DAVID
I. Son prétendu sacre par Samuel* — Nathan ; sa conduite singulière. — Gad. — Quand David a commencé à régner. — Son armée. — Révolte d'Absalon.
Les rédacteurs des livres historiques ont arrangé la narration du règne de David avec amour ; malheureusement, ils ont été bien maladroits et ils ont fait tort au grand roi, en voulant trop le louer.
Depuis longtemps, on a signalé les violations de la Loi par David : il suffit d'ouvrir le deuxième livre de Samuel pour s'en rendre compte.
Généralement, on a conclu de là que les prescriptions légales étaient postérieures à son règne. Cela est vrai pour ce qui touche le culte, mais je crois qu'on ne peut pas en dire autant pour les autres préceptes. Le souverain était assez puissant pour pouvoir se mettre au-dessus de la Thora. Les khalifes de Damas, qui ont porté si loin les limites de l'islam, étaient de fort mauvais musulmans.
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Le pays où était né David ne pouvait pas être plus
avancé que celui de Satil, au point de vue jéhoviste. Les historiens ont cherché à rattacher David à Samuel, qui l'aurait sacré roi du vivant de Saùl. Cette tradition ne paraît pas admissible.
Après la mort de son ennemi, David rentre dans son pays, il est sacré roi de la tribu de Juda (2 e Samuel, II, 4). Dans les épisodes relatifs à la réunion des deux royaumes, il n'est pas fait mention de Samuel ; cependant l'occasion s'en présente tout naturellement, quand on fait dire à Abner : <« Car Jéhova a dit au sujet de David : C'est par la main de » mon serviteur David, que je délivrerai mon peuple d'Israël » des Philistins et de tous ses ennemis.» (2° Samuel, III, 18.) Quand, après la mort d'Isboset, les anciens viennent trouver David à Hébron et lui disent que Jéhova le désigne pour être le chef de la nation, personne ne parle de Samuel. David est encore une fois sacré roi.
Ce qui est encore bien démonstratif, c'est qu'on ne trouve auprès de David aucun homme ayant été en relations avec Samuel. Cependant nous connaissons deux personnages qualifiés de prophètes, Nathan et Gad, qui étaient dans l'intimité du roi.
Nathan ressemble beaucoup à un prélat courtisan. Quand David épouse Batséba, le prophète prend toute sorte de précautions pour lui reprocher les crimes abominables qu'il a commis à cette occasion. Le récit que nous avons (tout décoloré qu'il soit) n'est pas à l'éloge du roi, non plus qu'à celui de Nathan. Celui-ci, interprète de Jéhova et de lalo la plus sévère qui ait jamais existé, trouve que son maître est assez puni par la mort de l'enfant adultérin. Il s'empresse
de se mettre bien en cour ; il devient le précepteur du fils de Batséba ; il est Facteur principal dans les intrigues qui amènent Salomon sur le trône, en dépit de tout droit et des principes de la Loi.
Qu'aurait dit Samuel, s'il avait vu un homme, se prétendant prophète, venir s'agenouiller devant le vieux David, alors que, près du roi, se trouve la jeune Abisag ? Aurait-il compris qu'un prophète, non content de s'humilier ainsi, excitât le souverain contre son fils aîné? (I er Rois, I, 11-27.) Cette conduite est tout à fait vraisemblable et conforme aux mœurs de l'Orient, mais elle est indigne d'un prophète d'Israël.
Gad est qualifié de voyant du roi : il avait accompagné David dans ses premières expéditions ; il n'était probablement qu'un personnage secondaire. Le livre des Chroniques (2 e livre, XXIX, 25) distingue soigneusement sa qualification de voyant de celle de Nabi, donnée à Nathan. Il était le devin ordinaire du roi, durant ses guerres; caries souverains juifs ne paraissent pas avoir fait d'expéditions sans consulter quelque voyant. Tous n'étaient pas inspirés de l'esprit de Dieu et souvent ils se trompaient. ( I n Rois, XXII, 1 1-28; Jérémie, XXVIII, XXIX.)
La chronologie du règne de David présente une sérieuse difficulté : il régna 7 ans à Hébron, en Juda, et 33 ans sur toute la nation; d'autre part Isboset n'aurait été roi que 2 ans. Ces indications ne sont pas réellement inconciliables.
