LA. LUTTE CONTRE LES BAALIM
I. Le mélange des races et des cultes. — Les Baalim cananéens. — Gèdéon.— Jephté; son message aux Ammonites. — Les Baalim phéniciens. — Les Kédeschot. — La fille de Jephté.
Tout le mobde reconnaît aujourd'hui que l'histoire de Josué a été arrangée, dans le but de satisfaire des idées théoriques. En réalité, les Cananéens restèrent très nombreux, en Palestine. Il semble que les anciennes populations habitaient les villes fortifiées.
Les Israélites ont été toujours, essentiellement, agriculteurs. La Loi règle, surtout, des questions rurales : la population semble avoir été, de longue date, répartie sur de petits héritages. Dans les communautés israéliles, l'esprit de famille et celui de fraternité étaient exceptionnellement développés.
On sait que Jérusalem resta cananéenne jusqu'à David. A Sichem, il devait exister une population aborigène très nombreuse; il y avait, dans cette ville, un temple de Baal-
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Berith. L'histoire d'Àbimélek, fils de Gédéon, nous dépeint une lulte des Israélites campagnards contre les gens des villes. En Orient, celte opposition de races et de coutumes . existe, encore bien souvent, entre les deux groupes de la population.
Dans les villages, il se produisit ce qui a lieu dans tous les pays où il y a plusieurs religions. Le contact amène des mélanges, souvent bien singuliers. Les Musulmans, malgré leur fanatisme exclusif, font, dit-on, quelquefois des prières et des offrandes aux Saints chrétiens et notamment à Saint- George.
Là, où il n'existait pas de réunions de prophètes ou de khouans (pour employer l'expression moderne), les paysans devaient être facilement entraînés à suivre le culte des divinités rustiques du pays.
Les cultes locaux ne peuvent jamais disparaître du jour au lendemain. On retrouve encore en Europe des usages qui semblent avoir traversé tout le Moyen-Age et qui peuvent se rattacher au paganisme.
11 résulte de plusieurs témoignages que, dans beaucoup de cas, les anciens Israélites croyaient pouvoir allier la croyance jéhovique à la participation à certains rites baaliques.
Le livre des Juges nous apprend (VI, 30) qu'il y* avait, à Ofrah, une statue de Baal; lorsque Gédéon la détruisit, les gens du village voulurent le tuer.
Gédéon est souvent désigné sous le nom de Jéroubaal, mot d'une explication difficile; on le traduit habituellement « Que Baal plaide ». Cette explication n'est pas satisfaisante; on a trouvé le même nom chez les Phéniciens, qui ne de-
vaient pas le prendre comme un terme dédaigneux pour leur dieu 1 .
Celte histoire présente, d'ailleurs, une particularité bien curieuse : le héros est presque toujours nommé Gédéon dans une partie du livre des Juges et Jéroubaal dans l'autre. Du yerset H du chapitre VI au verset 33 du chapitre VIII, on trouve 32 fois le nom de Gédéon et 2 fois seulement le nom de Jéroubaal; deux fois les deux noms sont accolés. Le cri de guerre est « l'épée de Gédéon ».
Ce point est essentiel à remarquer.
Dans l'histoire d'Abimelek, il est souvent question de Gédéon ; mais le héros est presque toujours désigné sous le nom de Jéroubaal. Dans Samuel, Gédéon est appelé Jérouboset (2* Samuel, XI, 21). 11 est très vraisemblable qu'il y avait plusieurs sources pour cette histoire. Les deux auteurs avaient désigné le héros suivant les usages locaux. Dans le midi les noms baaliphores furent longtemps moins odieux au peuple que dans le nord.
On doit, cependant, remarquer l'attachement que montrèrent les gens d'Ofrah pour leur Baal rustique. 11 est bien présumable que les cultes anciens restèrent, en effet, longtemps populaires. On peut admettre que cette situation dura jusqu'au temps de Samuel. Ce prophète, grâce à sa confrérie de disciples, put exercer une influence considérable. Les cultes cananéens paraissent avoir complètement disparu après sa mort.
