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4. On connaît les fabliaux du moyen âge sur Rome et l'absence de foi de ses habitants.
nous trouvons dans ce livre d'intéressants renseignements surRabbat et sur Moloch. Les historiens grecs et romains, qui écrivaient en prose et pour décrire, sont souvent moins précis.
D'après M. Vernes, le vague, qui se trouverait dans le langage du prophète, provient de ce qu'il parle d'événements fort anciens, qu'il connaît mal. J'ai montré qu'à cette époque les Judéens s'abandonnaient aux pratiques de l'idolâtrie phénicienne; celle-ci a peu changé à travers les âges. Après le retour, un écrivain judéen avait certainement plus d'occasions de connaître, en détail, les rites phéniciens, que n'en avait eu un auteur anté-exilien. Ce dernier ne les avait vus qu'à Jérusalem, tandis que l'autre pouvait les étudier dans les grands temples païens. L'argument serait donc plutôt en faveur de la chronologie ancienne.
Il faut remarquer, au chapitre XIX, un passage qui serait invraisemblable chez un prophète post-exilien.
Jéhova dit :
4. « Puisqu'ils m'ont abandonné et qu'ils ont aliéné ce » lieu-ci, en y brûlant de l'encens à des dieux étrangers, » dont ils ne savaient rien eux et leurs pères et les rois de » Juda, et qu'ils ont rempli ce lieu-ci du sang des inno- » cents;
5. » Et qu'ils ont construit des lieux saints à Baal, pour y » faire consumer leurs enfants parle feu, en guise d'holo- » caustes à Baal, chose que je n'avais ni commandée, ni » dite, et qui ne m'était jamais venue à F esprit.... »
On doit observer la triplicité de l'argument, qui rappelle la triplicité de l'enseignement deutéronomique. 11 y a les commandements, les paroles etles choses que la tradition
rapporte à \&pensée de Dieu (telles que celles du rituel). Au temps de Jérémie, il pouvait y avoir des gens pour prétendre que le rite molochique était un puissant moyen d'intercession auprès de Jéhova 1 . A cette époque, le mélange des cultes était très prononcé à Jérusalem, comme je l'ai dit ailleurs. Après l'exil, un orateur sacré n'aurait pu s'exprimer de la sorte.
A mon avis, le culte molochique n'a pu se développer que dans les dernières années du royaume de Juda : j'en ai donné la raison. Le prophète pouvait donc dire que l'on brûlait de l'encens à des dieux étrangers, inconnus jusque là, sans qu'il y eût eu de révélation, de tradition ou de texte législatif (eux, leurs pères et les rois de Juda) pour autoriser cette innovation.
Après les réformes d'Esdras, les principes ritualistes ont pris une place prédominante dans l'histoire juive. La religion devint plus sévère de jour en jour : on attachait une importance quelquefois puérile aux règles du culte. On ne peut comprendre qu'un prophète post-exilien se soit permis de parler comme le fait Jérémie : ¥
VIL 12. « Voici ce que dit l'Éternel, le Dieu d'Israël : » Mettez vos holocaustes avec vos autres sacrifices, et man- » gez-en la chair!
22. » Car je n'ai point parlé à vos pères et ne leur ai point » donné des ordres, lorsque je les ai fait sortir du pays
i. Dans l'antiquité païenne, on croyait qu'on pouvait quelquefois forcer les dieux & intervenir, en réveillant leur attention par des actes effroyables. On retrouve cette croyance dans quelques superstitions modernes : il parait que les Napolitains injurient Saint Janvier, quand le sang ne se liquéfie pas assez vite à leur gré.
» d'Egypte, au sujet des holocaustes et des sacrifices.
23. » Mais voici ce que je leur ai ordonné ; j'ai dit : Écou-
» tez ma voix et je serai votre Dieu et vous serez mon peu-
» pie »
J'ai déjà eu l'occasion de parler de la prédication antiritualiste d'Amos et d'Ésaïe. A l'époque de Jérémie, on était persuadé que Jéhova était tenu de protéger la montagne du Temple, en raison des sacrifices qu'on lui offrait. C'était là une idée païenne, que l'on retrouve chez presque tous les peuples de l'antiquité.
La pensée de l'auteur est bien expliquée par ees autres versets :
VH, 10. «Et puis vous venez vous présenter devant moi » dans celte maison à laquelle est attaché mon nom, et » vous dites : Nous sommes en sûreté pour commettre en- )> core les mêmes abominations.
11.» Est-ce donc, à votre gré, un repaire de scélérats que » cette maison, à laquelle est attaché mon nom?...
12. » Mais, allez-donc à ma demeure qui était à Silo, où » j'avais autrefois établi mon nom, et voyez ce que j'en ai » fait, à cause de la méchanceté de mon peuple d'Israël 1 ! »
i. Osée (V,6) annonce que Juda et Éphraïm seront frappés:
Avec leurs moutons et leurs bœufs Ils iront chercher l'Étemel ; Mais ils ne le trouveront pas :
Il s'est séparé d'eux!
M. Reuss croit qu'ici le prophète reproche aux Juifs de ne pas suivre le rituel, qui n'admettait pas les animaux châtrés. J'etUne que l'auteur reot dire que les Juifs offriraient en vain ce qu'il y a de plus beau, de plus délicat des* leurs troupeaux.
LES PROPHÈTES 3l3
Le rituel du temple est placé par le prophète en seconde ligne. Cela devait être, si on admet le système que j'ai proposé : j'ai, en effet, distingué la Loi de Moïse et les pratiques judéennes. Jérémie ne condamne pas la liturgie de Jérusalem, mais il ne la considère pas comme étant l'élément essentiel de la Loi. Il sait qu'elle ne remonte pas à Moïse, d'une manière certaine ; elle est de tradition ecclésiastique f .
Les œuvres sans la foi sont choses vaines (si Ton peut appliquer à cette époque une idée qui appartient surtout au christianisme). Ésaïe avait dit :
1, 15. Aussi, quand vous étendez vos mains, Je voile mes yeux devant vous ; Dussiez-vous multiplier vos prières, Moi je ne vous écoute pas :
Vos mains sont souillées de sang.