‹ Contribution à l'étude pathogénique de l'Éléphantiasis nostras et de l'Éléphantiasis exotiqueChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Identité de l’éléphantiasis nostras avec l’éléphantiasis des pays chauds

Cependant, depuis longtemps, le professeur Le Dantec émetlait l'idée que l’éléphantiasis des pays chauds ne différait en rien de l’éléphantiasis nostras et que ces deux maladies étaient dues à une infection microbienne streplococcique. Voici sur quels arguments il étayait son opinion :

Identité clinique. — I y a longtemps qu'on a remarqué la ressemblance absolue entre l'accès éléphantiasique et l'accès érysipélateux, et dans certaines colonies, à la Guyane, aux Antilles, les indigènes appellent vulgairement l’éléphantiasis « érysipèle ». C'est, en eflet, la mème série de symptômes dans les deux cas : frisson, hyperthermie, lymphangile réticulaire et tronculaire, adénite, etc.

Du reste, nous avons déjà mentionné cette ressemblance, en décrivant -sous le même chef la symptomatologie des deux variétés d'accès éléphantiasiques.

Identité bactériologique. — Nous avons déjà mentionné la découverte de Sabouraud, qui eut l'idée d'examiner chez des malades atteints d’éléphantiasis nostras; et pendant leur accès, le sang des régions atteintes, et qui trouva du streptocoque pur.

Imitant les expériences de Sabouraud, le professeur Le Dantec fit l'examen bactériologique de la sérosité retirée par mouchetures de la jambe malade. Cette sérosité renfermait un streplocoque court et un staphylocoque blanc. Avec‘une culture de ce streptocoque, il reproduisit une vérilable éléphantiasis

Ode

expérimentale chez le lapin, en provoquant de temps en temps par inoculation un accès érysipélateux de l'oreille.

On voit que, d’après cette théorie, la pathogénie de l’éléphantiasis des pays chauds, comme du reste celle de l’éléphantiasis nostras, se résume dans les causes de la lymphangite banale. La porte d'entrée du virus sera une excoriation quelconque.

Ainsi s'explique la fréquence de cette affection aux membres inférieurs des nègres, qui marchent pieds nus et sont exposés ainsi aux plaies de toutes sortes.

Les éruptions diverses, en particulier la gale, qui siègent aux organes génitaux des nègres permettent également de comprendre le nombre considérable de scrotums éléphantiasiques.

Ajoutons enfin, à titre de condition adjuvante et de cause éternisant l'infection, les conditions d'hygiène et de propreté

électucuses dans lesquelles vivent ces populations.

pes

Nous avons eu tout récemment la bonne fortune d'examiner, sous la direction du professeur Le Dantec, quelques cas d’éléphanliasis nostras eb un cas d'éléphantiasis des pays chauds qui nous ont permis de pousser plus avant l'étude pathogénique de ces affections. Parmi les premiers malades, un seul à pu être observé sérieusement, et pendant un laps de temps suffisamment long. C'était un homme de Langon, reçu d'abord dans le service du professeur Demons, transféré ensuite dans celui du professeur Le Dantec, et atteint d'éléphantiasis nostras de la verge et du scrotum. Cet individu n'a jamais quitté la France.

Nous avons pu dernièrement observer deux autres cas d'éléphantiasis nostras :

Un homme, également de Langon, qui n'avait jamais quitté la France et présentait une éléphantiasis du scrotum, de la verge et de tout le membre inférieur gauche, particulièrement de la jambe.

Une femme de Bordeaux, atteinte d’une volumineuse éléphanliasis de la jambe gauche.

Le temps nous a malheureusement fait défaut et léloignement nous a empêché d'observer à fond ces deux derniers malades, et surtout de nous livrer sur eux à la série d’expériences qui ont été faites sur le premier. Cependant ils nous ont été de quelque utilité et nous aurons l’occasion d'en reparler en temps et lieu.