Il est bien probable que les scribeslégitimistes comptèrent le règne de David à partir du moment où il se sépara de Saûl. Pendant plusieurs années, il vécut, en effet, en chef
tout à fait indépendant. Quant il va à Gat, les Philistins l'appellent le roi du pays (l ,r Samuel, XXI, H). Cette situation explique que Saiil lui ait repris sa fille. Ayant rompu les liens nationaux, David rompait aussi les liens de famille ; il n'était plus le mari de Mikal et son père pouvait la donner à un autre. Plus tard David tint à ce que sa femme lui fût rendue. 11 voulait se ménager des alliances avec les chefs benjaminites et affirmer que Saiil n'avait pas eu le droit de le traiter en rebelle, alors qu'il était chef libre de clan. Il résulterait de ce système que David aurait été regardé comme roi cinq ans avant la mort de Saûl.
David est évidemment le premier chef juif qui ait vraiment organisé un gouvernement; pour cela il lui fallait une armée permanente. En Orient, un homme audacieux et heureux dans ses guerres ne tarde pas à se trouver entouré de nombreux soldats d'aventures. Avec des troupes peu nombreuses, mais solides, on pouvait arriver à des résultats vraiment étonnants.
Les troupes de David se composaient surtout de gens étrangers à la Palestine ; sa garde était formée de Kéréthiens et de Pelithiens (2* Samuel, VIII, 18). On suppose habituellement que les premiers sont des Cretois ou des Cariens et les seconds des Philistins. La présence de ces gens dans son armée est confirmée par un passage où il est question des Gatlites (XV, 18). Parmi ses officiers, on trouve d'assez nombreux étrangers, Ittaï de Gat, Urie le Hittite, Celq l'Ammonite, Ytmahle Moabite.
A cette époque, les grandes monarchies asiatiques n'existaient pas ; David n'avait pas afFaire à des voisins très
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solidemen t organisés ; il pouvait donc obtenir de grands succès avec une petite armée; d'ailleurs chaque année on appelait des bandes auxiliaires, levées pour la campagne.
La puissance de David a paru bien problématique à beaucoup de personnes : on s'est demandé comment la. révolte d' Absalon avait pu réussir si facilement, en présence d'une armée importante. Cette contradiction est facile à expliquer. L'armée permanente coûtait cher ; le roi la plaçait naturellement dans les pays conquis, où elle s'entretenait presque sans bourse délier ; à* Jérusalem il n'avait qu'une petite troupe d'élite.
Absalon trouva beaucoup d'adhérents dans le peuple ; le vieux roi ne chercha pas à résister, avec ses gardes, à un mouvement populaire; il pouvait être débordé. Il marcha rapidement vers l'est, pour rejoindre ses soldats de frontières, qu'il appela autour de lui. Une fois la concentration opérée, il était invincible et ne craignait plus rien des bandes de volontaires . Aussi Àhitofel, qui connaissait bien la situation, regarda le parti d' Absalon comme désespéré, du moment que l'on donna à David le temps de concentrer ses troupes.
Le roi eut la sagesse, rare chez les guerriers, de ne s'attaquer qu'à des pays où il avait beaucoup de chances de vaincre. 11 n'essaya pas de réduire les Philistins ; il prit Gat, mais il ne se crut pas assez tort pour détruire les autres forteresses de ces solides guerriers. Il fut l'allié d'Hiram, roi de Tyr et de Toi, roi d'Hamath : l'empire des Hittites, quoique bien diminué, était encore redoutable à celte époque.
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II. Conduite du roi avec les vaincus. — Prise de Rabbah-Ammon. — Le drame de Gibéon; hypothèse pour l'expliquer. — Les noms baaliphores. — Tolérance du roi.
Le livre de Samuel a conservé une tradition qui serait de nature à présenter David sous un aspect bien peu favorable. On lit, en effet, à propos de la prise de Rabbah-Ammon (XII, 31), que David « fit sortir tous les habitants, les mit » sous des scies et sur des herses de fer et sous des faulx » de fer et les jeta dans des fourneaux à briques. Et il en » fît de môme pour toutes les villes des Ammonites ».
L'exagération du récit est de nature à faire douter de son exactitude. David n'apparaît, nulle part, comme un homme cruel ; c'était un prince avisé, très sagace et d'une intelligence supérieure. On ne voit pas qu'il ait maltraité les Jébusiens, après la conquête de Jérusalem. Il combattit les Amaléciles ; il n'est pas dit qu'il ait cherché à lest exterminer. Son fils Salomon suivit la même politique ; il ne détruisit pas les Cananéens qui subsistaient dans le pays.
