‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 8 sur 74 · SAUL · texte numérisé non relu

SAUL

. Rencontre de Saîil et de Samuel. — • Ce qu'était ce prophète. — Faiblesse des tribus du midi. — La tribu de Benjamin est en dehors du jéhovisme. — Mauvais accueil fait aux prophètes.

L'histoire de Saiil offre un très grand intérêt historique ; elle permet d'étudier de près l'état des idées religieuses à cette époque. Malheureusement, les écrivains judéens ne sont pas bien disposés pour ce roi et leurs récits ne brillent, certainement, ni par l'exactitude, ni par l'impartialité.

On possède trois narrations assez difficiles à concilier, sur l'investiture de Satil : la plus importante est la première, qui est bien connue. Les ânesses de Kis s'étant égarées, Saiil se met à leur recherche, avec un domestique de son père. Après une course infructueuse, ils songeaient à revenir, quand l'esclave lui dit: « Vois-tu, il y a un homme de Dieu dans cet endroit, un homme vénérable ; tout ce

n qu'il dii arrive sans faule. Or allons-y; peut-être nous » indiquera-t-ille chemin que nous devons suivre. » Nos deux compagnons s'interrogent, pour savoir ce qu'ils vont offrir au devin, et le serviteur dit : « Vois-tu, il se trouve » que j'ai sur moi un quart de sicle d'argent ; je veux le » donner à l'homme de Dieu pour qu'il nous indique notre » chemin. » (l <? Samuel, IX, 6-8.)

Celle scène célèbre nous transporte dans un monde parfaitement connu de toutes les personnes qui ont vu l'Orient. Samuel est un marabout, auquel des gens simples vont demander le service d'un devin et auquel on remet une aumône.

Samuel annonce à Satil sa destinée; mais il est si peu. connu du jeune homme que celui-ci pourrait douter de la parole du Voyant. Samuel lui prouve la véracité de ses oracles par des signes : il lui apprend quels seront les incidents d.e son retour; il lui Fait connaître qu'il rencontrera une troupe de prophètes et qu'à partir de ce moment l'esprit de Dieu sera sur lui.

Tout le monde sait que le prophélisme n'est pas un phénomène spécial h Israël : il existait chez les autres Sémites et s'est conservé, de nos jours, chez les musulmans. Dès qu'un homme a acquis une grande réputation de sainteté, il est sacré marabout par la voix populaire et il ne tarde pas à voir des disciples se réunir autour de sa zaouïa. Il se constitue une confrérie d'adhérents (khouans), qui vivent sous la dépendance du mattre et propagent ses idées et ses prières.

En Israël, les grands Nabis ont eu leurs disciples, comme les saints musulmans; à plusieurs reprises, il en est fait

mention. Ces associations vivaient indépendantes les unes des autres et leur puissance disparaissait, le plus souvent, quand il n'y avait plus de chef célèbre à leur tête.

Lesexercicesreligieux.de ces associations ne paraissent pas avoir beaucoup différé de ceux qui sont encore en vogue, chez les derviches musulmans : des prières, des chants, quelquefois des danses. Chez les Israélites, la danse n'a jamais été bannie des cérémonies ; on sait qu'à la fête des tabernacles de graves docteurs se livraient à des ébats qui paraîtraient aujourd'hui peu conciliables avec la dignité de leur personne.

Durant la période des Juges, presque tous les héros nationaux avaient appartenu aux tribus du nord. Othoniel, fils de Kénaz, était du sud, mais on n'est pas bien sûr qu'il fût Israélite ou Quénite. Éhud, (ils de Géra, était Benjaminite, mais il semble avoir commandé les Éphraïmites. (Juges. III, 27). Les populations du midi étaient assujetties, en grande partie, aux Philistins. Lorsque Satil est attaqué par ceux-ci, il ne peut armer ses soldats ; il n'y avait pas de forgerons dans le pays (1 er Samuel, XIII, 19-21); les Philistins, pour tenir plus facilement les Israélites, leur interdisaient, même, d'avoir chez eux des taillandiers. Les Hébreux, à l'approche de leurs ennemis, s'étaient cachés dans des cavernes, se sentant incapables de tenir campagne contre eux. Tout près de Gibéa était une colonne des Philistins ; sa destruction par Jonathan amena la guerre. C'était soit un trophée, soit plutôt un symbole religieux affirmant leur suprématie.