Quant au malade exotique, c'est un jeune homme de dix-sept ans, atteint d'éléphantiasis de la jambe et de la cuisse gauches et né à la Guadeloupe, où il a contracté sa maladie. Nous étions particulièrement bien placé pour suivre pour ainsi dire pas à pas ce jeune garçon, notre parent, avec qui nous vivons depuis

près de sept ans.

Chez les deux malades qui ont pu être bien observés, l’homme de Langon, dont nous avons parlé en premier lieu, et le jeune exolique, l'examen du sang a été fait plusieurs fois.

Chez le premier, cet examen a été pratiqué quelques heures après l'accès, en dehors des accès, pendant le jour et pendant la nuit. Il a porté et sur la lymphe des parties malades et sur le sang de la circulation générale.

Résultats : Absence de tout embryon de filaire. Absence d’éosinophilie.

Chez le second malade, nous avons pratiqué des prises de sang et de lymphe dans toutes les conditions possibles, jour et nuit, sur la jambe saine et sur la jambe malade, en dehors des accès et pendant un fort accès qui débuta la nuit par une température de 395.

Résultats : Jamais de microfilaire. Pas d’éosimophilie.

Ces multiples examens de lymphe n'avaient pas seulement pour but la recherche de la microfilaire. Joints à l'examen de la peau et des ganglions dans les conditions que nous indiquerons plus loin, ils ont permis au professeur Le Dantec d'arriver à des résultats qui jettent un jour nouveau sur la bactériologie et la pathogénie de l'éléphantiasis.

Avec lui, nous résumerons sous {rois chefs ces expériences et résultats :

1° Bactériologie de la Iymphe au moment de l'accès.

2° Bactériologie el anatomie pathologique des ganglions en dehors de l’accès.

3° Bactériologie el anatomie pathologique de la peau en dehors de l'accès.

Examen de la lymphe au moment de l'accès

Chez le malade de Langon, la Iymphe n'a été prise que vingtquatre heures après la Fièvre, mais cependant en pleine poussée érysipélaleuse. }

Chez le second malade, nous avons nous-mème recueilli la lymphe par piqûre de la région malade, au moment précis de l'accès, alors que la fièvre était à 395.

Dans les deux cas, cette lymphe à été ensemencée dans de nombreux tubes de bouillon — c'est le seul milieu utilisable (1). Au bout de vingt-quatre heures, des flocons apparaissent déjà le long de la paroi des tubes de culture. Ils sont puisés au moyen d'une pipette et leur examen microscopique donne les résultats suivants. On constate la présence de deux micro-organismes : 1° Un streptocoque.

2° Un gros coccus en amas.

Tous les deux prennent le Gram.

Isolé et cultivé sur gélose, le coccus est toujours en voie de segmentalion soit en diplogène, soit en tétragène.

Examen des ganglions en dehors de l'accès

Nous avons pu examiner au double point de vue anatomique et bactériologique les ganglions inguinaux de notre jeune malade exotique.

Le professeur Demons a bien voulu, en effet, sur la demande du professeur Le Dantec, extirper ces ganglions.

Deux mots pour expliquer le but de cette opération.

On sait que le premier signe de l'accès éléphantiasique est le gonflement des ganglions, ainsi, du reste, que des gros troncs lymphatiques de la région malade. Chez notre créole, ce signe était très net. Bien avant que le frisson éclate et que la fièvre s'allume, il prévoit l’accès en sentant ses ganglions inguinaux gauches, c’est-à-dire correspondant au membre malade, aug-

(1) En effet, la lymphe a été ensemencée simultanément dans une grande quantité de bouillon et dans des tubes de gélose. Ceux-ci sont toujours restés stériles. Tous les bouillons ont, au contraire, été troublés. La chose s'explique par ce fait que la lymphe contient, en même temps que le microbe, ses produits d’excrétion qui l’'empêchent de pulluler et peut-être aussi des substances spéciales, renfermées dans le sérum, qui arrivent au même résultat. Aussi, seul le bouillon qui permet de diluer ces substances empéchantes donne-t-il des cultures en pareil cas.

