‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 14 sur 34 · TT · texte numérisé non relu

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Zidapr e

Observation I

(Personnelle, recueillie à Bicêtre, dans le service du D" SéGLas).

L..., microcéphale, porteur de stigmates de dégénérescence, âgé de 18 ans, interné depuis 3 mois à Bicêtre, reste toute la journée assis sur sa chaise, se balançant d'avant en arrière, et sortant parfois de sa torpeur pour entrer sans aucune cause dans de violentes colères au cours desquelles il profère des grognements inarticulés. Ces grognements sont à peu près les seuls sons dont ül dispose pour manifester ses sensations. Quand on lui apporte à manger, il grogne, si on lui retire la nourriture il grogne encore.

Parfois il glousse. Sa vie psychique se réduit à ces seules manifes-

tations.

À propos de cette observation, comme le fait remarquer Maupaté (4) « beaucoup d’auteurs ne considèrent pas ces phénomènes comme du véritable langage, car ce ne sont en réalité que des signes qui nous renseignent sur l'état de l'enfant, mais à son insu ». Cependant, bien qu'involontaire et inconscient, les cris de joie ou de douleur de l'idiot nous renseignent aussi exactement sur son état d'âme que s’il disait : Je suis content ou je souffre. Il s’agit d'un véritable réflexe, c’est-à-dire d’un langage émotionnel, ayant une certaine signification, mais n’exprimant aucune pensée proprement dite.

Mais l’idiot, au lieu de se borner à pousser des cris inarticulés de douleur ou de plaisir, comme dans l’observation précédente peut, s’il a atteint la deuxième phase de développement du langage articulé d’après

(1) Mauparé, Du langage chez les idiots. Ann. médico-psych., 1904, 2.

Küssmaul, émettre des sons articulés plus ou moins complexes. C’est à cette « production inintentionnelle de

sons articulés isolés, par mouvements incoordonnés de la langue, et dus à une excitation involontaire des nerfs de ve cet organe (Preyer) » qu'on donne le nom de lallation. né

Une malade de Maupaté avait à sa disposition les sons

* A sit: 2

suivants : adeu, ouhou, aint obou, ada, agayas ousa, ododo, outin. Une autre rabâchait constamment le mot . ezssétilotolutu, une autre {thitibince.

La production de ces différents mots s'effectue d’une facon purement automatique ; l idiot les répète sans autre = but apparent que le plaisir d'émettre des sons, de faire #56 fonctionner son larynx.

C’est encore de la lallation.

S1 ces idiots émettent des sons uniquement par plaisir, comme les oiseaux chantent, d'autres qui ne disposent cependant que d'un nombre restreint de sons, parviennent cependant à constituer un langage émotionnel grâce auquel ils se font très bien comprendre, au moins en ce qui concerne leurs besoins. Mais ici pas de mots arliculés, done pas de psittacisme.

Oservation II

(Personnelle, recueillie à Bicètre dans le service du D" SégLas).

T..., idiot du type mongolien, hémiplégique droit, âgé de 31 ans, répète lorsqu'il est content, que quelqu'un entre dans la salle ou qu’il a bien diné : mala, mamili, madonne mili, o les belles ché.

On lui tend la main, il la prend et dit mala. er

Il passe la plus grande partie de son temps à feuilleter des images d'Epinal et des catalogues de magasins. Si on cherche à les lui

enlever il oppose une vive résistance et crie de toutes ses forces : Ah ! oulou, voulou voulou voulou voulou voulou.

Il s'agit ici de langage émotionnel. Remarquons que

T... est moins bête qu'il n’en a l'air. Si on place devant lui des images à l’envers, il s’en rend parfaitement compte et les remet à l'endroit.

. ‘D’autres idiots, au lieu de se borner à pousser des sons quelconques, comme les précédents, parviennent à apprendre et à répéter tout comme les perroquets, les mots ou les phrases qu'ils entendent. « D'autres adoptent un mot, une phrase, les redisent incessamment pendant 8 jours, 15 jours, 6 mois, 1 an, puis changent ce mot ou cette phrase, pour une autre qui semble leur faire oublier la première. Plusieurs enfin arrivent à prononcer avec rapidité des mots et des phrases » (1).

Il en résulte que de tels idiots, les psittacisants par excellence peuvent faire 1llusion-sur l’état de leurs facultés intellectuelles. Aussi la classification des idiots, établie par Ésquirol et basée sur le perfectionnement plus ou moins avancé de leur langage, ne répond-elle pas en réalité au développement corrélatif de l'intelligence. « Les exemples ne sont pas rares d'idiots parlant, qui ne sont pas, malgré cet avantage, moins gravement affectés d’idiotie que d’autres qui ne parlent pas. »

C'est l'instinct d'imitation qui pousse l'idiot à répéter les mots qu’on lui dit. Lorsque le phénomène est porté à son plus haut degré, il constitue l’écholalie. L'onomatopée en représente un vestige subsistant dans le langage

(4) Sécuix, Traitement moral des idiots, 1906.

normal. Les observations suivantes sont des exemples

d’idiots psittacisants avec écholalie (1).

Observation III

(Personnelle, recueillie à Bicêtre, dans le service du D" SÉGLAS).

S...,agé de 37 ans, microcéphale, nain, syphilitique héréditaire,

avec cicatrices de gommes sur la jambe gauche, et porteur d’une hernie inguinale gauche. :

D. — As-tu bien dormi ?

R. — Dormi. .

D. — As-tu vu tante Cécile ?

R. — Tante Cécile.

D. — Est-elle mariée ?

R. — Mariée. :

D. — Comment t’appelles-tu ?

R., — Comment t'appelles-tu.

D. — Connais-tu Monsieur l’interne ?.

R. — Monsieur l'interne. = = D. — Connais-tu Madame ?

R. — Madame. Fe

Le malade, abandonné ensuite à lui-même, répète de temps en temps pendant cinq à six minutes: madame, madame, madame. Quand on ne lui parle pas, il pousse des sons inarticulés. * Fee

Observation IV

(Personnelle, recueillie à Bicêtre dans le service du D' NaGEorreE).

Robert B..., âgé de cinq ans, à Bicètre depuis un an, atteint

d’idiotie et d’épilepsie, avec des attaques tous les deux jours en

(1) Voir également à ce propos: Journal of nervous and mental disease janvier 1898 ; — Maur (W.). Un cas extraordinaire d’écholalie. Ann. méd, ps. 1903, p. 145.

Le RATS Le

moyenne, n'a pas de malformation, ne gâte pas, présente à un haut degré le phénomène de l’écholalie.

D. — Comment t'appelles-tu, Robert ?

R. — Robert.

. — Comment t’appelles-tu, mon coco ?

. — Coco. à

. — Tu es gentil ?

. — Gentil.

. — Robert, pourquoi es-tu attaché ?

. — Tu attaché.

. — Viens ici.

. — Viens ici.

On lui tend un journal illustré, il ne le regarde pas, mais l’approche de son nez et fait plusieurs inspirations.

D. — Cà sent bon ? |

R. — Sent bon.

À côté de ces réponses qui témoignent d’une incompréhension manifeste, l'enfant est capable d’autre part de saisir le sens de certaines questions auxquelles l’ont habitué les infirmières. Quand on- lui demande d'envoyer un baiser, il le fait sans difficulté; enfin quand il a soif, il sait dire: a boué; souvent il demande du sucre.

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