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PSITTACISME LOGIQUE ET ILLOGIQUE

Évoquer une somme plus ou moins considérable de représentations mentales, tel est le premier rôle du mot dans le langage. Ce rôle n’est pas le seul.

Le mot doit encore servir à suppléer ces représentaüons au cours des différentes opérations mentales qui constituent le raisonnement. Le mot constitue alors un signe ayant la même valeur dans le langage parlé que les lettres algébriques dans le langage mathématique. Nous pensons à l’aide de mots comme nous raisonnons à l’aide de lettres algébriques. Pendant la durée de l'opération, nous manions les termes, soit du langage, soit du calcul sans avoir constamment à l'esprit la notion exacte de ce qu'ils représentent et simplement d’après les règles soit logiques, soit algébriques.

Il est évident que dès qu'il s’agit d’une opération intellectuelle un peu longue à réaliser, il nous est impossible de nous remémorer constamment l’ensemble des représentations mentales que peut nous suggérer chaque mot, et c’est seulement à la fin de l'opération que nous substituons au signe terminal sa valeur pour obtenir la solution réelle.

Le AUIRRE

Il s’agit bien encore ici de psittacisme, maïs d’un psittacisme logique, autorisé par la raison, et qui vient légitimer la solution qu'il est toujours possible de vérifier par la substitution au signe de ce qu'il représente.

Cette variété de psittacisme est toujours convertible en pensée.

Mais à côté de ce psittacisme logique il existe un pstttacisme illogique, caractérisé précisément par le défaut de solution réelle, l'impossibilité d’être converti en pensée;:

C'est qu'à n'entendre que la musique des mots, l'harmonie des périodes, nous nous laissons facilement charmer par la parole. « Semblable au beau sexe, dit Leibnitz, elle a des charmes trop puissants pour qu'on puisse être admis à s'y opposer » (1). Nous lui faisons crédit, et si de temps en temps nous ne prenons pas la précaution de soulever le voile des mots, elle nous mène à la faillite ; quand nous cherchons alors la pensée sous les termes, nous ne trouvons rien. C’est ce qu'on appelle se payer de mots ; c'est le psittacisme 1llogique ; il nous parait relever toujours d’un certain degré d’affaiblissement intellectuel. On le rencontrera surtout chez les débiles.

I y a donc lieu de distinguer à un second point de vue, un psittacisme logique ou normal, indispensable à l'exercice de la pensée, dont nous usons à notre insu, et un psillacisme illogique, pathologique, qui consiste à donner l'illusion de la pensée par la phraséologie et qui est bien aussi dépourvu de tout sens que les deux premières variétés.

(1) Lersnirz. Nouveaux essais sur l'enlendement humain,

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