Il se passe ici l’analogue de ce que l’on constate pour l’hémo-culture du bacille d’'Eberth. Pour déceler, en effet, ce microbe dans du sang de typhique, il est indispensable d’ensemencer quelques centimètres cubes de ce liquide dans une grande quantité de bouillon.

Ne:

menter de volume et devenir douloureux spontanément et à la pression. En même temps il sent au-dessous du pli inguinal des cordons indurés et douloureux : ce sont les gros troncs Iÿmphaliques qui aboutissent aux ganglions.

Ces ganglions, dont l’engorgement est le point de départ de l'accès, ne pourraient-ils pas constituer le foyer primitif de l'affection ? Beaucoup d'auteurs l'ont pensé, et le professeur Le Dantec*se demandait lui-même si le streplocoque n’était pas cantonné dans ces organes, vivant là à l’état latent, prèt, sous une influence quelconque capable d’exalter sa virulence, à sortir de sa torpeur et à fuser dans les lymphatiques tributaires, déterminant ainsi la poussée de lymphangite, c’est-à-dire l’accès éléphantiasique typique. Si l'hypothèse était juste, détruire les ganglions serait done détruire le nid, le foyer même du microbe, et par suite parer aux accès futurs. Et la prophylaxie des accès futurs serait la guérison mème de la maladie, surtout prise à son début. à

C'est dans ce but qu'on a pratiqué en plein tissu ganglionnaire des injections sclérosantes de liquides divers, de teinture diode entre autres. Ce procédé a l'inconvénient d’être long et peu pratique quand il s’agit de produire latrophie de ganglions nombreux et profonds.

C'est dans cet espoir que nous avons engagé notre jeune malade au procédé plus rapide qu'on lui proposait : l’extirpalion de ses ganglions inguinaux. L'opération était plus radicale ; elle était, il est vrai, incertaine dans ses résultats, mais si bénigne ef confiée en si bonnes mains !

Elle a donc été pratiquée deux mois après le dernier accès.

Depuis cette époque, et il y à environ huit mois, le malade n'a pas eu de nouvelle crise. Mais on ne peut encore en conclure sil s'agit là d’une relation de cause à ellet, ou d'une simple coïncidence, car le jeune homme était resté auparavant pendant près de trois ans sans présenter aucun accès. Ce n'est donc qu'au bout de quelques années que l’on pourra juger de la valeur thérapeutique de cette opération, qui cependant a donné des résullats que nous relaterons plus loin.

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Quoi qu'il en soit, les ganglions extirpés étaient au nombre de huit, tous sclérosés. Quatre ont été examinés. Ils étaient manifestement plus volumineux que des ganglions normaux. Les deux plus petits avaient le volume d’un gros pois ou d’une noisette. Les deux autres atteignaient le volume d’une petite noix.

Des cultures ont été faites de ces ganglions. Seule, la série de tubes de bouillon ensemencés avec les fragments d’un de ces ganglions à été troublée. L'examen microscopique de ces cultures a donné les résultats suivants :

Un diplocoque.

Pas de streplocoque.

Des coupes ont été faites de ces ganglions. Un seul ganglion a été trouvé infecté : c'étail le même dont les fragments avaient troublé les tubes de bouillon. Il montrait dans son intérieur, disséminés d’une façon très discrète :

Quelques diplocoques.

Quelques coccus isolés.

Pas de streptocoque.

En résumé, on voit qu'en dehors des accès les ganglions ne

contiennent que des cocco-diplocoques.

Examen de la peau

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Le matériel de cette étude nous a été fourni :

1° Par une femme atteinte d'éléphantiasis nostras de la jambe et morte d’une affection intercurrente dans le service du professeur Pitres:

2° Par notre malade à éléphantiasis nostras de la verge et du scrotum, qui a été opéré par le professeur Demons.

Dans les deux cas, des coupes ont été faites de la peau des régions malades. Colorées à l'hématéine-éosine, elles ont d’abord permis de constater que la sclérose frappe exclusivement le derme, qui atteint des proportions colossales.