Il semble très facile d'expliquer le récit que nous trouvons dans le livre de Samuel. L'auteur a puisé évidemment dans d'anciens chants, qui racontaient les exploits de David; il a mal paraphrasé ce qui se trouvait dans le document primitif.
Dans le prophète Amos (I, 3) on lit :
« Pour trois crimes de Damas et pour quatre, je ne me ♦> rétracte pas, parce qu'ils ont déchiré Galaad avec des » herses de fer » .
Personne ne suppose qu'il faille traduire littéralement et
supposer que les Syriens ont vraiment déchiré les membres des vaincus avec des herses. Il y a là une image, qui devait également se trouver dans le vieux poème, analysé par notre auteur.
La politique de David, vis-à-vis des étrangers et des Cananéens, semble avoir été l'origine du drame de Gibéou. On sait que le roi livra aux gens de cette localité sept membres de la famille de Saûl, pour les crucifier (2 e Samuel, XXI). Les détails, que fournit le narrateur, sont évidemment légendaires. Beaucoup de personnes ont pensé que le roi aurait été bien aise de se débarrasser d'une famille dangereuse; d'autres y ont vu un sacrifice humain.
Ces deux systèmes me paraissent erronés. David ne ne semble jamais avoir versé le sang, sans nécessité : le seul homme qui pût lui porter ombrage était Méphiboset, petitfils de Saiil. Il le gardait près de lui, comme beaucoup de rois Font fait pour des vassaux dangereux.
- L'hypothèse d'un sacrifice humain est invraisemblable ; elle ne s'appuie que sur cette phrase : « 11 les remit entre » les mains des Gibéonites, qui les attachèrent au gibet » sur la montagne, devant l'Eternel ».
Tout cela peut s'expliquer d'une manière assez simple.
Lorsque le fils du roi d'Hamath vint à Jérusalem, les Gibéonites, de la tribu des Hiwites, lui représentèrent que leur nation avait été autrefois en relation amicale avec les Hittites ; ils se plaignirent de la persécution que leur avait fait subir Saûl, en dépit d'antiques capitulations jurées par les chefs israélites. David se trouva extrêmement embarrassé. Il est bien probable que ces traités antiques étaient acceptés dans la tradition du pays. Il ne pouvait laisser sa
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nation sous l'inculpation d'un manque de respect au serment. Il lui fallait donner satisfaction à la demande des Gibéonites. Agir autrement, c'était se condamner à n'avoir jamais d'alliés, puisqu'il ne donnait pas de sanction au serment.
Il fut donc obligé de livrer aux Gibéonites les parents de Saiil. Les Cananéens élevèrent un témoignage en souvenir de la satisfaction qui leur était donnée : ils établirent des gibets, où les corps restèrent exposés, à la face de Jékova, pour prouver que leur droit avait été solennellement reconnu. Gela est tellement conforme aux mœurs et aux idées antiques, qu'il est étonnant que Ton ait été chercher midi à quatorze heures, pour charger David d'un crime abominable. Sa conduite fut la conséquence forcée de la situation et tout montre qu'il en eut un grand regret. Il fit cesser rapidement le scandale de l'exposition des corps et les fit ensevelir honorablement dans le tombeau de la famille. Afin de prouver combien cette affaire lui tenait à cœur, il fit ramener les restes de Saûl, pour les joindre à ceux de ses parents.
On a cru qu'un des enfants de David avait porté un nom baaliphore : le fait n'est pas impossible ; mais on ne saurait l'affirmer, parce que le texte des Chroniques est fréquemment corrompu. Les Septante ont traduit d'après un texte différent (1 er Chroniques, XIV, 6) ; ils ont lu E lia de au lieu de Beeliade.
Le mot Baal ne paraissait pas à David aussi odieux qu'il l'a été pour les prophètes. Après une victoire sur les Philistins, il nomme le lieu du combat Baal-Peracim (V Samuel, V, 21 j. Le bourg où il va chercher l'arche s'appelle Baal-Juda (VI, 2).
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La composition hétérogène de l'armée devait obliger à beaucoup de tolérance. Après la victoire de Baal-Peracim, les Philistins perdent leur camp ; les soldats de David le pillent et emportent les idoles comme des trophées. Le livre des Chroniques (XIV, 12) dit que le roi les fit brûler ; mais c'est évidemment une correction, comme les docteurs en apportent, bien souvent, pour se tirer d'embarras, en interprétant les vieilles traditions.