Dans l'histoire de Jephté, on trouve un épisode qui a été, très souvent, interprété dans un sens peu favorable au jého-
1. L'histoire de Gédéon est un des épisodes les plus obscurs de cette période.
RECHERCHAS SUII L'HISTOIRE DU MOSAISME 53
visme de ce temps. Le héros envoie un message au roi des Ammonites pour lui dire : « Ce que Kamos, ton Dieu, te fait » gagner, tu le gardes, eh bien, nous aussi, nous gardons ce » dont Jéhova, notre Dieu, a dépouillé les autres, en notre » faveur. » (Juges, XI, 2 i). Ce passage est susceptible d'une interprétation différente de celle qui est acceptée généralement. Kamos n'était pas le dieu des Ammonites, mais celui des Moabiles. Il y a lieu de penser que Tabréviateur, transportant en prose un poème populaire antique, ne Ta pas bien compris. Le mot Kamos se traduit par « dompteur »; d'autre part le mot Élohim est souvent employé comme signifiant puissance. Il est probable que le texte primitif disait: « Ce que ta puissance a dompté, tu le gardes... »
Après la destruction presque complète des cultes cananéens, on vit se produire une autre guerre religieuse, extrêmement redoutable. La cour, les classes riches étaient en relations avec les Phéniciens et les Égyptiens. Les premiers ont été les plus grands propagateurs religieux que l'on connaisse. Ils n'envoyaient pas des missionnaires, mais ils étaient grands marchands d'idoles, d'amulettes et de figures magiques.
Il faut reconnaître que la religion mosaïque était, peutêtre, trop virile pour les populations auxquelles elle s'adressait; elle ne donnait aucune satisfaction à la femme, qui ne peut guère, en général, comprendre les beautés supérieures de la Bible. Toutes les personnes qui s'occupent de questions religieuses connaissent la grande influence exercée par les femmes, à toutes les époques. Elles sont incomparables pour la propagande. La femme des classes riches se nourrit de livres aussi peu bibliques que possible
On comprend facilement l'ardeur qui poussait les femmes juives vers la religion phénicienne. 11 leur plaisait d'avoir le culte des images, le culte des morts, des confréries de femmes, des hymnes où l'amour mystique sert à éveiller l'amour physique, des prêtresses-sorcières composant des philtres. 11 a fallu chez les Juifs beaucoup de foi pour combattre l'influence féminine, si pernicieuse au point de vue religieux.
En Egypte, Jérémie voulut empêcher les femmes de faire des oblations à Rabbat (XLIY). Elles s'insurgèrent contre lui et soutinrent que le pays avait été prospère, tant que ce culte avait été librement célébré. On doit remarquer que les familles auxquelles s'adresse le prophète appartenaient à la noblesse de Juda. Les cultes phéniciens devaient surtout être pratiqués par des dames, qui avaient des relations avec Tyr et qui y prenaient le mot d'ordre pour leurs, modes.
La Judée a connu les honteux dévergondages des Kédeschot. Toutefois celte importation parait avoir eu un succès très limité. Le résumé, dans lequel le rédacteur du livre des Rois (2 e livre, XVII, 7-23) rappelle tous les crimes commis par le royaume d'Israël, ne dit pas un mot de cette coutume.
On ne saurait, raisonnablement, trouver une allusion aux Kédeschot dans les mots « s'étaient vendus pour faire ce qui « déplaisait à l'Éternel et pour l'irriter. » (17). Cette même expression se trouve (1 er Rois, XXI, 20) dans un discours d'Élie au roi Achab. On ne peut attacher qu'un sens figuré à cette expression « se vendre ».
On connaît, avec certitude, l'existence de ces pratiques, à
Jérusalem. Josias chassa de la cour du Temple les hiérodules, qui y tissaient des tentes. Ézéchiel (VIII, 15) parle de femmes qui pleurent Tammuz. Il est évident, toutefois, que ces cultes n'eurent pas une grande influence, parce qu'autrement les prophètes s'en seraient plus souvent plaints.
Il existe, dan s la Bible, un épisode qui semble se rattacher au culte d'Adonis par les femmes. Le livre des Juges parle d'une fête, durant laquelle les jeunes vierges d'Israël allaient pleurer la mort de la fille de Jephté. 11 est bien difficile de regarder comme rigoureusement historique l'histoire de ce héros galaadite. Tout le récit porte le caractère de l'analyse d'un poème populaire.