Dans l'histoire de Samson, les Judéens jouent un rôle qui serait odieux, s'ils n'avaient eu pour excuse leur fai-

blesse. Trois mille hommes de Juda vont à la roche d'Etam et disent au héros : « Ne sais-tu donc pas que les Philistins » sont nos maîtres ? Pourquoi as-tu fait cela? » (Juges, XV, 1 1). Les malheureux spnt effrayés de voirie terrible Danite chercher refuge dans leur pays et les exposer à la vengeance de leurs maîtres.

Samuel avait passé presque toute sa vie sur les frontières du pays de Benjamin; c'était un Éphraïmite. Il avait, sans doute, une grande influence dans son pays et dans les régions où étaient établies des zaouïas de sa confrérie ; mais son nom n'avait pas pénétré dans la région où vivait Sattl.

Cette situation paraît bien étrange, parce qu'on a peine à se faire une idée exacte de la condition vraie de beaucoup de populations, au point de vue religieux. Le besoin de dogmes et de pratiques bien réglées ne se fait jour qu'avec un certain degré de civilisation. Aujourd'hui encore, on compte, parmi les peuples musulmans, un très grand nombre de tribus, qui ne le sont guère que de nom : on n'y trouve ni écoles, ni mosquées, ni derviches. Ces gens savent la formule fondamentale de l'islam, se livrent aux pratiques magiques des sorciers, mais ne connaissent le Coran que de réputation.

Nous pouvons très bien nous figurer les Benjaminites de l'époque d'après ces types. Le livre des Juges renferme sur eux une légende [bien discutable, sans doute], où ils jouent un rôle fort peu honorable : c'est à Gibéa même que s'était produit le crime qui amena la ruine presque complète de la tribu.

On a vu que Salil ne connaissait pas Samuel et que, dans

son pays, on n'en avait entendu parler qu'à titre de devin à gages. La scène de la rencontre de Saûl et des prophètes est extrêmement caractéristique. Quand il arrive àGibéa, il rencontre des Nabis venant au devant de lui : l'esprit de Dieu le saisit et il se met à chanter au milieu d'eux. « Et » quand ceux qui le connaissaient antérieurement le virent » chantant avec les prophètes, les gens se dirent les uns » aux autres : Qu'est-il donc arrivé au fils de Kis ? Saûl » serait-il aussi parmi les prophètes ? Et quelqu'un de là » prit la parole et dit: Et qui est leur père à eux? » (1 er Samuel, X, 10-12.)

Les notables de Gibéa sont choqués de voir le fils d'un homme considérable se compromettre avec des derviches vagabonds, dont on ignore même la famille : c'est ce qu'indique d'une manière très nette cette question : « Et qui est « leur père à eux? » Les gens du pays de Benjamin n'avaient évidemment aucune relation avec Samuel et ses disciples. .

Les Benjaminiles étaient, d'après ce qui précède, de bien mauvais jéhovistes. On peut se demander s'ils Tétaient autrement que de nom. Après la bataille de Mikmas (1 er Samuel, XIV, 31-35) les hommes de Safil se jettent sur le butin et se mettent à manger de la viande, sans saigner les animaux. Il parait impossible que cet épisode ait été créé par le rédacteur définitif, parce qu'il tourne tout à la gloire de Satil. Le roi empêche ses soldats de commettre cette abomination, et l'on sait que l'auteur du livre de Samuel est peu favorable à Saiil. La loi du sang est certainement une des plus anciennes du judaïsme.

On pourrait objecter à cette théorie que Samuel était

fort connu dans le midi ; quand il vient pour sacrer David, il est reçu avec les plus grands honneurs, comme un prophète national (1 er Samuel, XVI). Je ne crois pas cette difficulté sérieuse, parce que le fait du sacre n'est pas regardé comme ayant une valeur historique.

