‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 21 sur 74 · LE LIVRE D'ESTHER · texte numérisé non relu

LE LIVRE D'ESTHER

1. Diverses hypothèses proposées. — Les invraisemblances du récit. —Son origine probable. — Noblesse de Mardochée. — Impossibilité du mariage d'F.sther. — Pourquoi Mardochée refuse de se prosterner.

On a fait quatre hypothèses pour expliquer le livre d'Esther.

1° Quelques-uns y ont vu le récit défiguré d'une lutte astrologique.

2° On admet le plus souvent que c'est un roman destiné à expliquer l'origine de la fête des Purim; malheureusement, il est difficile de trouver une relation entre l'histoire d'Eslher et le carnaval persan, adopté, dit-on, par les Juifs durant la Captivité.

3° M. Graetz veut que le livre d'Esther soit contemporain de celui de Daniel; il exprimerait les sentiments d'horreur causés par la persécution d'Antiochus. On peut admettre que le texte grec a dû être amplifié à cette époque; mais le vieux fonds hébreu est probablement antérieur.

4° Enfin quelques savants distingués tiennent toujours pour la valeur historique de l'ouvrage; ils s'appuient, notamment, sur la connaissance exacte que l'auteur parait avoir de la société persane.

L'auteur du livre d'Esther écrit, évidemment, longtemps après les événements. 11 parle de la fête des Purim comme d'une solennité célébrée au 1S Adar, dans les grandes villes, et au 14, dans les bourgs. (IX, 19). Ces dates ont varié ; l'auteur explique d'une manière artificielle la double fixation.

La formule employée au chapitre X : « Tout ce qui con- » cerne.,, se trouve écrit dans le livre des Chroniques des » rois de Médie et de Perse », rappelle celle qui est si souvent employée dans le livre des Rois ; elle est bien probablement imitée. C'est un témoignage que se rend l'auteur, d'avoir fidèlement analysé un vieux texte.

Le mot Purim semble être un terme corrompu ; il a été transcrit de plusieurs manières par les Grecs, ce qui indique que l'auteur écrivait à une époque où la langue persane n'était plus courante, ou, tout au moins, dans un pays où elle n'était pas parlée. On peut en effet supposer que l'auteur a transcrit ce mot, sans en connaître la prononciation.

Le livre d'Esther se distingue beaucoup du livre de Daniel par l'absence complète de termes et de tournures rappelant le grec : cette considération n'est pas absolument démonstrative en faveur de son ancienneté, mais elle a une certaine valeur.

Ce qui est beaucoup plus remarquable, c'est qu'il ne renferme pas d'éléments religieux : prières ardentes, miracles, révélations, cantiques. La littérature apocryphe est

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extrêmement riche en formules de ce genre. Les amplifications grecques consistent précisément en prières. Il serait presque impossible qu'un roman, à tendances patriotiques et religieuses, eût été écrit d'une manière aussi profane.

Lorsque la persécution d'Antiochus eut produit le grand réveil « macchabéen », on éprouva le besoin de remanier l'histoire d'Esther, pour la mettre d'accord avec les sentiments patriotiques de l'époque. De là proviennent les diverses éditions grecques, assez différentes les unes des autres. On y trouve l'expression des sentiments de haine contre les Grecs. Haman est traité de Macédonien; il est accusé de trahir la Perse pour la Macédoine.

L'auteur nous apprend qu'il a pris son récit dans une narration ancienne d'un livre persan, qu'il a lu et qu'il a arrangé. Que cette légende fît réellement partie des Chroniques royales, voilà ce dont on peut douter et ce que l'auteur était, certainement, hors d'état de vérifier. L'abréviateur hébreu a dû procéder comme le font, de tout temps, les abréviateurs orientaux. Ils coupent et rapprochent, plus ou moins adroitement, les morceaux; ils mettent d'ailleurs très peu de chose de leur cru.

En lisant attentivement le livre d'Esther, on s'aperçoit qu'il gagnerait beaucoup en valeur littéraire, si on en supprimait tout ce qui a trait aux Juifs. On obtiendrait un conte oriental, encore assez fantaisiste; mais ce genre comporte l'invraisemblable; pour mieux dire, la vraisemblance n'a pas en Orient les mêmes règles que chez nous autres.

