‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 21 sur 34 · D. — Vous avez commis des fautes · texte numérisé non relu

D. — Vous avez commis des fautes

R. — Oui... non...

D. — Lesquelles ?

R. — Rien.

D. — Comment avez-vous commis des fautes ?

R. — En sourdine... méchamment.

D. — Voyons ! quelles fautes ?

R. — L’œuf .. en voyou.

À un moment donné, le malade fixe le mur.

D. — Que regardez-vous ?

R. — Fixé. ; D. — Fixé quoi ?

-R: — Un point.

D. — Mais où ?

R. — (Changeant la direction de son regard et le fixant sur son iuterlocuteur). Sur vous.

D. — A quoi pensez-vous ?

R.— Nez... nez.. nez.

D. — Qui est-ce ?

R. — Flair.

D. — Et flair ?

R. — Respiration.

D. —- Avez-vous dormi ?

R. — Oui.

D. — Bien?

R. — Cauchemars.

3 janvier 1906. — Cette nuit le malade s’est levé brusquement et s’est jeté sur un de ses voisins. Ila également frappé le veilleur, qui accourait,

Le matin il paraît abruti et fatigué. ;

Jl cherche ses réponses et réfléchit HOUR chaque fois qu'on l’interroge. ? - — Pourquoi l'avez-vous frappé?

— Je ne le ferai plus.

— Entendez- -vous quelqu'un vous parler ? ? ? — Non.

— À quoi pensez-vous? avez-vous des chagrins ? — Non.

— Avez-vous fait se chose de mal ? - — Non. ) = — Où êtes-vous ici ?

— A Bicêtre.

— Me reconnaissez-vous ?

— Non.

— Qui vous a fait entrer à Bicêtre et pourquoi ? er - — Pardon. ; : ; | — De quoi, pardon ? 2

ist PES

Actuellement le malade est complètement dément. k D. — Nous sommes venus pour causer avec vous Depuis com-

bien de temps êtes-vous ici ? mn

R. — 3 jours.

D. — Etes-vous sûr ? À :

R. — Oui...’ oui. : |

D. — er. -vous où vous êtes? |

R. — Chez vous.

D. — Comment cela s’appelle-t-il iei ?

R. — Une église.

D. — Etes-vous triste ? “

R. — Oui... non... un peu qu'il dit. =

D. — Pourquoi êtes-vous triste ?

R. — Oui.

D. — Avez-vous quelque chose à vous reprocher? s

R. — Non, Monsieur.

D. — Quel âge avez-vous ?

R. — Trois ans.

ee

Le diagnostic ne saurait plus faire aucun .doute. Actuellement le malade ne comprend plus rien aux questions qu'on lui pose, et si parfois, très rarement d'ailleurs, la réponse tombe juste, ou tout au moins semble avoir quelque rapport avec la question, c'est. purement un effet du hasard, Mais il n’en était pas de même lors de l'entrée du malade à l’hospice, et l’on pouvait se demander s'il ne s'agissait pas d’un accès de dépression mélancolique, ainsi que permettaient de le supposer l'attitude du malade, le ton de tristesse sur lequel il répondait, ou bien le mutisme qu'il gardait parfois, enfin les idées d’autoaccusation, de culpabilité imaginaire qu'il exprimait et qui ne se rapportaient vraisemblablement à aucun état psychique corres- pondant.

Récemment d’ailleurs, Pfersdorff (1) dans une étude sur la logorrhée impulsive des maniaques, a rapporté quatre observations intéressantes en ce sens que les paroles de ces malades, tantôt présentaient le phénomène de l'association de mots par assonances ou racines verbales, c’est-à-dire le type classique de la logorrhée chez les maniaques ; tantôt se composaient de mots sans rapport apparent entre eux et offraient alors le type complet de la salade de mots des déments précoces. La guérison obervée dans les quatre cas, montre cependant qu'il s'agissait bien d'états maniaques aigus. Enfin, dans l’observation suivante, on trouvera un exemple de verbigération et de néologismes chez un maniaque.

(1) Prensporrr, Logorrhée impulsive dans la folie maniaque dépressive. Centralblalt für Nervenheilk., \XIX, 1908,

CT

Observation X. — Neisser (1). |

(Traduction personnelle).