II. — Les noms baaliphores dans la famille de Saùl. — Changement de Baal en Boset. — Saùl fut- il roi d'Israël? — Sa faiblesse. — Raisons de la légende sur sa royauté.

J'estime que l'opinion la plus vraisemblable est que la tribu de Benjamin vivait en dehors du jéhovisme et que, par suite, Satil a été un néophyte, choisi par Samuel, pour défendre le pays contre les Philistins.

Avant ces événements, Satil partageait l'indifférence religieuse de ses concitoyens : on s'explique ainsi qu'on puisse trouver dans sa famille des noms baaliphores. Il eut quatre fils, dont trois périrent avec lui. Isboset régna ; les Chroniques appellent ce fils Isbaal.

On pourrait rejeter le témoignage des Chroniques, mais le nom d'Isboset ne peut guère convenir au fils d'un roi. D'autre part le rédacteur du livre de Samuel a, de parti pris, remplacé le mot Baal par Boset dans les noms, c'est ainsi que Gédéon, appelé aussi Jéroubaal, est nommé Jérouboset (2 e Samuel, XI, 21). Le nom d'Isboset peut très bien avoir été formé en vertu de cette transformation systématique. Satil, avant sa conversion, peut avoir donné le nom dlsbaal à l'un de ses fils; plus tard, ce nom a certainement été changé, car il est question d'un fils du roi nommé Iswi; il est évident que c'est le m%me qu'Isboset. (I er Samuel, XIV, 49.)

Un fils de Jonathan, appelé Mephiboset par le livre de Samuel, est nommé Meribaal dans les Chroniques. Jonathan était évidemment dans la force de l'âge quand son père a commencé sa glorieuse carrière. Il était, très probablement, marié à cette époque et il a pu avoir un fils auquel on aura donné un nom baaliphore. Celte hypothèse n'est pas très sûre, car, d'après le 2° livre de Samuel (IV, 4), l'enfant, âgé de cinq ans, était tombé à terre pendant que sa nourrice s'enfuyait après le désastre de Guilboa.

Il est d'ailleurs très possible que le nom baaliphore n'ait jamais existé pour cet enfant. L'auteur des Chroniques, voyant qu'on avait changé Isbaal en Isboset, a pu se croire autorisé à lire Meribaal pour Mériboset, sobriquet donné au malheureux prince, pour rappeler, soit son infirmité, soit le désastre de la famille (mon maître est la honte).

Un des enfants de Saiil et de Riçpah porte également le nom de Mephiboset ; le livre des Chroniques ne dit pas qu'il eût une autre dénomination. Riçpah parait avoir été une esclave ; un de ses enfants peut avoir reçu le nom de Mephiboset, qui signifie « bouche de honte ». La dignité du personnage ne s'oppose pas, comme pour Isboset, à ce que ce nom soit vraisemblable.

On doit se demander si Saiil fut vraiment roi d'Israël. Il ne semble pas avoir joué un rôle plus considérable que la plupart des Juges. Personne n'admet que ces héros aient gouverné la nation entière ; ils étaient des chefs locaux. Nous avons cinq récits de guerres entreprises par SaûL Dans la première, contre les Ammonites, il marche avec 300,000 hommes d'Israël et 30,000 de Juda et il a réuni

ce monde en six jours ; on ne peut attacher aucune valeur à ces chiffres théoriques.

Dans la première guerre contre les Philistins, il n'a à Mikmasque 600 hommes mal armés ; la victoire est décidée d'une manière presque miraculeuse. Les Amaléciles ne semblent pas avoir été des adversaires bien dangereux : David avec 400 hommes fît sur eux une razzia formidable. Lors de l'affaire de Goliat, on voit l'armée de Satil effrayée par le géant à l'armure d'airain ; cela ne donne pas une idée bien élevée de l'importance des forces israélites. Tout cela serait invraisemblable si Satil avait été le roi de la Palestine.

La faiblesse de Satil apparaît bien dans sa lutte avec David : celui-ci n'a que 600 hommes et le roi est obligé de faire campagne contre lui, sans grand succès d'ailleurs.