Les personnages du livre d'Esther sont bien ceux que l'on rencontre dans les contes orientaux : un sultan niais,

crédule, se laissant mener par le tout du nez, consultant tout le monde sur des riens; — un parvenu, d'origine inconnue, devenu vizir par la faveur royale, orgueilleux et sanguinaire ; — un noble de grande famille, qui refuse de s'humilier devant le favori et que celui-ci veut perdre; — une jolie fille qui, grâce à la protection d'un eunuque, devient reine, sans qu'on se préoccupe de connaître son origine.

Le roman persan pouvait très bien avoir pour origine un mythe astronomique. Beaucoup de légendes sont nées de cette manière; il me semblerait tout à fait naturel de rechercher sous cette histoire un conte plus primitif, dans lequel se trouverait une lutte d'éléments.

Notre auteur n'a pas eu beaucoup de peine à transformer l'histoire qu'il avait entre les mains. 11 n'a pas changé les noms des personnages. L'oncle d'Esther ne porte pas un nom juif, mais un nom persan: 11 eut été naturel qu'il en eût deux, s'il avait cru devoir adopter un nom étranger à sa race. Celui qui lui est donné (Mardochée, lune) n'est guère convenable pour un juif : il a quelque chose de païen , qui aurait dû répugner à un homme appartenant à l'aristocratie nationale. 11 est très possible que notre auteur ne comprit pas bien la langue persane, qu'il eût lu cette histoire dans une traduction et qu'il ne sût pas la signification du mot « mardochée ».

Tout le monde reconnaît que Mardochée appartient à la famille de Satil; ce n'est pas sans raison que l'auteur lui a donné cette parenté. La noblesse du premier roi d'Israël n'a jamais été contestée; son père Kis était fort et vaillant ; son cousin Abner est un des héros de la nation ; Saul était

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lui-même un guerrier redoutable, dans lequel revit l'esprit des juges les plus belliqueux.

David n'appartenait pas à une famille aussi noble. La tradition juive veut que le malheureux Mephiboseth ait été un sage, devant lequel David, lui-môme, s'inclinait. On peut dire, sans exagération, que le nom de Saûl était aussi grand en Israël que celui des plus grands seigneurs féodaux a pu l'être en Europe. L'auteur a donc eu la main heureuse en faisant sortir Mardochée de cette famille.

On a généralement admis qu'Haman était Amalécite; cela me paraît extrêmement douteux; le texte dit qu'il était fils d'Amadatah l'Agagite; Josèphe a cru devoir comprendre issu de la famille d'Agag, roi des Amalécites : mais cette interprétation est tout à fait arbitraire.

En faisant descendre Hamand'un roi, l'auteur aurait relevé sa race, ce qu'il n'avait pas intérêt à faire. Les traducteurs grecs, mieux placés que Josèphe pour connaître le sens du mot « Agagite », n'auraient pas manqué d'indiquer sa naissance amalécite. Les Septante ignorent même cette épithète « d'agagite » ; ils appellent Haman « Boughéen ».

La manière dont Esther devient reine fournit une des plus fortes présomptions contre l'origine juive du récit. L'action de Mardochée ne saurait trouver aucune excuse, telle qu'elle nous est racontée. Lorsque Judith va au camp d'Olopherne, elle s'expose aux derniers outrages; mais «lie marche au martyre pour son peuple et pour sa foi. Elle est convaincue qu'elle sera protégée par Dieu, qu'elle a invoqué avec la foi des anciens prophètes d'Israël.

Dans notre livre, on ne trouve aucun motif patriotique ou religieux. On cherche des femmes pour le harem, il y

a un véritable concours de beauté, niais le roi ne s'arrêtait pas à admirer les formes. Les vierges sont livrées à un eunuque, qui les initie aux usages du palais. Si elles ne plaisent pas au roi, elles sont confinées dans le harem des concubines, sous la garde d'un autre ennuque; elles deviennent éternellement esclaves. Nous savons, par de nombreux témoignages et notamment par la Bible, que les concubines royales ne pouvaient être recherchées par un sujet, si haut placé qu'il fût. En confiant sa nièce à l'eunuque, Mardochée savait qu'il la livrait comme esclave au mattre du harem. Cette conduite est parfaitement conforme aux mœurs dissolues de l'Orient païen, mais elle n'est pas admissible de la part d'un juif, appartenant à une famille héroïque.