Lorsqu'on les colore par la méthode de Gram, on y décèle les

Lente

microbes. Ils sont clairsemés dans le derme, disséminés de-ci de-là entre les fibres conjonctives, d'une façon très diserète : Soit à l’état de coccus isolés.

Soit à l’état de diplocoques.

On ne rencontre pas de microbes dans l’épiderme.

Eu résumé, il existe dans le derme des régions malades des cocco-diplocoques, parsemés entre les fibres conjonctives.

BacrérioLoGie. — Il eùt été intéressant, pour compléter ces renseignements, de pouvoir étudier la bactériologie de la peau éléphantiasique en tout temps, du vivant mème du malade, et en dehors des poussées aiguës de lymphangite. On connaitrait ainsi celte peau, à son état pour ainsi dire normal, ordinaire.

Comment faire ? Il serait cruel de vouloir exciser un lambeau cutané comme la chose peut se pratiquer dans la lèpre, la peau de l'éléphantiasique n'étant pas anesthésique comme celle du lépreux. L'opération serait même dangereuse, car la plaie ainsi formée serait exposée à des infections secondaires, complicalion toujours à redouter chez ces malades.

Le professeur Le Dantec a tourné la difficulté et a employé deux méthodes pour arriver à ce résultat.

Il a eu d’abord l’idée de provoquer un petit accès local par l'application sur la peau malade d’un vésicatoire. Il pensait que l'irritation vésicante serait suffisante pour amener l'émigration des microbes du derme vers la surface. L'expérience, comme on le verra, confirma pleinement ses vues.

Point n’est besoin d'appliquer un large vésicatoire, qui aurait l'inconvénient de provoquer la transsudation d'une grande quantité de liquide et qui pourrait même donner lieu à un véritable accès régional. Un emplâtre du diamètre d’une pièce de 50 centimes à ! franc est très suffisant: il laisse sourdre une quantité de liquide quatre où cinq fois plus abondante que s'il s'agissait d’une peau saine.

Il faut autant que possible appliquer le vésicatoire sur les parties les plus indurées de la peau, sur les placards éléphanliasiques. Bien entendu, l’asepsie rigoureuse de la région est au préalable nécessaire, pour éviter toute souillure par les micro-

Fe TE bes étrangers. Une fois la bulle de sérosité formée, on la recueille asepliquement dans des pipettes Pasteur.

Pour mieux comparer les résultats, on peut pratiquer la mème opération sur une région saine du corps. C’est ainsi que le professeur Le Dantec appliquait un vésicatoire sur la verge et un autre sur le bras du malade à éléphantiasis nostras pendant que nous opérions de même sur les deux jambes du malade exotique.

Dans les deux cas, les résultats ont été identiques.

Dans la région malade : présence dans la sérosité de coccodiplocoques. Pas de streptocoque.

Dans la région saine : lymphe stérile.

Si l’on opère avec cette sérosité comme on l’a fait pour la lymphe recueillie au moment de l'accès, c'est-à-dire si on ensemence cette sérosité dans des tubes de bouillon, si le tout est, effectué dans les conditions d’une rigoureuse asepsie, des flocons s’amassent au fond du tube sous forme d’un dépôt visqueux, et l'examen microscopique de ce dépôt fait voir des coccodiplocoques. È

Un second procédé pour étudier la bactériologie de la peau sur le vivant consiste dans une simple piqûre d’épingle au niveau d’un placard éléphantiasique. La piqüre laisse sourdre de crosses et nombreuses gouttes de lymphe, mêlées quelquelois de quelques gouttes de sang, et qui proviennent des capillaires du derme. Cette lymphe, recueillie d’une façon rigoureusement aseptique, dans des pipettes Pasteur, est immédiatement ensemencée dans des tubes de bouillon. En somme, on opère comme nous l'avons fait pour la Iymphe au moment de l'accès.

Nous avons pu appliquer ce procédé sur trois malades :

1° Notre jeune exotique.