Le musicien Paul S..., sans tache héréditaire, est tombé malade à l’âge de 21 ans, d’une dysthymie maniaque, autant que l'on peut en juger au moins d’après la courte période de sa maladie que nous avons pu observer. Les antécédents personnels et les lettres du malade datant de cette période, ne laissent aucun doute sur le bien fondé de cette supposition. I] suffit d’ailleurs pour caractériser l’état du malade à cette date, de rapporter la phrase suivante prononcée par lui à l'occasion d’une visite à ses parents: « Père, je t'ai rapporté deux montres en or ; à toi, mère, deux robes de soie : demain je m'achète un violoncelle pour 1,000 marks ». Le même jour, il demanda de l’argent et devint furieux quand on le lui refusa. À son entrée dans notre Institut, le 14 mars 1887, il ne présentait plus que des traces de son excitation passée. Peu à peu celle-ci disparut et se transforma en dépression mélancolique. Il s’isolait, ne faisait plus de musique et ne parlait plus qu’excessivement peu. Les hallucinations auditives ne faisaient aucun doute. Il avoua lui-même qu’il entendait des voix, mais ne parlait pas de leur contenu. A la fin de l'été survint une amélioration notable dans son état. L’humeur s’égalisa, l'expression du visage devint plus mobile ; de temps en temps il souriait ; il se remit à jouer du piano, bref, il redevint sociable comme auparavant. Son état ne se distingua plus de celui d’un homme parfaitement sain. Il se considéra lui-même comme guéri et demanda souvent quand on pourrait le renvoyer. Cet état persista pendant deux mois (Mon chef, M le D" Alter, observe ce principe qui s'est toujours montré excel-. lent par la suite, de ne considérer de tels malades comme guéris que quand le retour à l’état normal s’est maintenu pendant 3 mois et que le poids du corps ne présente plus de variations notables).

(1) NEISSER, Über das Symplom der Verbigeration, |

NT pe

24 octobre 1887. — Le malade écrit à ses parents pour leur dire que la vie devient de plus en plus intolérable à l’Institut. Il se plaint verbalement qu’on l'ait obligé d'aller décharger des pommes

de terre. On ne pouvait le calmer qu’avec peine. Le lendemain il avait retrouvé toute sa bonne-humeur et rien d'anormal ne frappait en lui. Il écrit de nouveau à ses parents une lettre qui ne contenait rien de spécial. Le lendemain il demande au médecin de lui laisser dire pour une fois sa façon de penser. Comme on l'y engageait, il répondit qu’il ne pouvait pas bien dire ce qu’il pensait et qu'il l’écrirait. Il était visiblement très rempli de son sujet et demandait souvent du papier, parce que, disäit-il, « un nouveau style lui était venu à l’idée, et qu'il rédigeait merveilleusement. » Rien d’anormal ne frappait dans son attitude. Ces écrits étaient presque toujours semblables, composés de phrases incohérentes, rappelant une autobiographie.

7 29. — Vers midi, S..., après avoir écrit plusieurs feuillets, prend un air bizarre, se croise les bras et rejette la tête en arrière.

C’est dans cette attitude que l’a trouvé le médecin peu de temps après. Quand on lui demande s'il à déjeûné — les autres malades étaient entre temps allés à table — il répond qu'il n’a pas mangé parce qu’il doit d’abord se repentir de ses péchés. Il aurait encore à confesser aujourd’hui ses péchés devant Dieu ; il aurait péché contre le quatrième commandement ; il aurait péché envers ses parents en menant une vie déréglée, « parce qu'il a été séduit par le serpent et par le diable ». La parole est lente et scandée. On note en plus de ces phénomènes une flexibilité cireuse extraordinaire, le malade conservant les positions les plus difficiles. Les pupilles sont égales et réagissent bien. Le soir, le malade est assis dans un grand fauteuil ; il parait être en extase ; il raconte la même chose que dans l’après-midi. Il aurait péché contre le quatrième commandement. :

30. — Le malade conserve toutes les positions qu’on lui fait prendre. Il reste ainsi sur une jambe, les bras croisés, la tête renversée sur le côté, pendant trois minutes. Puis quand on lui commande de cesser, il reprend une attitude normale. On lui demanda pourquoi il était resté si longtemps dans cette attitude gênante et

re 18 —

il répondit : « L'esprit de Dieu vogue au-dessus des eaux ». L’aprèsmidi il se précipite vers un malade en criant: « Je lutte et travaille pour la patrie ». [l prétend que ce malade a désobéi au commandement de Dieu. Comme il devenait. de plus en plus bruyant et actif, on fut obligé de le transporter dans la division des agités. |

Le novembre. — Le malade fait entendre un torrent de paroles, mais s’interrompt cependant quand on l’interpelle. Les phrases suivantes ont pu être notées: « J'ai travaillé pour le roi et la patrie (levant les bas dans l'attitude du serment), pour le roi et la patrie. J'ai vaincu le géant Goliath ; j'ai jeté ce damné voyou dehors; j'ai

vaineu le diable parce que je dois tout convertir à l’église uniforme, :

catholique. romaine. Voilà ce que je veux faire ; oui, j’ai combattu pour le roi et la patrie. Maintenant ça va bien, car il y-en a deux parmi eux qui m'ont trahi.