On objectera qu'il est incompréhensible que l'auteur ait accepté ce récit, qui aurait dû le blesser. Autre chose est de composer, autre chose est d'adapter. L'abréviateur hébreu n'était évidemment ni un poète, ni un homme d'imagination. 11 n'a pas su introduire dans son œuvre des poésies et des cantiques, bien qu'ils eussent été parfaitement à leur place. Il n'y a pas, dans toute la Bible, d'auteur qui ait montré moins de valeur littéraire. Les livres de Judith et de Tobie, écrits à une époque de complète décadence, sont beaucoup plus animés de l'esprit juif que celui-ci et ont une bien plus grande portée.

Il est vraisemblable que notre auteur a suivi servilement le texte persan, sans être trop choqué de l'action de Mardochée. En sa qualité de scribe de dernier ordre, il s'est incliné devant l'infaillibilité de ce qui est écrit; il s'est consolé en se disant que cela avait dû être prescrit par Dieu, pour sa plus grande gloire.

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On ignore complètement pourquoi le juif Mardochée refuse de se prosterner devant Haman. Les commentateurs n'ont pas manqué d'y trouver un motif religieux, que Tauleur a oublié de faire connaître. Les officiers de la cour demandèrent à Mardochée pourquoi il ne se prosternait pas. Si le livre d'Esther était l'ouvrage d'un patriote ou d'un légiste, on trouverait ici quelque réponse basée sur un motif tiré de la Loi.

Tout s'explique facilement dans mon système : Mardo-' chée, issu d'une noble race, ne veut pas s'incliner devant un parvenu. Il n'a aucune raison à donner; en faisant connaître ses motifs, il ne pourrait qu'irriter les courtisans d'Haman contre lui, en opposant la noblesse de sa famille à leur basse extraction. Il se renferme dans le silence, comme il convient au représentant d'une aristocratie qui a perdu le pouvoir et la fortune.

Quand Haman est prévenu, il entre dans une grande colère. On sait comment les choses se passent en Orient; quand un homme de peu manifeste la moindre velléité d'indépendance, vis-à-vis du représentant de l'autorité, son sort est vite fixé. Si Mardochée eût été un juif, il eûrt été pendu, sans autre forme de procès.

U. Ce que devait être Mardochée dans le texte persan. — Raison de l'édit d'Assuérus.— Haman était probablement eunuque.— Faiblesse du favori. — La Magophonie. — Fixation de la fête au 15 Adar.

L'auteur nous dit qu'Haman dédaigna de mettre la main sur Mardochée seul et qu'il conçut le projet d'exterminer

tous les Juifs. Ici nous touchons à un point où l'abréviateur a, certainement, modifié le texte, soit qu'il Tait mal compris, soit qu'il ait dû le changer, pour pouvoir en faire l'application aux Juifs. La résolution d'Haman est absurde; il aurait eu beaucoup plus de force contre ses ennemis, après avoir raconté qu'il avait dû réprimer l'orgueil sacrilège de l'un d'eux et avoir présenté sa victime comme un conspirateur dangereux.

Il semble possible de reconstituer, par à peu près, l'original. Haman, en sa qualité de parvenu et de favori, est un homme prudent ; il n'ose pas sévir contre un personnage appartenant à une grande famille. En Orient, la naissance donne à certains hommes une autorité morale, devant laquelle recule souvent le pouvoir absolu, alors même qu'ils sont pauvres et tombés au rang de l'artisan ou de l'ouvrier. Le roman primitif rattachait, évidemment, Mardochée à une dynastie déchue (comme le fait d'ailleurs l'auteur hébreu). Son nom est de nature à appuyer fortement cette opinion. Le roi des rois est le soleil ; Mardochée appartient à une dynastie lunaire (on sait qu'il en existe encore dans l'Inde).

Haman, s'adressant au roi Assuérus, lui représente les dangers que présente la conservation d'un clan aussi puissant que celui de ces princes. Les sultans sont toujours très sensibles à ce genre d'arguments; il est admis, dans le droit public oriental, qu'une dynastie est libre de faire disparaître tous les représentants des anciennes familles souveraines. La résolution d' Assuérus est parfaitement conforme aux mœurs de l'Asie. On ne la comprend pas, au contraire, quand il s'agit des juifs.