Le fils de Satil est en guerre, durant tout son règne, avec David. On ne connaît qu'une seule bataille ; il est probable, que les autres étaient trop peu importantes pour être racontées. Il tombe 20 hommes du côté de Juda, 360 de l'autre (2° Samuel, If, 30-31); cependant le combat avait été très acharné et, des deux côtés, l'armée était commandée parles généraux en chef.

On comprend, très bien, dans quel but les Israélites ont tenu à ce que Satil fût roi. Après la mort de Salomon, la question de la légitimité fut posée et elle acquit une importance de jour en jour plus grande. Les Judéens prétendaient que les Isaïdes étaient la dynastie légitime, à laquelle tout bon Hébreu devait se rallier. On leur répondait que, David ayant détrôné la maison de Satil, le peuple avait pu chasser son petit-fils et se donner d'autres rois. Une fois cette tra-

dition bien établie en faveur de Saiil, les abréviateurs des livres historiques n'ont pas osé nier sa royauté, que des légendes, connues de tout le monde, rattachaient à Samuel. Ils ont dû se borner à dénaturer, autant que possible, ses actes, à inventer la légende de l'investiture de David par Samuel et à faire ressortir l'héroïsme du jeune Isaïde, au dépens de son beau-père.

III. Relations de Samuel et de Saùi. — La fête de Guilgal. — La malédiction des Àmalécites. — Humilité de Saûl devant Samuel. — Accès prophétiques de Saul.

Saiil se montre toujours très humble en présence du prophète. Avant la bataille de Mikmas, le peuple avait été convoqué pour un grand sacrifice à Guilgal. Samuel se fit attendre et le roi offrit la victime (1 er Samuel, XIII, 8-14). Le prophète ne reproche pas à Saiil d'avoir empiété sur les privilèges du sacerdoce. On ignore si Samuel était lévite et, à cette époque, tout le monde sacrifiait. [Saiil avait près de lui, à Mikmas, le prêtre Àhiyah, petit-fils d'Éli ; sans doute il devait être avec lui à Guilgal.] Samuel reproche au roi d'avoir désobéi à Tordre qu'il lui avait donné. 11 lui avait prescrit de l'attendre, il entendait que ses ordres ne fussent pas discutés. Nulle part, on ne voit, dd temps des rois de Juda, un prophète montrer de pareilles prétentions à l'infaillibilité. David et Salomon n'auraient pas toléré un pareil langage.

On ignore pourquoi Samuel voua les Àmalécites à l'interdit: ils avaient, sans doute, tué quelques-uns de ses disciples, car Samuel dit au roi Agag : « De même que ton épée a

» mis les mères en deuil, de même la tienne portera le » deuil de son fils ». (1 er Samuel, XV, 33). lis n'étaient pas en guerre avec les Israélites. Lorsque Saill les rencontre, ils sont campés tranquillement avec les Quénites ; ils ne se gardent pas et ils sont dispersés, à la suite d'une surprise. Les Quénites étaient, de tout temps, les alliés des Hébreux.

On ne connaît aucune cause de guerre ; d'après Fauteur, Samuel aurait invoqué, pour raison, des différends survenus plusieurs siècles auparavant. 11 est donc très présumable qu'il n'y avait aucune cause d'ordre national. Il est probable que Samuel avait à tirer une vengeance éclatante des Àmalécites, dans un intérêt purement religieux. On ne comprendrait pas autrement sa colère.

Ses ordres ne doivent pas être discutés : « Écouter vaut » mieux que le meilleur sacrifice ; obéir vaut mieux que la » graisse des béliers : car la désobéissance est autant que » le péché de divination et l'obstination est comme les » idoles etlestéraphim. » (XV, 22-23.)

L'altitude de Saul est remarquable : « J'ai eu tort de » transgresser le commandement de Jéhova et tes ordres; » c'est que, craignant le peuple, j'ai écouté leur avis. Mais » maintenant, pardonne ma faute et retourne avec moi, » pour que je me prosterne devant Jéhova. » (24-25) Le roi ne peut guère s'humilier davantage. Il parle comme un moine à son supérieur ; on remarque surloutla formule qui met sur la même ligne le commandement de Jéhova et les ordres de Samuel.

