‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 22 sur 34 · grammes de paraldéhyde · texte numérisé non relu

grammes de paraldéhyde

8. — Grande agitation. Le malade court dans la salle, sur la table, le banc, la fenêtre, avec des mouvements précipités. Dans

/COTARD, V 6

sa parole des mots bizarres se répètent encore, mais moins obstinément que les jours précédents. La flexibilité cireuse est moins marquée. Pendant la nuit le malade a tripoté de la boue. Il est sale aujourd’hui pour la première fois.

Le soir il est très agité, parle continuellement d’une voix très enrouée.

« Vous m’avez toujours méconnu (4 fois de te). Je voudrais avoir des lunettes. » Cette phrase est répétée un nombre considé- | rable de fois. Puis le malade se met à parler en chuchotant. Il prononce quelques paroles étranges et incompréhensibles. « Sans en tomber victime, j'ai participé à la campagne, je sais toutes les langues. [ci un mot incompréhensible. Celui-ci a trois enfants, comme il,l'a affirmé lui-même. [ls m'ont converti en prison. J'ai une pneumonie. J'ai fait trois campagnes sans tomber malade, et ils m'ont converti. Ils m'ont converti parce que ce sont des provinces de la Prusse occidentale, ce qu’ils m'ont enseigné ».

9. — Le malade est très agité, saute en l’air, prend des postures bizarres. Sa physionomie est troublée. 11 fait signe au médecin et lui dit: « Ne dépassez pas ma limite, Katelbei. Ne m'’abrutissez pas Katelbeï, autrement ,e pourrais bien vous cracher à la figure, Katelbei ». Il fait des grimaces, tire la langue, ferme un œil et cligne de l’autre d’une manière insolente.

Le soir, les discours continuent, le malade prend des poses théâtrales. Il parle si rapidement et si indistinetement qu'il est difficile de noter ce qu'il dit. « Saül s’est précipité lui-même sur son épée et s'est tué. Vous êtes M. Kateveil Stock. Je suis l'enfant Jésus. Alors vous ne pouvez pas m'abrutir, M. Kateveil abadi. Ne dépassez pas la frontière, abadi. Vous m'avez trop demandé, Abadi. Ne m’en demandez pas tant, s’il vous plaît».

10.— Le malade a assez bien dormi avec 8 grammes de paraldéhyde. Le malade parle un peu moins mais toujours de la même façon. « Pour vaincre le diable je me suis montré très brave; c’est pourquoi j'ai vaincu le diable. J'ai vaincu le géant Goliath pour tout l'Etat allemand parce que je possédais de bonnes connaissances. Oui, je suis le seul devenu Dieu Katelbei. Il y avait une tombe, Katelbei, dans laquelle on à enlevé la vertu»,

NASA |

Le soir, il refuse d’abord de donner la main, finit enfin par y consentir, puis prend une attitude menaçante. « Surtout ne m’abrutissez pas, ne dépassez pas ma limite. » Il tire la langue et fait des grimaces.

11. — Le malade se montre moins prolixe et moins agité. Depuis quelques jours le malade avait dans les deux yeux dés hémorrhagies sous-conjonctivales, persistant encore et de cause inconnue. Depuis le 8 novembre il est propre. On lui donne 10 grammes de paraldéhyde. Malgré cette dose, il n’a dormi que jusqu’à trois heures du matin.

12. — Plus calme et plus lucide. On le reconduit dans sa salle où 1l promet de rester tranquille dans son lit.

14. — Le malade s’est bien conduit jusqu’à aujourd’hui. De temps en temps, 1l est vrai, il sautait hors du lit pour prendre une pose quelconque qu'il gardait un certain temps ; mais il se laissait reconduire au lit sans difficulté. Il ne parle plus qu’à de certains moments, toujours en répétant beaucoup de mots et sur un ton pathétique. Quand on le prie de se modérer, il parle un peu plus bas, mais on ne peut parvenir à le faire taire. Manifestement les mots lui échappent contre sa volonté. |

Le soir, il reste accroupi sur son lit et ne quitte pas cette position quoique le médecin lui recommande de se coucher et de se couvrir. Prononce quelques phrases incohérentes. « Je veux me confesser, haute, plus haute majesté. Vous êtes M. le docteur Neisser ; bonsoir M. Kateveil, M. Stock. Vous êtes la haute, la plus haute majesté de tout l'Empire allemand, qui a voulu m'assassiner parce que j'étais le fils perdu ».

15. — Le malade à dormi jusqu’à trois heures du matin après avoir pris quatre grammes d’hvdrate d’amylène. L'expression du visage est gale.

Le soir, le malade a le regard vide et parait être en extase. Si on lui lève les bras, ils restent dans cette position. Tout d’un coup le visage s’anime et le malade semble sortir d'un rêve. Il laisse échapper un flot de paroles qu'on peut à peine suivre: « Bonsoir, M. le Docteur, ou plutôt bonjour, mais ne m'interrogez pas, s'il vous plaît. Vous êtes M. Kateveil, M. Stock. Grâce à vous, je suis

LS Re ee

arrivé à être premier, parce que vous pouvez louer ma très grande modestie, M. Kateveil, M. Stock. “150

D. —- Qu'est-ce que cela veut donc dire ? |

R. — Kateveil, Kateveil, vous êtes le Kateveil manchot, et avez espéré, Kateveil, de me faire avancer au premier Kateveil ; alors je suis parti en Russie. J'ai dû le faire, Kateveil, comme Conrad Welting Kateveil, le fils perdu Kateveil.

16. — Vous êtes un romain converti, biatangra. Vous êtes M. le docteur biatangra. Vous vous êtes fait confirmer par l’archi-prêtre biatangra pour lutter contre l'Allemagne. » Le malade prononce encore quelques sons étranges n'appartenant à aucune langue. On a l'impression que ces sons n’ont aucune signification pour le malade, et qu’ils s’échappent de sa bouche involontairement.

On ne saurait nier chez ce malade le psittacisme ; si certaines phrases paraissent présenter un certain lien, la plupart sont manifestement absurdes et ne signifient rien. D'autre part les néologismes tels que Kateveil, Asambaki, etc., n ont aucune signification, même pour le malade. Il s’agit donc, en somme, d’un cas de verbigéralion avec catatonie, et ce qui nous a paru en constituer l'intérêt, c'est qu'il se présente chez un malade atteint très probablement d’un accès de manie aiguë, ainsi que le prouve l’évolution ultérieure de la maladie. En effet, au milieu du mois de mars suivant, la guérison vint petit à petit. À partir de fin mai le malade fut placé dans la division des malades calmes et s’occupa à travailler. Il se rendit compte qu’il avait été malade. La guérison s’élant maintenue jusqu’au 28 décembre suivant, le malade fut renvoyé à sa famille en parfait état de santé. SA E

Page 1