‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 19 sur 74 · Ou plutôt esclave · texte numérisé non relu

Ou plutôt esclave

ÉTUDES LITTÉRAIRES SUR L ? AN Cl EN TESTAMENT 119

les choses de la même manière : le nom de Thamar était cité, avec éloge, dans les traditions populaires.

Le légiste, qui a composé ce livre, met dans la bouche de la Moabite des paroles, qui [selon lui] doivent faire disparaître le côté un peu immoral de l'action. La jeune femme ne s'offre pas à Boaz , comme Ta fait Thamar à Juda , elle réclame te débit um conjugale. On sait que, dans tout l'Orient, le droit civil reconnaît ce genre d'obligation et lui donne sa sanction.

On ne connaît aucune loi qui forçât Boaz à épouser Ruth, à titre de parente : s'il y en avait eu une, toute cette scène deviendrait inutile. L'auteur a eu soin d'ailleurs d'indiquer, lui-même, le caractère de la demande de Ruth. Elle sollicite son parent de perpétuer la race d'Élimelek. Boaz, en patriote juif, admire le dévouement de cette femme. Au lieu de rechercher son plaisir ou ses intérêts, elle vient à lui, pour remplir, jusqu'au bout, les devoirs qu'elle a acceptés, en entrant dans la famille d'Élimelek. Le principal devoir est d'assurer la perpétuité de la maison, en gardant le sang pur de tout mélange étranger. Boaz, sachant qu'il y a un parent plus rapproché que lui, respecte la Moabite, parce qu'il entend bien que l'enfant, qui naîtra, soit le propriétaire du champ d'Élimelek, ce qui n'arriverait pas si l'agnat, qui prime ses droits, voulait l'acheter.

La scène du rachat est très intéressante (IV, 1-12) et elle confirme parfaitement tout le système développé ci-dessus. Boaz réunit 10 anciens et comparait devant eux, avec le parent privilégié. 11 lui fait savoir que le champ d'Élimelek va être vendu et il le somme de faire valoir son titre. Son interlocuteur déclare vouloir user de son droit.

Boaz lui demande s'il veut également acheter la Moabite, afin de maintenir le nom du défunt à son héritage. L'autre refuse : le mariage avec Ruth n'était pas obligatoire, mais Boaz offre, en quelque sorte, une surenchère. Il demande au tribunal des anciens du clan de ne pas laisser éteindre la famille d'Élimélek. Quant à lui, il offre de satisfaire à cette condition si essentielle, au point de vue des idées antiques. Son action est regardée, par tout le monde, comme extrêmement méritoire ; nous en avons le témoignage par les acclamations des assistants.

On doit remarquer la formule qu'emploie Boaz pour contracter son engagement : « Vous êtes témoins aujourd'hui » que j'achète, de la part de JSoomi, tout ce qui a appar- » tenu à Kilyon et Mahlon. Et Ruth aussi, la Moabite, je » l'achète pour femme, pour maintenir le nom du défunt à » son héritage. »

Les Juifs donnaient aux parents de la femme le mohar, comme encore dans l'Orient moderne, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. Boaz achète Ruth, au même titre que tout ce qui était dans l'héritage des fils d'Élimélek. Elle n'entre pas dans sa maison comme femme libre, mais au titre du concubinat servile.

Lorsque Ruth accouche, les femmes de Bethléem vont complimenter Noomi. Celle-ci met l'enfant sur son sein, ce qui rappelle singulièrement l'adoption par Rachel et Léa des enfants de leurs servantes (Genèse, XXX). La mère est traitée comme un personnage tout à fait secondaire. On célèbre, cependant, son dévouement pour Noomi et le peuple dit : « Un enfant est né à Noomi. » Pour qui connatt quelque peu l'Orient, il y a là une marque évidente de la différence

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de rang qui existe entre la veuve d'Élimélek et la Moabite.

Ce sont les voisins qui nomment l'enfant Obed ; c'est plutôt un sobriquet qu'un nom. Ce mot veut dire serviteur et, très souvent, c'est une forme abrégée du mot qui signifie serviteur de Dieu. Le texte veut évidemment faire allusion à la condition demi-servile delà mère ; le mot pouvait être pris dans un double sens

Tout ce petit livre me paraît facile à comprendre, avec le système que je propose. Comme M. Reuss, j'y vois une œuvre de légiste, écrite dans un but politique . Je crois que l'auteur veut justifier la famille de David d'avoir dans les veines le sang d'une Moabite.

On ne peut donc pas arguer du livre de Ruth en faveur des mariages mixtes, odieux aux légistes. L'auteur s'efforce de montrer tout ce qu'avait d'exceptionnel le mariage avec une Moabite ; il Je rapproche de l'inceste de Thamar, ce qui montre bien tout ce qu'il y trouve d'insolite.

L'auteur plaide les circonstances atténuantes.

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