Page
tout autre chose qu'un renouvellement de l'Alliance. La question sociale est toujours très pressante dans les temps de calamités. Les bourgeois de Jérusalem devaient, par leurs usures, ruiner les campagnards : de là venait, comme dans toute l'antiquité, un excessif développement de l'esclavage * .
Pour pouvoir recommencer la lutte contre Babylone, Sédécias dut chercher à faire des réformes sociales : ainsi ont fait bien des fois les chefs des villes grecques ! Il fit « un pacte avec tout le pepple de Jérusalem, à l'effet de » proclamer l'émancipation »
Il n'y a point trace d'un renouvellement de l'Alliance jéhovique.
V. Jérémie. — La Restauration d'après Jérémie. — Les rites païens. — Les
œu\res et la foi.
On s'est demandé comment il se fait que Jérémie ne semble pas connaître la Réforme de Josias ; cependant il aurait commencé son ministère plusieurs années avant ce grand événement. Si l'on s'en rapporte aux indications contenues dans le livre il y aurait deux morceaux datant de ce règne ; tout le reste aurait été écrit du temps des
1. La préoccupation sociale apparaît très nettement dans le Deutéronome. Le chapitre XV interdit la perpétuité de la dette, recommande la charité, la bienveillance, accorde la libertéjaux esclaves hébreux, la septième année.
Il faut remarquer que dans les pays où le prêt & intérêt est interdit, comme dans les principautés musulmanes, l'usure ne se développe pas moins. Il en était de même au moyen- âge. Les casuistes trouvent des moyens pour tourner la loi religieuse, quand elle ne peut se plier aux exigences économiques.
derniers princes infidèles. On comprend facilement pourquoi Jérémie ne parle pas de Josias : l'insuccès et la mort de ce roi étaient trop présents à l'esprit ; les partisans de la liberté en auraient argué contre l'orateur.
On pourrait demander que le prophèle se référât, d'une manière plus explicite, au texte du Deutéronome. Mais ces auteurs n'étaient pas des prédicateurs venant haranguer le peuple, pour commenter et développer une phrase des livres sacrés.
M. Vernes dit * qu'on ne peut sortir de ce dilemme : ou bien Jérémie n'est pas un témoin fidèle, ou bien le récit du livre des Rois n'est pas historique. Cette objection n'est pas très solide. On voit par le livre d'Ésaïe, témoin du règne d'Ézéchias, que des événements très graves sont à peine indiqués par le prophète. Lorsque le rédacteur se trouve amené à raconter les circonstances dans lesquelles le prophèle et le roi ont été en relations très intimes, il copie textuellement les livres historiques s .
Mais quelle est la date de Jérémie? Jusqu'ici la critique n'avait trouvé aucune raison pour rejeter les indications générales contenues dans le livre. M. Vernes le regarde comme apocryphe et post-exilien. Ce système parait bien difficile à admettre.
Le prophète parle très souvent de la ruine prochaine du royaume, mais il n'était pas nécessaire pour cela qu'il fût postérieur à la catastrophe ; elle n'était que trop facile à