Le serment de Jephté est vraiment inadmissible, tel qu'il est raconté. Depuis des siècles, on a fait des efforts pour faire disparaître ce sacrifice humain. Je crois que l'on peut se rendre compte de cet épisode de la manière suivante.
Jephté est un chef de brigands, que les Galaadiles choisissent pour leur chef. Avant de partir pour une guerre sainte, il jure de tuer la première Kédescha qu'il rencontrera, de manière à purifier le territoire d'Israël de l'ignominie cananéenne. Quand il rentre dans la ville de Miçpah, sa fille vient au devant de lui, avec une bande de musiciens et de danseurs.
Cette jeune fille ne pouvait avoir reçu une brillante éducation, étant donnée la situation de son père. Cependant, en Orient, une jeune fille ne saurait danser devant deshommes sans se déshonorer. La fille de Jephté se mêle à une bande d'aimées ; ce fait ne paraîtra pas étrange, si l'on suppose que cette troupe sortait d'un temple d'Astarté. Dans
les fêtes syriennes, les jeunes filles se joignaient aux hiérodules.
L'infortunée tombe sous les coups de la vengeance paternelle. L'auteur nous fait remarquer qu'elle avait encore sa virginité. Celte observation serait tout à fait oiseuse, si le récit de la fête [où elle était mêlée] n'avait éveillé, dans l'esprit des lecteurs anciens, l'idée qu'elle avait sacrifié sa virginité dans le temple, à la mode syrienne.
Ce qui doit surtout nous arrêter c'est la fête annuelle, durant laquelle les filles d'Israël chanlaienlla fille de Jephté ; elle durait quatre jours, mais nous n'en connaissons pas la date (Juges, XI, 40). On a le droit de penser que cette solennité, uniquement féminine, se rattachait à la fête syrienne.
11 y a toutefois deux différences importantes : dans le mythe païen, on pleure un jeune homme, admirablement beau , tandis qu'ici il s'agit d'une vierge ; — dans les temples païens, cette solennité se rattache à la prostitution la plus éhontée, tandis qu'ici on chante la chasteté de la fille d'Israël.
Si ce rapprochement est justifié, il démontre combien la Loi mosaïque avait transformé les mœurs et les idées du peuple, dès les temps antiques. Le mythe aurait été, en quelque sorte, renversé, tout au profit de la poésie et de la morale. Nous pouvons en conclure que les fêles adonisiaques ont disparu de très bonne heure et que, si on a vu, sous les rois de Juda, des Kédeschot dans le Temple, c'était par suite du système d'imitation à outrance de la Phénicie.
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II. Étie. — Caractère particulier de son histoire. — Il est inconnu en Judée. — C'est un héros national. — Le sacre de Jéhu. — Tolérance des rois ju dèens. — Moloch. — Interprétation du rite molochique.
C'est Élie qui a mené, avec le plus d'éclat, la lutte contre les Baalim phéniciens. Son histoire est l'épisode le plus intéressant du livre des Rois; malheureusement elle est écourlée et bien souvent mal arrangée.
Le personnage d'Élie dépasse de beaucoup les proportions d'un personnage historique. Quelques auteurs se sont crus autorisés à révoquer en doute son existence, tant elle leur paraissait invraisemblable.
On doit remarquer la place importante occupée par Élie, dans le livre des Rois, bien que le narrateur ait surtout en vue ce qui intéresse Jérusalem. Le prophèle n'a jamais mis les pieds dans la ville sainte de David; il n'a jamais engagé ses disciples à s'y rendre. Quand il fuit Jézabel, il Iraverse le désert pour aller au mont Horeb. Sa montagne suinte est au Sinai.
Les prophètes judéens semblent ignorer l'existence d'Élie. Jérémie (XV, 1), ayant à citer les noms de deux hommes particulièrement privilégiés, parle de Moïse et de Samuel. Malachie (IV, 5), dit : n Je vous enverrai le prophète » Élie, avant que ne vienne le grand et redoutable jour de » TÉlernel. » Malachie écrivait après le retour de la captivité. Les Chroniques (i% XXI, 12-15) rapportent une prophétie d'Élie sur un roi de Juda; mais ce livre est relativement moderne. Élie a passé sa vie dans le nord et a vécu absolument indifférent à Jérusalem.
