladies parasilaires animales, telles que la filariose. Dans tous les cas d’éléphantiasis où l'examen du sang avait démontré l'absence de microlilaires, le nombre des éosinophiles est à peu près normal (Tribondeau).

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