On n'a jamais pu expliquer la publicité donnée immédiatement au décret d'extermination. On peut, avec beaucoup de vraisemblance, mettre cette partie du récit au compte de l'abréviateur. Il est incompréhensible qu'Esther ne soit pas avertie, dès le premier jour, soit par Mardochée, soit par quelqu'un du palais. Dans le harem, les femmes ont pour principale distraction de raconter les nouvelles et les cancan s. Si, comme le dit Fauteur, la ville était en émoi, par suite de la publication du décret, Esther l'aurait connu.

Le jeûne et les macérations, que s'inflige Esther, sont de l'invention de l'abréviateur; il ne remarque pas combien ses additions rendent son récit invraisemblable. Tout le monde doit savoir au palais qu'Esther est juive, tant par suite des messages échangés entre elle et Mardochée, que par suite du jeûne qu'elle impose même à ses esclaves. Celles-ci seraient- elles aussi des juives, qui dissimulent leur religion ?

Le récit des entrevues du roi et d'Esther nous a été transmis d'une manière très incorrecte. On comprend, à la rigueur, pourquoi elle ne sollicite d'abord qu'un dîner avec le roi. On sait que les Perses étaient fort buveurs et traitaient la plupart de leurs affaires inter pocula. Mais on ne saisit pas pourquoi, à ce dîner, elle n'expose pas sa requête. Le défaut de conduite du roman révèle, à première vue, la non-originalité de l'œuvre. 11 est probable que le poète persan avait dû donner un assez long développement à ces scènes, que l'abréviateur a écourtées, trouvant les détails, peut-être, par trop profanes.

La présence du vizir au festin du harem constitue un fait bien anormal pour l'Orient. Nous voyons par le récit

qu'Haman était le seul homme invité; tous les autres sont des eunuques. Cette circonslance me porte à formuler une hypothèse. Haman était lui-même eunuque, ce que le nom « Boughéen » indiquerait probablement.

On ne connaît pas le sens de ce mot; plusieurs auteurs ont supposé que le nom Bagoas voulait dire eunuque ; on ne peut s'empêcher de rapprocher les deux mots. On connaît un eunuque d'Hérode nommé Bagoas et les Septante donnent le nom de Bougathai à l'un de ceux qui assistaient au festin d'Esther. Il]est vrai qu'Haman a des enfants ; mais on sait que les eunuques, attachés aux palais, se mariaient, ce qui suppose que les enfants de leur femme étaient les leurs. L'Asie antique renfermait de si singulières coutumes, qu'on ne peut être étonné de voir un eunuque marié et père de famille *.

Notre auteur n'est pas avare de noms propres; nous connaissons, par lui, les principaux personnages de la cour. Lorsqu'Haman réunit tous ses amis en conseil, l'auteur n «n désigne aucun par son nom. Il y a là un trait tout à fait caractéristique; le vizir, malgré sa puissance, n'avait pas de relations intimes avec les grands. Dans tout le récit, il semble qu'il n'ait pas un ami; pas une personne de marque n'ouvre la bouche en sa faveur. Lorsque le roi le condamne, on voit, aux paroles d'Harbanah, combien on est enchanté d'en être débarrassé. Harbanah ne veut pas laisser le temps au roi de changer d'avis ; il lui indique qu'il y a un gibet tout préparé par les ordres mêmes d'Haman.

La scène qui amène le dénoûment fatal est fort difficile; Haman semble se conduire comme un homme ivre et on

1. D'après quelques voyageurs, 11 y a encore des eunuques mariés.

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se demande ce que va faire le roi dans le jardin. On ne comprend pas comment Haman a pu se permettre de se placer sur le divan d'Esther; c'était un acle de folie insigne. On ne peut en trouver l'explication -qu'en admettant que le vizir, étant ennuque, pouvait s'approcher des femmes, dans des conditions qui auraient été impossibles à tout autre. On dira, il est vrai, que, si Haman était châtré, le roi n'aurait pas crié. « Ne va-t-il pas faire violence à la « reine, en ma présence, dans ma maison? » Mais l'étiquette orientale considère comme un crime la moindre familiarité vis-à-vis d'une femme de ce rang. Rien n'indique d'ailleurs que le roi craignît qu' Haman eût outragé la pudeur d'Esther.