L'introduction de sa légende dans le livre des Rois [dont le rédacteur est un hiérosolymitain fanatique] est donc bien remarquable et montre quelle importance devaient avoir les récits primitifs, qui ont servi de sources à l'historien.
La légende d'Élie ne peut avoir été Faite par des scribes et des docteurs : ce ne sont pas eux qui auraient imaginé des scènes grandioses, comme celles de l'IIoreb et du Carniel. Un poème de celte envergure est nécessairement une création nationale. On sent que le prophète a provoqué, au milieu d'Israël, un enthousiasme profond. Son histoire a été recueillie par des fanatiques et arrangée par l'imagination populaire.
Quelque chose d'analogue a eu lieu pour le patriarche séraphique. A côté de son histoire, existe une légende très touffue ; elle s'est produite, de la manière la plus naturelle, dans un milieu enthousiaste.
Le roi Àchab, malgré l'influence exercée sur lui par sa femme, se courbe devant l'autorité du prophète: c'est que celui-ci incarne l'instinct populaire et que le peuple est passionnément attaché à sa foi.
La reine est une femme énergique et courageuse; elle protège les Baalim, mais il est probable qu'elle se contenterait de la tolérance. Elle est irritée de voir des mendiants fanatiques venir braver son autorité et mépriser sa dignité, dans son propre palais.
Jéhu n'avait pas de qualités pouvant le désigner au choix des soldats. Un mendiant vient au camp ; les officiers se moquent du nouvel arrivant, qu'ils traitent de fou. Jéhu sort un instant avec le derviche; il rentre en annonçant qu'un disciple d'Elisée vient de le sacrer roi d'Israël. La scène change
à l'instant; ces mêmes hommes, qui riaient du mendiant, se lèvent pleins d'enthousiasme; ils sonnent la trompette et saluent Jébu comme leur roi. Le nom d'Élie a produit cet effet magique.
On dira que ce ne sont pas là des faits rigoureusement historiques; mais, plus on accusera le caractère légendaire de ces récils, plus on démontrera la popularilé du personnage d'Élie. Il ne suffit pas de dire : c'est un conte, il faut expliquer d'où vient ce conte et pourquoi il a été conservé.
Élie incarne toutes les passions religieuses d'Israël: c'est un second Moïse ; la tradition s'est plue à rapprocher les deux personnages. Le peuple a imputé à son héros favori toutes les haines et toutes les colères qu'il éprouvait, en voyant les autels de Baal.
11 est clair qu'à l'époque d'Élie, les cultes cananéens avaient complètement disparu; il n'en est plus question dans sa légende. Une nouvelle lutte avait commencé: les jéhovistes prolestaient contre les Baalim phéniciens, introduits en Israël par l'aristocratie et par la cour.
En Judée, on ne trouve pas de figures qui rappellent Élie ; il semble même que les prophètes durent souvent se taire ou que le peuple ne ressentit pas une haine bien vigoureuse contre les Baalim. Dans le royaume du midi, la ville de Jérusalem occupait une place prédominante. C'était une très grande place marchande, parfaitement placée, offrant de grandes ressources, où se trouvaient beaucoup d'artisans et beaucoup d'étrangers.
Des considérations politiques forcèrent tous les rois, antérieurs à Josias, à montrer une très grande tolérance. Le* temples idolâtriques, élevés par Salomon, en face de Jéru-
salem, aux dieux des Ammonites et des Moabites, étaient des lieux de réunion pour les nombreuses caravanes de ces tribus, qui venaient à Jérusalem pour s'approvisionner. Il n'est pas certain que Salomon ait sacrifié à ces idoles; il aurait, dans ce cas, élevé les temples plus près de son palais.