Plus loin, il dit encore: « J'ai péché! mais maintenant » honore-moi, en présence des sheikhs de mon peuple et » en présence d'Israël ; retourne avec moi, pour que je me

RECHERCHÉS SUR L'iilSTOIRE DU MOS4ISME 73

» prosterne devant Jéhova, ton Dieu ! » (30) L'expression Jëhova, ton Dieu, est bien remarquable ; on la retrouve dans le livre d'Ésaïe. Le roi Ézéchias, dans sa détresse [durant le siège de Jérusalem par Sennachérib], envoie son secrétaire et le plus ancien des prêtres, près du prophète, lui porter un message, où le roi dit : « Peut-être Jéhova,

» ton Dieu, a-t-il entendu » Cette expression a pour

objet de relever le rôle du prophète, considéré comme étant le seul interprète de Dieu. Dans ce moment si grave, le roi ne s'abaisse pas jusqu'à aller lui-même chez Ésaïe. Il lui dépêche un assez triste drôle, qui lui servait de secrétaire et sur lequel le prophète nous a laissé de bien mauvais renseignements. (Esaïe, XXXVII, 3-4.)

Toutes ces considérations nous font penser que Saiil n'était pas un roi, dans le sens vrai du mot, et qu'il était, visà-vis de Samuel, dans une situation tout à fait subordonnée. Leurs relations paraissent être celles d'un khouan vis-à-vis de son chef. Cette manière de comprendre les choses est confirmée par le vieux proverbe rapporté dans notre auteur: a Saiil est-il aussi au nombre des prophètes? » Le doute de l'interrogation est évidemment hypothétique et il est bien probable que, dans le dicton populaire, il n'existait pas.

On a vu, plus haut, que Saiil s'était livré au chant, avec une bande de prophètes, à Gibéa. Lorsqu'on vient lui apprendre le siège de Jabés de Galaad, il est pris d'un accès de délire : « Lorsque Saiil entendit cela, l'esprit de Dieu le » saisit et il fut dans une grande colère. » (XI, 6) Il devait avoir assez souvent des accès [que le narrateur a transformés, plus lard, d'une manière désobligeante pour lui]. Le

jeune David lui faisait de la musique, quand l'esprit de Dieu venait sur lui. On sait que c'était un usage très fréquent chez les Nabis de faire jouer un instrument à côté d'eux : Elisée demande un joueur de harpe, quand les rois de Juda et d'Israël viennent le consulter (2 e Rois, III, 15).

Lors de sa dernière visite chez Samuel, le roi fut pris d'un accès, qui semble avoir été fortement exagéré par le narrateur: « L'esprit de Dieu le saisit et, tout en cheminant, » il se mit à chanter, jusqu'à ce qu'il vint à Ramah. Puis » il ôta ses vêtements et chanta en présence de Samuel et » resta couché tout le jour et toute la nuit. C'est pour cela » qu'on dit : Saul est-il aussi au nombre des prophètes ? » (XIX, 23-24.)

Les relations de Saul avec les confréries de prophètes étaient assez intimes pour que le peuple eût conservé la Iradition de son prophétisme dans un proverbe.

La scène dans laquelle Samuel consacre Saul peut être regardée comme une initiation. Il l'embrasse et lui verse de l'huile sur la tête (X, I), actes éminemment symboliques qu'on ne peut guère reconnaître comme tenant de l'investiture royale. La consécration d'un roi ne peut être faite qu'en public ; on ne voit pas pourquoi Samuel ferait cela en secret, comme un conspirateur. En fait, on voit qu'il s'agit là d'un acte sacramentel, par lequel l'infusion de l'esprit va se faire chez Saul.

Presque tous les héros d'Israël sont en communication directe avec Dieu. David durant longtemps revêt Féfod et consulte Jéhova. Sattl est dans une situation inférieure, que l'on comprend très bien, elle était la conséquence de sa situation vis à vis de Samuel.