JII. lie Temple. - Le prêtre Ebyathar. — Le transfert de l'arche. — Le dénombrement et la peste. — La légende des derniers jours de David.— Salomon. — Gloire posthume du roi. — Le David messianique.
David n'a pas construit le Temple ; mais il a contribué plus que personne à donner de l'éclat à Jérusalem, comme centre de culte. La tradition mosaïque ne renfermait aucun élément désignant cette ville comme particulièrement sainte. Quand on a rédigé le Deutéronome, on n'a pas osé * la nommer : cependant ce Code est l'œuvre de partisans très ardents de la centralisation du culte.
Le roi n'avait, près de lui, aucun homme assez éminent, au point de vue religieux, pour pouvoir imposer au peuple le dogme du Temple. Nathan et Gad ne pouvaient avoir assez d'influence pour l'aider dans celte tâche. Il semble qu'il trouva un auxiliaire dans le prêtre Ebyathar, qui avait été son compagnon. Cet homme était assez vénéré pour avoir fait peur à Salomon, qui n'osa pas le mettre à mort. Le roi l'exila en lui disant : « Je ne te fais point mourir aujour- » d'hui, parce que tu as porté l'arche du Seigneur Jéhova » devant mon père. » (r'Ilois, II, 26.)
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Ou rattachait le sacerdoce de Nob à celui de Silo, ce qui permettait à Ebyathar de se regarder comme le dépositaire, le plus autorisé, des traditions religieuses d'Israël. Il est bien probable que c'est lui qui fit accepter l'arche, le serpent et autres reliques, d'origine douteuse, comme des éléments du culte.
L'établissement d'un édifice aussi considérable que le Temple, sur un terrain aussi mal approprié à cet objet, a dû coûter beaucoup de temps et d'argent. La tradition veut que David ait fait d'immenses approvisionnements dans ce but : il est bien probable qu'il a fait davantage et qu'il a commencé les grands travaux des substructions.
Il était très politique d'avoir, dans la ville royale, un édifice de premier ordre, au point de vue du luxe; mais il fallait aussi qu'on y réunît tout ce qu'on pouvait trouver de sacré. Les compagnons de Moïse étaient enterrés en Éphraïm. Dans le nord se trouvaient les saintes montagnes d'Ébal et de Garizim.
David opéra un premier essai de concentration du culte, en réunissant à Jérusalem toutes les choses que les Judéens avaient été habitués à vénérer. Il ne fut pas très difficile de créer ensuite des légendes, pour rattacher ces reliques à l'histoire primitive du mosaïsme.
Le deuxième livre de Samuel (VI) donne des détails très curieux sur le transfert de l'arche : le roi dansait, de toute sa force, devant l'arche, revêtu d'une simple tunique de lin. Les danses religieuses, je l'ai dit, n'étaient pas proscrites par la coutume juive ; mais le roi parait n'avoir guère respecté les convenances. Rien ne pouvait blesser davantage des jéhovistes, qui tenaient d'une manière méticuleuse àla décence.
La reine Mikal, qui avait vu, chez son père, les prophètes se livrer librement à leurs exercices religieux, fut scandalisée du caractère trop profane de la fête. Elle reprocha à David de s'être conduit comme un homme sans considération.
Dans la réponse de David, on a voulu voir l'expression de l'humilité religieuse ; cette pensée était, certainement, bien éloignée de l'esprit du roi. Les diverses traductions sont toutes données comme conjecturales. Le sens me paraît correspondre à cette paraphrase : « Je danserai devant » Jéhova. Si je deviens méprisable aux yeux d'une femme » orgueillleuse de sa race, je me contenterai d'être admiré » des servantes! » (2 e Samuel, VI, 21-22). Le texte ajoute que Mikal n'eut pas d'enfants : on comprend facilement qu'il a dû en être ainsi, d'après le sens que je donne à la parole du roi.
Tous ces faits confirment mon système : David avait accepté le jéhovisme par politique, mais sans enthousiasme. Constantin en fit à peu près autant pour le christianisme. La religion mosaïque était celle des tribus du nord ; elle avait déjà commencé à pénétrer dans le midi. Le roi accepta le mosaïsme, mais il le mitigea: il n'entendait pas être gêné par des prophètes. Il régularisa le culte, en commençant la concentration religieuse à Jérusalem. Les prêtres étaient bien plus facilement gouvernables que les khouans.
