Une nouvelle hypothèse sur le Deutéronome, page
2. On sait qu'il est à peu près impossible de dessiner le plan d' Ezéchiel.
3. Les apocalypses apocryphes sont encore plus curieuses à étudier; elles sont toutes très pénétrées de l'esprit juif. Les auteurs écrivent dans des moments très graves, le monde est couvert de ruines, les Saints sont persécutés; cependant ils ont assez de calme pour composer des rébus souvent tort difficiles à déchiffrer et pour combiner des subtilités arithmétiques.
Le génie hébraïque est l'antipode du génie grec.
est devenu le type des ennemis d'Israël * ; l'autre a été un conquérant tolérant dont les Juifs n'ont jamais eu à se plaindre.
Pourquoi contesterait-on la Réforme de Josias ? On a un texte précis, qui ne présente pas de graves invraisemblances. On ne pourrait le rejeter que pour des raisons très sérieuses *.
La centralisation du culte était en germe depuis longtemps. Dans un pays aussi peu étendu que la Judée, le temple de Jérusalem devait finir par absorber tout le culte national. Il y avait une trop forte disproportion entre cet édifice royal et les temples locaux, pour que ceux-ci ne finissent pas par disparaître.
Le mosaisme primitif n'exigeait pas de temples; les sanctuaires qui existaient n'avaient pour justification que des traditions, sans force, se rattachant à quelques personnages illustres. Il est bien probable qu'il n'y en avait
qu'un très petit nombre en Judée.
Dans les campagnes on accomplissait cependant des rites religieux, notamment pour tuer les animaux. Il suffit d'entrer en Algérie, dans un village nègre, pour se faire
1. Dans les légendes talmudiques la destruction du premier temple, celle du second, la guerre de Bar-Cobba sont souvent confondues de la manière la plus étrange. Jamais, à ce que je crois, les traditionnistes juifs n'ont attribué aux souverains tolérants des actes des ennemis d'Israël ; au contraire, ils ont une tendance à exagérer la bienveillance de certains princes. On peut citer, notamment, comme exemples, le prétendu voyage d'Alexandre à Jérusalem et les légendes sur le judaïsme d'Anlonin.
2. L'école critique est toujours très respectueuse des traditions; quand eUe soupçonne une transformation dogmatique de l'histoire, elle tient un grand compte de la légende et en recherche l'origine et la cause. Pour elle, comme pour le physicien, il n'y a rien sans causes.
une idée de ce genre de cérémonie. Au lieu de mener le bœuf au boucher, on le menait au sacrificateur. Le Deutéronome défendit ces pratiques et sécularisa la boucherie, comme on Ta dit quelquefois.
M. Vernes trouve que l'idée de Josias est celle d'un fou l : elle n'avait cependant rien d'impraticable. Pendant plusieurs siècles, la centralisation du culte a existé à Jérusalem. Les Galiléens se rendaient dans cette ville. Habitant la Terre-Sainte, ils n'étaient exempts d'aucune obligation légale. Au temps de Josias, le royaume ne renfermait que le pays de Juda et l'unité de culte était plus facile à réaliser que du temps des Séleucides et des Romains.
On objecte que la Réforme de Josias ne tint pas et qu'elle semble n'avoir pas laissé beaucoup de traces. Le roi fut malheureux dans ses guerres; pour prouver sa mission, il devait rétablir le trône de David. Il est probable qu'il attaqua Néchao dans l'espoir d'affirmer la Réforme par une grande victoire.
J'ai déjà dit pourquoi, à Jérusalem, le fanatisme religieux n'était pas très développé. On en vit l'effet à la mort de Josias : la ville avait souffert du piétisme du roi, elle s'en
1. Page 23, M. Vernes dit qu'on crierait à la folie si l'archevêque de Paris prétendait interdire la messe dans les départements circon voisins. 11 n'y a aucune analogie entre les sacrifices juifs et la messe catholique.
Le savant professeur n'est pas éloigné de traiter les Réformateurs de faussaires; le récit du livre des Rois lui parait dénoter une supercherie, dont Jérémie aurait été dupe ou complice % si on admet la théorie ordinaire.
M. Renan a traité, avec le plus grand talent, cette question des attributions d'apocryphes, dans son histoire des origines du christianisme. Je ne puis rien ajouter à cette savante exposition. D'ailleurs, dans ce cas, il n'y a pas eu de supercherie.
vengea en revenant, avec éclat, à la liberté des cultes. Tout cela est parfaitement naturel; il n'y a aucune raison pour regarder comme fabriqués les récits du livre des Rois. D'ailleurs dans quel but aurait-on célébré ce prince, dont
le règne ne fut pas très- remarquable ? Le livre des Chroniques, écrit plus tard, a rapporté à Ézéchias une partie des mesures prises par son petit- fil s \
Le souvenir de Josias resta populaire dans le milieu des Jéhovistes. Au premier livre des Rois (XII) on trouve une prophétie contre les temples de Jéroboam. Dans ce morceau, le règne de Josias est annoncé sous une forme remarquable. « Un fils naîtra ai la maison de David, Josias » sera son nom » Le malheureux prince dut se regarder quelque temps comme étant le David messianique.
L'affaire de la libération des esclaves (Jérémie, XXXIV) paraît à M. Vernes une forte objection contre l'histoire de la Réforme.
Il dit s : « Quoi, le Deutéronome pris dans son ensemble, » aurait été, aux temps du roi Josias, l'objet d'une consé- » cration solennelle, et moins de 30 ans après, sous Sédé- » cias, on aurait jugé à propos de renouveler la même • » cérémonie d'alliance, de pacte ou de contrat, à propos » de Tune, seulement, des prescriptions...? »
Je ne comprends pas du tout le passage de Jérémie comme M. Vernes. D'accord avec MM. Reuss et Segond, je vois là
1. Le nouveau point de vue auquel se place l'auteur des Chroniques est d'une grande importance dans la question. On voit que la tradition ecclésiastique a cherché à diminuer Joàias au profit de son aïeul ; il est probable que le livre des Rois ne nous donne lui-même qu'une rédaction fort atténuée.