RECHERCHAS SUR l'biSTOIRE DU MOSAISME 75

IV. Zèle religieux de Saùl. — Les Gibéonites. — Les prêtres de Nob. — Causes de la colère de Saul. — Dispersion des disciples de Samuel. — La pytho" nisse d'Endor. — Mort de Saùl. — Ses funérailles.

Saul se montra extrêmement zélé pour la religion; durant tout son règne, il fut inexorable pour les devins et les nécromanciens. 11 est probable qu'il n'y avait pas eu de confréries prophétiques avant Samuel; ces associations sont toujours très fauatiques. On sait quelle influence exercent les khouans chez les musulmans.

C'est par l'affiliation de Saul à ces confréries que l'on peut s'expliquer la persécution exercée contre les Gibéonites. D'après la tradition, il avait cherché à les faire disparaître, par zèle pour Juda et Israël (2 e Samuel, XXI, 1-2). 11 faut s'entendre sur le sens du mot « faire disparaître ». 11 est bien probable que Saul leur donnait à choisir entre la circoncision et l'exil.

On doit remarquer que Saul n'eut qu'une femme et une concubine. Celle-ci était encore jeune, au moment de la mort du roi; il est très possible qu'il ne l'eût prise qu'après la mort de sa femme. Cette conduite est bien différente de celle de David et de presque tous les rois de Juda. La Thora a permis, très certainement, deux femmes, mais les Isaïdes ne s'en tenaient pas là.

La conduite de Saul vis-à-vis des prêtres de Nob est, certainement, ce qui parait le plus repréhensible dans sa vie. (1 er Samuel, XXII, 16-19).

Les prêtres de ce sanctuaire devaient se rattacher à la tradition de Silo. Abimelek était fils d'Ahitoub (XXII, 11) et celui-ci était petit-fils d'Éli : il est bien probable que ce prê-

tre est le même qu'Ahiyah, mentionné comme accompagnant Saiil à la bataille de Mikmas.

Comment le temple de Silo avait-îl disparu ? Rien ne l'indique. Il est bien probable qu'il avait été détruit par les Philistins ; la conduite des fils d'Éli avait été trop peu édifiante pour que ce lieu eût conservé un grand renom de sainteté. En tout cas, on ne voit pas que Samuel y soit jamais allé sacrifier. Il n'est plus question de Silo que dans une parole de Jérémie qui peut s'entendre de plusieurs manières (VII, 12 et XXVI). Le prophète dit que Jérusalem ne sera pas plus protégée par son Temple que ne l'a été Silo, ce qui peut très bien s'entendre du pillage de cette ville par les Philistins.

Il est difficile de se rendre bien compte de ce qui se passa à Nob. On ne comprend pas que, dans une ville, où il y avait 85 prêtres, il n'y eût aucune nourriture pour David et ses compagnons : ceux-ci se contentèrent des pains offerts dans le temple. Il est évident que ce récit est inadmissible, sous celte forme.

Lorsque le prêtre se présente devant Satil, le roi lui dit : » Pourquoi Vous êles-vous conjurés contre moi, toi et le » fils d'Isaï, en ce que tu lui as donné du pain et une épée » et que tu as interrogé Dieu pour lui, afin qu'il se levât » contre moi en ce jour? » (XXII, 13.) Ou a supposé que les prêtres s'étaient, en effet, déclarés pour David contre Saiil, ce qui n'aurait rien d'étonnant ; la famille d'Éli ne devait pas être en très bons termes avec la confrérie de Samuel.

Après cet événement, David devient un tout autre homme ; il se conduit désormais en chef indépendant et,

chose remarquable, il se regarde comme investi d'une dignité religieuse: il consulte Jéhova et revêt l'éfod. 11 s'est donc passé à Nob tout autre chose que ce que nous lisons aujourd'hui dans notre auteur. Le prêtre a consacré David, il Ta appelé à participer à un repas sacré, il lui a donné une arme dédiée à Jéhova et on pourrait admettre qu'il lui avait dès lors remis l'éfod. Le verset 6, chapitre XXIII, dit qu'il lui aurait été apporté par Ebyalhar, après le massacre des prêtres ; c'est une note incidente, qui provient évidemment du rédacteur définitif.