J'étais toujours ivre. Je me suis adonné à la boisson par séduction, ce que je ne reconnaissais pas alors, parce que j'avais travaillé pour le roi et la patrie pour vaincre le diable. Je connais déjà ce voyou, ce Georgi. Attends un peu, damné voyou, tu me le paieras. Et puis ce Petersen ! il pensait aussi que j'étais yJieu. Îl disait (parlant tout à coup d’une façon comique en élargissant la bouche) :'Je vous aurais donné des leçons tout l'été si vous .…. (changeant d'idée). Ce sont les deux assassins qui ont crucifié Jésus-Christ. C’est établi sur une vérité, c’est établi sur une vérité, c’est établi sur une vérité, (sur un ton plus élévé) c’est établi sur une vérité (4 fois de suite). C’est établi sur une vérité aussi vrai que je vis et vis en éternité, vis en éternité, vis en éternité. Pourquoi devez-vous comhattre pour le roi et la patrie? Parce que le globe mondial tourne. Mon père s'appelait Robert Schultze. C’est le bon berger, 1l a donné sa vie aux moutons; maintenant je suis le géant Goliath, je suis Napoléon. J'ai vaineu le géant Goliath, j'ai vaincu ce damné voyou, Monsieur le gardien en chef, n’est-ce pas, Monsieur le gardien en chef, n’est-ce pas, Monsieur le gardien en chef. Enfin j'ai obtenu ce que j'avais demandé, Dieu merci, Dieu merci. Je remercie mon Seigneur et Créateur. Jai toujours été prêt, j'avais toujours été averti du quatrième commandement, parce que ce voyou damné,

nd

tree

damné (il crache) damné satan m'a séduit. N'est-ce pas Monsieur le gardien en chef (7 fois de suite) ».

2. — Leflux de paroles continu. On note toujours des répétitions: « J'ai travaillé pour le roi et la patrie ; j'ai vaincu le géant Goliath. Je suis l’empereur et le roi de tout l'empire allemand ».

Il se place devant le médecin, ainsi qu’il l'avait fait déjà avec plusieurs malades, s'approche tout près de lui, il le regarde fixement quelque temps les veux dans les yeux. Quand le médecin s’avançait il reculait lentement en arrière, en le fixant toujours dans les yeux, comme hypnotisé. On a pu ainsi lui faire décrire un cercle. Quand le médecin se mit à avancer plus vite, il s’arrêta et reprit son discours, sans s'adresser à personne. Souvent il prenait en parlant des poses dramatiques, étendant les bras, levant la main toute droite, ou tombant à genoux. Il garde les positions dans lesquelles on le place, mais demande parmi d’autres phrases incohérentes : « Pourquoï est-ce que je doisrester debout comme cela?»

Le soir, le malade est plus excité. Il se place devant le médecin en criant : « Est-ce fini, père Schückel, est-ce fini père Schôckel ? Prie Abraham etJacob! Maintenant je peux de nouveau voyager à travers toute l’Europe. (I court dans toute la chambre en levantles bras et en écarquillant [es yeux). Je suis le vieux Fritz, je suis le vieux Fritz. Laisse-moi donc, je suis le vieux Fritz. Ah ! sacré nom d'un chien ! va-t-en, chien de Français (le malade profère ces paroles sans s'adresser à personne). Toi, chien de Français, tu m'as trahi. Là, tu n’as pas de chance; repends-toi d'abord de tes péchés. Il faut que cela change pour toujours, éternellement, éternellement. I] a offensé mon père. Au nom de !a loi, je punis cet homme. Est-ce, bien, père Schückel ? Est-ce bien, père Schückel ? descendant d'Abraham (4 fois de suite). Sois condamné encore une fois comme le gros Auguste, ainsi que cela est dit dansle second livre. [l devraitse repentir de ses péchés. N'est-ce pas, père Schôckel de la souche d'Abraham, tu donnes ta vie aux moutons, comme il est dit dans le deuxième livre. Satan damné, je l’enlèverais tout de suite; mais je l'ai déjà enlevé. {Il crache plusieurs fois, puis regarde tout autour de lui, en tournant lentement la moitié supérieure du corps). Est-ce bientôt fini ? Je

suis le gros Auguste; je suis le vieux Fritz. N'est-ce pas, père Schôckel. Je dois cesser d’être furieux pour vaincre tous ces cochons. J'ai commencé tout petit. L'état devient de plus en plus grand, l’état de Dieu. Il y en a qui m'ont trahi. Qui veut me couper un pan de mon manteau ? Franz Harbig ! (nom d'un autre malade), c'était un vrai diable, ce Franz Roue. Maintenant j'expulse le prédicateur Max. Eh bien ! tu sais que j'ai travaillé pour le roi et la patrie. Attends un peu (en regardant atténtivement le médecin). Tu me parais bien grand, tu as donc grandi; tu es plus grand que moi. Paul est parmi les Corinthiens ; Paul Springer est allé parmi les Corinthiens. Je suis le Joseph perdu ».

