‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 51 sur 74 · Page · texte numérisé non relu

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2. Le livre de Jérémie renferme aussi des notices historiques qui semblent provenir de la même source que le livre des Rois. En quoi serions-nous bien avancés d'avoir une 3« édition de la Réforme de Josias ?

prévoir. D'ailleurs il n'était pas le seul à parler des malheurs que réservait l'avenir.

Il est arrêté par les prêtres et les prophètes qui disent : « Cet homme mérite d'être condamné à mort, car il a » prophétisé contre cette ville, comme vous l'avez entendu » de vos oreilles » (XXVI, 11). Quelques vieillards rapportent alors que Michée, au temps d'Ézéchias, parla aussi pour annoncer la ruine de la ville ■.

J'ai déjà dît quelle importance me semblent avoir eue les malédictions dans l'ancien prophétisme. Dans sa lutte contre Hanania, le faux Nabi, Jérémie dit :

XXVIII, 8. « Les prophètes qui ont été avant moi et » avant toi, depuis fort longtemps, ont prédit guerres, » pestes et calamités à beaucoup de pays et à de grands » royaumes;

9. « Si donc un prophète vient prédire le bonheur, ce » n'est que par l'accomplissement de la parole du pro- » phète qu'on pourra reconnaître que l'Éternel lui a donné » mission. »

La distinction que fait Jérémie est vraiment bien remarquable : les prophètes prédisent, presque toujours, des malheurs; Jérémie est dans la tradition; — on doit se défier d'Hanania, parce qu'il annonce des victoires; il est en dehors de la tradition. Une pareille conception du prophétisme est impossible durant une période à peu près calme ; elle ne peut surgir qu'à la veille de grands désastres.

Dans l'œuvre de Jérémie, il est question de la Restaura-

1. Cette scène, si intéressante au point de vue de la formation du canon primordial, est on ne peut plus naturelle en la laissant à sa date tradition* nelle; elle me semble incompréhensible si le livre est écrit après l'exil.

tion, mais j'estime que la foi à l'Israël éternel fut lune des colonnes de la religion juive. 11 semble même que, de ce temps, comme à l'époque romaine, cetle croyance provoquait la folie des patriotes exaltés.

Les chapitres, qui traitent de la Restauration, ne dépeignent pas du tout la situation réelle du peuple à cette époque. Jérémie ne sort pas du cadre du vieux messianisme : le royaume de David est rétabli : les deux parties de la nation sont réunies.

XXXI, 4. « Je te restaurerai encore, vierge d'Israël! Oui, » tu seras restaurée; tu viendras encore en parure, avec ton » tambourin, te mêler aux chœurs joyeux.

5. » Tu planteras encore des vignes sur les coteaux de » Samarie, et ceux qui les planteront jouiront aussi des » fruits.

6 » Oui, il y aura un jour où les sentinelles, sur les hau- » teurs d'Éphraïm, crieront : Allons monter à Sion, vers » Jéhova, notre Dieu.

9 » Ils viennent en larmes et en prières, je les conduis... » car je redeviens pour Israël un père, et Éphraïm est mon » premier-né. »

20 « Éphraïm èst-ildonc pour moi un fils si chéri, un » enfant favori? Car, toutes les fois que je parle contre lui, >> jereviens]à m'en souvenir; aussi mes entrailles sont-elles » émues en sa faveur et j'aurai pitié de lui, parole de l'É- » ternel ! »

On pourrait multiplier les exemples : le prophète sépare rarement les deux parties de la nation dans ses espérances d'avenir.

L'hostilité des gens d'Éphraïm et des Judéens a existé à

toutes les époques. 11 n'y a aucune raison de supposer qu'elle ait cessé à la Restauration et que le récit du livre d'Esdras soit faux. Tout porte à croire, au contraire, qu'à celte date, le pays du nord avait réparé ses pertes, et que ses habitants devaient être plus jaloux que jamais des clans du sud '.

Il est invraisemblable que Jérémie soit un écrivain postexilien décrivant ce qu'il voit. Encore moins pourrait-on concédera M. Havet, que le prophète soit contemporain des Séleucides*.

Le tableau de l'idolâtrie, que donne Jérémie, ne saurait convenirà une autre époque. M. Vernes dit 8 : « C'est au » lendemain de la catastrophe que Ton pensa ne pouvoir » motiver l'abandon de la faveur céleste que par une infi- » délité constante et obstinée. »

Dans mon système la difficulté disparaît, en grande partie. En effet, j'estime que lejéhovisme judéen ne fut jamais pur (avant Josias) et que Jérusalem fut, comme toute ville cosmopolite, très peu portée à la dévotion 1 .

Jérémie reproche à ses concitoyens d'adorer les dieux étrangers. M. Vernes dit que le prophète parle de ces cultes d'une manière trop vague ; il n'a pas tout à fait raison, car

1. H faut tenir grand compte, dans l'histoire, de l'opposition des mœurs et des conditions économiques. Rien ne ressemble moins à la stérile Judée que les riantes vallées de la Kabylie samaritaine. Dans tous les temps, les populations de ces deux régions ont été ennemies.

2. A cette époque, le schisme samaritain existait dans sa dernière formé : nous savons, d'une manière certaine, que l'hostilité était très grande entre les deux religions.

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