2 et 3° Deux malades atteints d’éléphantiasis nostras, que nous avons déjà mentionnés. Le temps nous a lait défaut pour prendre leur observation au complet et assister à un de leurs accès. Nous avons pu cependant nous assurer de la nature de leur affection (l’un avait été soigné par le docteur Courtin et le docteur Cazemajour (de Langon); l’autre par le docteur Bégouin) et pratiquer sur eux la petite opération en question.

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Comme dans le procédé du vésicatoire, on peut faire une piqüre dans une région saine du corps , pour avoir un terme de comparaison.

Dans les trois cas, les résultats ont été invariablement les mêmes :

Les tubes de bouillon ensemencés avec la Ilymphe ou le sang des régions saines restèrent stériles. Ceux, ou du moins un certain nombre, qui avaient été ensemencés avec la Iymphe des parties malades se troublèrent et l'examen microscopique ft toujours voir qu’on avait affaire à une culture pure de coccodiplocoque (1).

A un examen superficiel, ce microbe ressemble au staphylocoque. Mais il est de dimensions légèrement plus grandes et, caractère distinctif essentiel, il ne liquéfie pas la gélatine.

Nous avons cultivé ce coccus dans tous les milieux ordinaires, où il pousse fort bien. Nous avons déjà parlé de la gélatine qu'il ne liquélie pas. Sur gélose, al donne une belle strie jaunâtre, comparable aux cultures du staphylocoque doré, plus pâle cependant. C'est sur pomme de terre que les cultures donnent, au point de vue de l'examen microscopique, les meilleurs

(4) Les cultures en bouillon de la Iymphe recueillie par piqüre de la jambe malade du jeune homme de la Guadeloupe nous ont permis de constater certaines particularités, que nous croyons devoir signaler.

Deux fois les cultures sont restées stériles ; elles avaient été failes dans les conditions suivantes:

Une première fois, la Iymphe avait été recueillie à un moment où le malade portait continuellement depuis plusieurs jours une bande de caoutchouc enroulée autour de sa jambe malade.

Une autre fois elle fut recueillie un malin, au sortir du lit, où le malade était resté quelques jours par suite d’une indisposition.

Au contraire, en recommençant l'expérience à la fin d'une journée pendant laquelle le malade avait beaucoup marché (on sait que la fatigue augmente le volume des régions malades) et alors que la jambe élait exempte de compression depuis longtemps, les tubes de bouillon se troublèrent et les résultats furent positifs.

Ces faits sembleraient démontrer que, sous l'influence du repos ou de la compression, le dermocoque (voir plus loin) se fait plus rare. Is confirmeraient ainsi efficacité du repos et surtout de la compression dans le traitement de l’éléphantiasis,

résultats: des éléments volumineux, rarement isolés, le plus souvent réunis en groupe de deux, quatre, etc.

En résumé, et pour réunir dans un tableau d'ensemble tout ce que nous venons de relater, nous voyons que nos expériences nous ont permis de constater la présence des éléments suivants :

EL. — Dans la lymphe inflammatoire, au moment d'un accès éléphantiasique franc :

1° Un streptocoque.

2° Un coccus en amas (diplogène et tétragène).

IE. — Dans les ganglions, en dehors des accès (coupes et cultures) :

Un cocco-diplocoque, c’est-à-dire des coccus isolés et des diplocoques.

IT. — Dans la peau, en dehors des accès éléphantiasiques :

Cocco-diplocoque.

IV. — Dans la lymphe, puisée en dehors des accès, soit par l'application d’un vésicatoire, soit par simple piqüre, et dans les cultures de cette lymphe :

Cocco-diplocoque.

En jetant un coup d'œil d'ensemble sur ces résultats, on voit que dans tous les cas que nous avons examinés on rencontre toujours un Coccus, apparaissant comme un diplogène ou un tétragène dans la lymphe au moment de l'accès, comme un cocco-diplocoque dans les ganglions, la peau, la lymphe en dehors des accès.