La population comprenait, d'un côté, une aristocratie de cour et, d'un autre côté, un peuple très nombreux d'artisans: ceux-ci ne pouvaient pas voir d'un mauvais œil la liberté, qui régna si longtemps; ils goûtaient fort les religions qui font vendre des images. Toule celte population ne pouvait pas ressentir les haines fortes et saintes d'une démocratie rurale. Ou s'explique ainsi qu'aucun prophète de Jérusalem n'ait assez frappé l'imagination populaire pour avoir été entouré d'une auréole semblable à celle d'Élie. *
Beaucoup pratiquaient les deux cultes; Jérémie nous l'apprend (VII, 9-1 6) ; il nous montre des Judéens, qui, après avoir sacrifié à Baal, reviennent au Temple et croient y trouver un refuge assuré. En réalité, il y avait une assez grande indifférence religieuse, ce qui se comprend très facilement, eu égard au genre def population de la ville.
La disparilion de la royauté et de l'aristocratie fut un bienfait pour les Juifs. Les hommes modestes, laborieux, honnêtes, qui revinrent, avec Zérobabel et Esdras, et qui se groupèrent enfin autour de Néhémie, sauvèrent à tout jamais la religion.
Les prophèles parlent souvent d'enfants passés par le feu, en l'honneur de Moloch: on ne connaît cette coutume avec certitude qu'à Jérusalem. Le deuxième livre des Rois (XVII, 17) dit qu'Israël fit passer les enfants par le feu; mats,
comme il n'en est question dans aucune autre partie du livre, non plus que dans les prophètes, cela doit être regardé comme une notice très douteuse. Nous savons, au contraire, que cette coutume (il fureur à Jérusalem, sous les derniers rois; on peut conclure, de ce premier examen, que c'était une coutume phénicienne, d'importation récente.
Les sacrifices d'enfants étaient d'usage en Phénicie; mais on ne les pratiquait que dans des cas extrêmement rares. On ne peut pas admettre qu'il s'agisse réellement d'enfants brûlés, toutes les fois qu'il est parlé d'enfants passés parle feu. Dans Jérémie, il est question de véritables holocaustes; mais les temps étaient si durs et les calamités delà guerre si répétées, que ces sacrifices étaient naturels à ce moment.
Je ne crois pas que Ton ail encore examiné quel pouvait être le sens du mythe de Moloch. On a admis que ce dieu Ggure le soleil brûlant; mais, d'autre part, les Grecs nous apprennent que les enfants étaient brûlés en l'honneur de Kronos-Saturne. On ne comprend pas très bien, pourquoi le soleil aurait demandé des sacrifices d'enfants; il semble, d'après les analogies, qu'il eût été plus convenable de lui offrir des hommes faits ou des vierges nubiles.
On sait que, chez les Phéniciens, il y avait, comme presque partout, des dieux nains: le culte de ces divinités métallurgiques était mystérieux; on comprend que ces dieux pygmées aient demandé des enfants. Le rapprochement du nom de Saturne et de ce genre de sacrifice donne à penser que le mythe essentiel de Moloch se rapportait à la coupellation du plomb argentifère.
Les Phéniciens exploitaient ce métal, àTarsis; les pro-
phètes hébreux connaissaient cette opération et y font plusieurs fois allusion. Ézéchiel, voulant donner l'idée d'une lumière dont l'éclat dépasse tout ce qu'on peut imaginer, compare les roues du char céleste à la pierre de Ta r si s, c'est-à-dire à l'argent dans le bain de coupellation. Il est tout naturel queMoloch, ayant été conçu comme le dieu de la lumière, dans sa force la plus étonnante, ait eu pour symbole ce bain, dont la blancheur est en effet incomparable. Durant l'opération, au fur et à mesure que l'air arrive, le métal semble dévoré par le feu, tant il se réduit par l'élimination des scories de plomb. Cette métallurgie a dû frapper les anciens plus qu'aucune autre; il n'y a rien d'étonnant à ce qu elle ait été l'origine d'un mythe.
Moloch aurait donc été le feu métallurgique ; il aurait été ainsi le dieu de corporations puissantes, qui devaient chercher à garder leurs secrets. Les Israélites ne paraissent pas avoir été de grands ouvriers en métaux, ce qui se comprend, parce qu'ils n'avaient pas de matière première. Le culte de Moloch, importé de Phénicie, devait être l'apanage des classes riches de la société.