Le malade a refusé aujourd’hui toute nourriture.

3. — Malgré qu'il ait pris 410 gr, de paraldéhyde, le malade n’a pas dormi du tout. 11 a déchiré sa couverture. Ce matin il est encore plus excité qu'hier : « Est-ce que c'est du bisbanaki gollitalti (4 fois de suite). J'ai travaillé pour le roi:etla patrie. Oui, oui, vous êtes mon frère Wilhem Stock, oui, oui, j'ai combattu pour le roi et la patrie. Oui, oui, il s'est fait confirmer par l'archevêque, bisbanaki gollitalti. Maintenant je suis de la noblesse, bisbanaki, gollitalti. Maintenant je suis le petit Max, bisbanaki, gollitalti. » On lui demande s’il reconnaît le médecin, il répond en seandant chaque syllabe : « C’est i le | doc | teur | de | la | mai | son | de | fous ».

On peut sans difficulté placer ses membres dans telle position que l’on veut, et qu’il garde un certain temps. Pendant ces manœuvres, il dit : Bisbanaki, gollitalti ; je suis content maintenant de pouvoir parler polonais. Je suis monde. Ah ! Jésus! combien de temps est-ce que je dois réster debout comme cela? Bisbanaki, gollitalti ».

&. — N'a pas dormi cette nuit. A déchiré son pantalon.

« Asmabaki! je suis le polonais. Asmabaki, Napoléon I°, Asmabaki, ils m'ont fait chevalier. » En même temps il court constamment dans la salle. Je veux être couronné empereur et roi, et veux maintenant me reposer. Asmabaki, polibaki, je suis un enfant innocent ; malheur, malheur, alors que je deviens furieux. Adolphe Springer, Julius Springer, ensuite le chancelier de l'empire romain m'a libéré du péché pour venir chercher mon enfant. Il l'a jeté en

rio

bas des rochers, c'était un mauvais père. {l ne peut pas avoir de chance, il a péché contre le quatrième commandement.

D. — Qui suis-je ?

R. — Vous êtes Saint-Jean-Baptiste, vous êtes Napoléon [*, vous êtes Wilhem Stock, vous êtes monsieur Wilhem Stock, Monsieur Wilhem Stock, qui s’est employé contre moi. Je ne veux pas manœuvrer devant le caporal. Il a voulu me tuer, mais il n’y a rien eu. Notre lance a très bien porté. Asmabaki polibaki. Vous êtes mon ami Jonathan.

D. — Qui suis-je ?

R. — Vous êtes monsieur Stock; j'ai dit asmabaki polibaki. Napoléon [+ a voulu me vainere, asmabaki polibaki. Heureusement la reine Louise est accourue à mon secours ; sans quoi le asmabaki, pollibaki m'aurait tué. Je ne peux pas souffrir l'excitation, Katevalde trumba. lei j'ai mes témoins Katevalde trumba. Je te remercie, cher ange gardien, mon Kater... toi qui m'as trahi, Kater, Julius m’a vaincu Kater; j'ai travaillé pour le roiet la patrie, Kater, on m’a fait chevalier, Kater ».

Le malade-est isolé pendant la nuit ; il ne dort pas malgré qu’on lui ai fait prendre 10 grammes de paraldéhyde.

5. — Le malade s’est blessé au nez. La face est congestionnée. Le malade continue à parler continuellement, tantôt sur un ton pathétique et déclamatoire, quelquefois avec un accent mystérieux : « Jai visité le couvent, habiatami.

Là, je voudrais les arrêter, habiatami. Le soir je me précipite sur la croisée du temple. Quel est ce péché innocent ? Vous êtes plus puissant que moi, almaki. Je dois payer trois marks. C'était un péché innocent de faire brûler le temple. Joseph et Marie, Joseph et Marie, je dois fuir et me coucher sur la tombe ».

Le malade mange avec difficulté, mais ne refuse plus sa nourriture.

6. — Le malade fait du bruit toute la nuit. Aujourd’hui il parait plus anxieux. Îl prononce constamment le mot: « matapundrie. »

Page 1