Au chapitre XXIV du deuxième livre de Samuel se trouve l'histoire d'une peste : cet épisode est fort difficile à expliquer. Le 'pays aurait été ravagé pour punir le roi d'avoir fait un dénombrement. Cette mesure ne devait pas
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êlre populaire ; elle ne l'a jamais été en Orient, parce qu'on y attache une portée essentiellement fiscale. On ne peut comprendre comment la légende a rattaché une plaie, fondant sur le peuple, à un acte, dont le peuple se plaignait. D'ailleurs, sous Salomon, toutes les mesures fiscales ont dû être employées et ont soulevé les colères de la nation, sans qu'il se soit créé une tradition analogue.
Le livre des Chroniques, rédigé à un point de vue plus ecclésiastique que celui de Samuel (XXI, 6), dit que Joab ne fit point le dénombrement de Lévi et de Benjamin, parce que Tordre du roi lui paraissait une abomination. Pour cette dernière tribu, il est très probable que David avait dû lui accorder des faveurs pour se la rattacher. Quant à celle de Lévi, on comprend que tout impôt mis sur elle était un sacrilège aux yeux des prêtres. Je pense donc que le roi, habitué à être obéi sans discussion, essaya de mettre la main sur des biens ecclésiastiques et que le clergé rattacha à ce sacrilège une épidémie survenue sous son règne.
Le commencement du livre des Rois renferme, sur les derniers jours de David, des détails qui ne seraient pas à son honneur. Il aurait conseillé à son fils de faire mourir divers personnages gênants, notamment Joab, son général, et Simeï, auquel il avait juré de conserver la vie.
Cette tradition me paraît avoir été composée, pour reporter sur David une partie de l'odieux qui revenait à Salomon. Ce roi a commencé son règne dans le sang : il Fa terminé misérablement, après avoir épuisé le trésor, ruiné l'armée et perdu toutes les conquêtes de son père. Un pareil homme n'avait pas besoin de conseils pour faire le mal. David était au contraire porté à l'indulgence, quand
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il n'y avait pas de nécessités politiques impérieuses.
On comprend facilement dans quel but cette histoire a été arrangée. Salomon était un prince magnifique ; les beaux esprits, qui vivaient à sa cour, lui ont fait une réputation de sagesse ou plutôt de finesse. Les docteurs et les prêtres n'ont pas eu assez d'éloges pour le roi pacifique, qui avait élevé un temple superbe.
Le peuple fut meilleur juge que les écrivains de profession. Salomon fut pour lui un savant, un magicien plus redouté qu'aimé. David devint, au contraire, le héros national par excellence. Il méritait celte reconnaissance de la nation, par ses grandes qualités et en raison des beaux résultats de son règne. Si les lettrés ont attribué à Salomon les livres Sapientiaux, où il y a souvent un esprit trop raffiné, le peuple a mis, sous le nom de David, les Psaumes, où il a exhalé toute son âme.
Après le règne de Salomon, quand le royaume eut été divisé, on se demanda si la nation juive ne Subirait pas le sort de tant d'autres, qui avaient disparu dans les grands chocs des invasions. Le souvenir des conquérants égyptiens ne pouvait avoir complètement disparu ; plus tard, quand les Assyriens parurent en scène, le danger fut bien plus grand.
Pour que le jéhovisme disparût, il fallait que le peuple fût détruit. Le dogme de l'Israël éternel apparaît dès les premiers accents de la littérature prophétique, comme une croyance déjà répandue et acceptée. L'enseignement des prophètes est rempli du développement de cette idée ; mais elle pouvait paraître absurde, à force d'être héroïque. Pour qu'elle ne pértt pas, il fallait qu'elle pût prendre une forme concrète. Comment supposer que le petit peuple juif, divisé
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en deux parties, pût tenir tête aux grandes monarchies de l'Asie? Il suffisait pour cela qu'il parût un nouveau David.
C'est une grande force pour un peuple de ne pas croire qu'il puisse être vaincu définitivement. L'espérance d'un David a soutenu les Juifs dans leurs malheurs et elle leur a donné le courage de lutter, avec une gloire immortelle, contre les légions romaines. Tandis que les autres vaincus de Rome s'empressaient d'abandonner leur langue, leur religion, leur existence morale, les Juifs, dispersés et le plus souventjpersécutés, s'attachaient, avec une foi inébranlable, à la Loi, parce qu'ils espéraient toujours la venue d'unDavidqui relèverait le Temple.
La légende d'un David messianique, a eu, en définitive, une influence capitale sur l'histoire du judaïsme. Le grand roi a été, après Moïse, l'homme qui a le plus fait pour la grandeur et la conservation du jéhovisme.