On ne comprend pas pourquoi Esther ne profite pas du jour du festin pour obtenir le retrait du décret, provoqué par Haman. Elle est obligée de forcer, encore une fois, la consigne, de s'exposer au courroux du roi, en paraissant à son divan. 11 aurait été plus naturel de tout terminer de suite ou de faire parler au roi par Mardochée, qui a son entrée à la cour. Tout ce récit est mal emmanché; on sent l'effort de l'abréviateur.

Quant au deuxième décret d'Assuérus, je crois que l'on peut en gratifier le narrateur hébreu; tout au plus pourrait-on admettre qu'il y a là une allusion à un massacre de gens détestés du peuple.

Hérodote parle du massacre des Mages; mais son récit est fort sujet à caution. Ctésias ne dit rien de cet épisode, qui a généralement paru très problématique. Il est certain que toute l'histoire du faux Smerdis est en grande partie légendaire. 11 était dans l'intérêt de Darius d'embrouiller

tout ce qui se rattachait aux origines de sa royauté. Les Grecs n'ont pu recueillir que des traditions déjà compliquées d'éléments étrangers.

On ne peut pas nier la Magophonie ; on a fait de très nombreuses hypothèses sur son origine et sa véritable signification. Le mot Mage a une signification prodigieusement vague chez les Grecs, qui ne distinguaient pas assez les Perses des Mèdes. Il semble que les Mages devaient être à proprement parler les prêtres de la Médie; mais, dans ces pays, les relations avec la Chaldée et l'Assyrie avaient introduit des cultes étrangers à la religion fondamentale.

Hérodote dit que les Perses ont pris aux Assyriens et aux Arabes le culte de Vénus Uranie, qu'ils appellent Mithra. Il y a une erreur évidente dans ce passage ; mais on sait que la religion persane renfermait, en effet, le culte d'Anahid, qui correspond à l'Artémis grecque. Hérodote n'a pas en vue ce culte quand il parle de Vénus Uranie; il traduit toujours Baal par Bacchus et Astarté par Uranie. Il y aurait donc eu, en Perse, et plus probablement encore en Médie, un culte de la Vénus sémitique. Les mœurs de ces peuples étaient des plus dissolues, mais la religion avait des prétentions à la pureté et à l'élévation. Les vrais Mages ont dû considérer les prêtres des temples chaldaïsants comme des ennemis de leur foi et de leurs principes.

11 y avait des charlatans chaldéens près des rois de Perse; il est possible que le faux Smerdis leur fût affilié; d'après Ctésias, quand on vint l'assassiner, il était avec une fille de Babylone. La grande Babylone ne pouvait être bien vue des prêtres persans; les devins chaldéens étaient leurs adversaires à la cour; rien de plus naturel que d'expliquer

l'origine de la Magophonie par un massacre de prêtres chaldéens. Haman pourrait bien avoir été un de ces personnages.

Cette hypothèse permet de se rendre compte de la situation d' Haman à la cour, où il est traité en intrus, et de la part que les Juifs, habitant la Perse, prenaient à cette fêle. Du moment que la Magophonie célébrait le massacre des prêtres de la Vénus sémitique, les Juifs devaient regarder celte solennité comme nationale.

J'estime que le 15 e jour d'Adara été choisi pour rappeler un mémorial essentiellement juif. Beaucoup des prophéties d'Ézéchiel sont datées : Tune des plus belles est du 15 a jour du 12 e mois; elle a pour objet le sort des ennemis d'Israël (XXXII, 17-32). L'Egypte, l'Assyrie, Élam, Meseck-Tubal, Edom, Sidon, descendent au tombeau frappés par Tépée ; c'est comme un jugement final contre tous ceux qui ont persécuté le peuple de Dieu.

Cette grande prophétie était de nature à éveiller chez les Juifs de grandes espérances au milieu de leurs souffrances. Elle dut bientôt être entendue, dans un sens littéral, comme cela est arrivé à presque toutes les productions de ce genre. Les malheureux, au milieu des privations, reprenaient espoir, en lisant l'annonce de la ruine de leurs ennemis. Le même sentiment a créé la popularité du livre d'Esther; cet ouvrage n'a été conservé qu'en raison des espérances qu'il éveillait dans l'âme des lecteurs.

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