Je me promets de monter à ce palmier
Un poète erotique prend toujours ses comparaisons dans les objets gracieux, délicats et fins, pouvant donner l'idée de la fragilité de la fleur féminine, à laquelle il s'adresse. Un poète, digne de ce nom, ne va pas chercher ses figures dans le gigantesque et comparer le nez d'une
jolie fille à la tour St-Jacques et sa tête à la butte Mont, martre !
YI. Sixième chant. — La Sulamite va su fixer aux champs. — Septième chant. — Le cognassier. — La petite sœur. — Le mur et la porte. — La vigne de Salomon.
Le sixième chant pourrait être rattaché au précédent ; toutefois il y a entre les deux parties une grande différence dans les idées. Il commence au onzième verset du chapitre VU et se termine au quatrième du chapitre VIII ; il n'a que huit versets ; le dernier est la strophe finale aux filles de Jérusalem.
La Sulamite veut aller aux champs avec son bien-aimé ;
elle veut s'établir au hameau ; elle ira, le matin, voir si les fruits mûrissent- S'il était son frère, elle pourrait l'embrasser en public. Elle le conduira à la maison de sa mère; elle lui obéira et lui fera boire du vin aromatisé.
Tout cela est assez faible ; on sent la recherche et la lassitude.
Le septième chant offre de telles difficultés que souvent on a proposé de le supprimer. Il ne comprend que neuf versets.
Il débute par une épistrophe :
VIII, 5. Quelle est celle qui vient là du pâturage Appuyée sur son bien-aimé ?
Puis vient une antistrophe :
VIII, 5. Sous ce coignassier, je t'ai inspiré l'amour, Là où ta mère ta mis au monde, Où, avec douleur, elle t'a donné le jour ;
ÉTUDES LITTÉRAIRES SUR i/àNCIEN TESTAMENT 465
6. Pose-moi sur ton cœur, comme un sceau, Gomme un cachet sur ton bras !
Car l'amour est puissant comme la mort, etc.
Ce passage se paraphas e ainsi en prose, en supprimant l'inversion : « Sous ce coignassier, elle m'a inspiré l'amour... » je la pose comme un sceau sur mon cœur, comme un » cachet sur mon bras, car l'amour.... » Le poète, grâce à la figure, qui consiste à changer le véritable personnage, donne à ce fragment quelque chose de très piquant.
Il est clair que c'est la femme qui dit à son amant : « Pose-moi comme un sceau... » Ces paroles sont admissibles, mais on ne comprendrait pas la réflexion qui suit, dans la bouche d'une femme qui vient de satisfaire sa passion. Je crois, au contraire, que tout cela trouve une explication tout à fait naturelle et simple dans mon système.
La difficulté devient bien plus grande pour les versets huit, neuf et dix :
Strophe : VIII, 8. Nous avons une petite sœur,
Dont le sein n'est pas encore formé ;
Que ferons-nous de notre sœur
Quand on viendra à la rechercher ?