On ne trouve plus, après la mort de Samuel, aucune mention de ses disciples. 11 semblent avoir été dispersés ; il est bien probable qu'il y eut quelques années d'anarchie, durant lesquelles les Philistins purent reprendre leur suprématie.

La disparition des disciples de Samuel semble avoir été définitive; on a rattaché à cette confrérie le prophète Ahiyah, de Silo, l'ennemi de Salomon ; mais on n'a pas de preuves suffisantes. Il est vrai que l'histoire des prophètes du nord intéressait fort peu les écrivains de Jérusalem.

Les derniers jours de Saiil font l'objet d'un récit extrêmement dramatique. Il est impossible de ne pas y voir une légende populaire, assez maladroitement arrangée par le rédacteur. Le peuple n'est pas sensible aux distinctions des casuistes, il ne comprend pas les choses comme les juristes de profession.

D'ailleurs, il n'est pas du tout certain, d'après la conduite de l'histoire de la vision, que la femme d'Endor fût une sorcière. Saiil, non plus qu'aucun des assistants, ne voit l'ombre de Samuel; l'évocation est tout à fait subjective; ce

n'est qu'une vision que raconte la pythonisse. Le récit semble indiquer que Saiil et Samuel conversent directement; mais cela est évidemment impossible, puisque le roi ne voit pas le prophèle : c'est la femme qui parle pour ce dernier.

Le poème primitif devait être d'un grand effet; il y a un trait qui nous a été fidèlement conservé par l'abréviateur; il eût été incapable de l'inventer. Lorsque la femme commence à voir Samuel, elle est pénétrée de son esprit; elle pousse un grand cri, tout effrayée d'être en présence du roi, et elle dit : « Tu es Saiil! » Le prophète reproche à son disciple sa désobéissance et sa faiblesse pour les Amalécites; pour celte raison, il périra le lendemain avec ses fils. Saiil est pris d'un accès; il perd ses forces. La malheureuse, avec la sollicitude tendre de toutes les femmes juives, s'empresse auprès du héros qui tout à l'heure la faisait trembler, et elle le force à manger. Scène digne d'Homère ! Le héros, après avoir repris ses forces, marche à la mort, avec le sang-froid de l'homme antique. Ses derniers moments sont admirables et dignes d'un roi et d'un prophète. 11 ne veut pas tomber vivant entre les mains des incirconcis; il se fait tuer par un soldat ou se tue lui-même ; car il y a une double légende. Un beau poème nous a été conservé sur cette mort : l'auteur l'attribue naturellement à David, mais cela paraît plus que douteux. On y verra plutôt l'expression simple et grande du sentiment populaire. Il faut avouer que David aurait été mal venu à lancer aux Philistins ces strophes vengeresses, lui qui était dansleursrangs avant la bataille et qui ne s'était écarté que sur les instances des chefs païens.

La légende d'End or a une grande importance historique. Elle montre comment le sentiment populaire reliait, d'une manière intime, les destinées de Saûl et de Samuel. Le héros n'est rien sans le prophète ; il avait été sacré par lui; il est appelé par lui au tombeau: « Demain, toi et tes fils vous » serez a\ec moi. » Suprême consécration de la vie d'un disciple réuni à son maître !

Après la mort de Saûl, les gens de Jabès (J e Galaad viennent enlever les cadavres; ils les brûlent et enterrent les ossements sous un tamaris (XXXI, 11-13). Celte notice mérite une sérieuse attention ; les Juifs ne brûlaient pas les corps; le bûcher était un supplice pour les criminels les plus abominables. On sait que, dans les funérailles des rois, on faisait de grands feux.

11 est probable que notre narrateur a transformé la tradition et a converti les feux d'honneur en un bûcher, afin de rappeler les malédictions prononcées contre les nécromanciens et ceux qui les consultent, bien que la Thora n'ait pas parlé du feu pour ce crime.

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