Quant au streptocoque, on ne le rencontre qu'au moment de l’accès éléphantiasique, associé au précédent coccus.

Bau. 3

LEP UTRE

De cet ensemble de constatations, le professeur Le Dantec tire les conclusions pathogéniques suivantes :

L'éléphantiasis parait être une véritable dermite chronique, due à la présence d’un cocco-diplocoque. En effet, en tout temps. en dehors des accès, il est possible de se procurer une culture pure de ce coccus, facile à identifier, en provoquant sur la région malade un accès local par l'application d'un petit vésicatoire qui soutire, pour ainsi dire, le microbe des régions profondes du derme ; ou plus simplement encore en recueillant la lymphe de cette même région par une simple piqüre d’épingle. Le prolesseur Le Dantec propose de désigner ce microbe sous le nom de dermocoque, à cause de son habitat d'élection, le derme.

Ce dermocoque est essentiellement pléomorphe. Puisé dans la lymphe inflammatoire au moment de l'accès éléphantiasique franc, il apparait comme un diplogène ou un tétragène, en même temps que la préparation montre des streptocoques. Examiné directement dans les coupes de la peau ou des ganglions en dehors des accès, il apparait sous la forme de cocco-diplocoques. Enfin, dans les cultures de la lymphe, en dehors des accès, il a également l'aspect d’un cocco-diplocoque.

L’éléphantiasis serait done une dermite chronique due au dermocoque. Elle serait comparable à la lèpre cutanée. Celle-ci est une dermite chronique due à la présence du bacille de Hansen, une dermo-bacillose ; celle-là serait une dermite chronique due au dermocoque, une dermococcose.

Mais comment expliquer le grand accès éléphantiasique, cette lymphangite aiguë qui laisse loujours après elle une région œdématiée et hypertrôphiée?

L'examen de la lymphe pendant ces accès nous a montré l'existence du dermocoque toujours; mais cette fois, et seulement cette fois, S'y joint un élément nouveau, le streptocoque.

NE

Ne serait-ce pas cetle union, cette sorte de symbiose du dermocoque et du streptocoque, qui provoquerait l'accès?

D'où viendrait ce streptocoque? De la circulation générale où les portes d'entrée ne lui font pas défaut (excoriation cutanée quelconque, muqueuse intestinale, etc).

Nous aurions ainsi l'explication des deux variétés d'accès éléphantiasiques :

Les accès simples, régionaux, déterminés par une fatigue physique, un surmenage, une irrilation locale quelconque (Voyez l'observation du jeune créole), et qui sont vite calmés par quelques heures de repos. Ces accès seraient dus au simple réveil du dermocoque sous ces diverses influences.

Tandis que lorsque le streptocoque, venant de la circulation générale, où il serait entré par une porte quelconque, fait irruption dans le derme malade et rallume le foyer microbien latent, il provoquerait par son union avec le dermocoque ainsi exallé l'accès complet, local et général, caractérisé par le frisson, la fièvre, la lymphangite réticulaire el tronculaire, — ce grand accès violent qui nécessite le repos complet pendant plusieurs jours et laisse comme séquelle une région fortement augmentée de volume.

IxocuzaTions. — Quelques inoculations aux animaux de laboratoire ont été tentées, soit avec le dermocoque seul, soit avec le dermocoque vivant associé dans le bouillon avec le streplocoque.

Inoculé seul, en injection sous-cutanée, le dermocoque n'est pas pathogène pour la souris grise. Mais, associé au streptocoque, il provoque rapidement la mort de l'animal et on retrouve dans le sang les deux microbes vivant côte à côte.

Inoculé seul, sous la peau d’un lapin, il détermine une légère rougeur avec collection purulente, mais pas d'érysipèle. C’est une sorte d'accès local.

Inoculé avec le streptocoque dans l'oreille du même animal, il provoque une plaque érysipélateuse caractéristique. EE si l'on provoque de temps en temps un accès semblable, on arrive à reproduire une éléphantiasis de l'oreille.

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