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Or, fait banal, mais très important, nous savons que nombre d’alcooliques ne réagissent pas par des attaques épileptiques. Qu'est-ce à dire, sinon que les organismes ne répondent pas tous de la même façon à une même excitation. Evidemment, la raison de celte différenciation réside dans l'individu lui-même,dans une véritable dégénérescence d’origine presque toujours héréditaire. « L'alcool ne provoque de « convulsions que quand il agit sur un terrain présentant « une aptitude spéciale à réagir sous forme convulsive. » (offroy loco citato).
Il serait facile de multiplier ces exemples empruntés à l'alcool. L’absinthisme provoque chez certains individus des crises épileptiques, tandis qu’il reste inefficace chez d’autres, Des expériences sur les arimaux ont confirmé en tous points ces faits: Des lapins, ayant reçu, en injection intra-veineuse, de l'urine, présentèrent, les uns de l’épilepsie, alors que les, autres restaient absolument indemnes. Aussi, M. Joffroy considère-t-il les convulsions de l'enfance, qui sont si fréquentes dans les antécédents des épileptiques, comme une véritable, réaction épileptique, survenant à l’occasion de causes diverses : maladies ou auto-infection. « C’est toujours, dit-il, la « même maladie épileptique, ou pour parler avec plus de « précision la même réaction épileptique » et plus loin en matière de conclusion. « Pour faire de l’épilepsie il faut une, « aptitude spéciale, l'aptitude convulsive provenant d’une « déviation de lorganisme. En vertu de cette aptitude, « des attaques épileptiques se produisent sous l'influence. « de causes qui sont sans effets analogues à l'égard d’orga:. « nismes normaux. » | |
Certaines expériences de Brown-Séquard, dont nous avons
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déjà parlé plus haut, réalisent également, de curieuse façon, la production de lhyperexcitabilité, acquise d’abord, puis transmise héréditairement, des zones excito-motrices de l'écorce. Cet expérimentateur provoquait chez des cobayes une épilepsie durable en leur frappant sur le crâne à petits coups répétés, et voyait cette épilepsie se reproduire chez leurs descendants, par transmission de la tare nerveuse ainsi produite. Les traumatismes répétés avaient créé une habitude morbide qui avait survécu à leur disparition. De même que, dans certaines familles on voit des malformations se transmettre de générations en générations, de même on voit ici l'aptitude convulsive se transmettre des cobayes en expérience à leurs descendants.
Il est également assez curieux de rapprocher de ces faits les expériences de F. Frank. Cet auteur « ayant déterminé par une excitation auditive ou sensitive générale, chez un animal curarisé, un resserrement reflexe des vaisseaux des reins, de la rate, de l'intestin, des extrémités des membres, avec élévation de la pression et accélération du cœur, la même série des phénomènes se répèta, au même degré ou plus activement, une première fois « au début d’une 1/2 minute, puis plusieurs autres fois après trois, cinq, dix minutes. » On voit dans ce cas, les centres nerveux reproduire, à différentes reprises, sous la forme du type initial, une première manifestation réactionelle, alors que l’excitant west plus en jeu. Les centres ont, en quelque sorte, conservé un « souvenir » de l'impression première: par la suite, sous l'influence d’une cause légère ils ont réagi de la même facon un nombre indéterminé de fois, donnant la trompeuse apparence d’un véritable automatisme.
Ïl s’est produit quelque chose d’analogue à un « acte de mémoire », au sens que les psychologues attachent à ce mot. «Il est évident, dit Maudsley, qu’il y a dans les centres nerveux « des résidus provenant des réactions motrices. Les mou- « vements déterminés, ou effectués par un centre nerveux « particulier, laissent comme les idées, leurs résidus res- « pectifs, qui répétés plusieurs fois s'organisent ou s’incar- « nent si bien dans sa structure que les mouvements corres- « pondants peuvent avoir lieu automatiquement... Quand « nous disons un résidu, une trace, un vestige, tout ce que « nous voulons dire c’est qu'il reste dans l’élément organique ‘ « un certain effet, un quelque chose qu'il retient et qui le « prédispose à fonctionner de nouveau de la même manière.»
Mais si, dans ces cas de rappel des idées, qui sont plutôt du domaine de la psycho-physiologie, ni le microscope, ni lPhistologie, ni l’histochimie ne peuvent nous montrer de modifications organiques expliquant la permanence de l’impulsion première, il y a lieu de se demander s’il en est.de même dans le cas de rappel des phénomènes convulsifs et
épileptiques ?
Pour intéressantes que soient les considérations de la philosophie de la médecine et de la pathologie générale, elles sont peut-être insuffisantes. N’est-il pas possible de donner un substratun vraiment scientifique à cette tendance à reproduire les mêmes actes, tendance si fréquente dans la pathologie nerveuse et qui est l'essence même de l’épilepsie.
A ce sujet, nous trouvons une série de communications faites par M. le P' Pierret,; de Lyon, qui semblent apporter, à propos de faits analogues, quelques éclaircissements à la question. L’exposé historique de la question y est au complet,
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En 1878, M. R: Tripier, de Lyon, voulant montrer que les paralysies liées à des lésions cérébrales ne guérissent complètement qu'en apparence, donne de la morphine à des chiens porteur de lésions supposées guéries ; le résidu parétique se trouvait alors exagéré et la lésion primitive redevenait apparente « Dans ces cas, disait M. Tripier, les « phénomènes morbides, paralysies, disparus depuis long- « temps, peuvent reparaitre lorsque le malade est soumis à « certaines influences maladives ou médicamenteuses ».
En 1883, dans la thèse de son élève Bouvat, M. le Pr Pierret, applique à l’urémie convulsive la théorie à laquelle il a donné le nom de Théorie des Rappels. La localisation des troubles nerveux serait due à l'existence, en un point du territoire cérébral, de lésions antérieures s’accompagnant de
rétrécissements vasculaires. Ceux-ci, par la suppression de la
vis à tergo, provoqueraient une stase circulatoire, avec accumulation locale des toxines en circulation dans le sang, provoquant ainsi l'apparition de phénomènes nerveux systéma-
tisés.
Il apportait, en 1887, à la Société deMédecine de Lyon, un certain nombre d'observations venant à l’appui de sa théorie des rappels de symptômes, dus à des lésions antérieures réputées guéries, mais réapparaissant dans des circonstances diverses, morphinisme, urémie :convulsive, surmenage, intoxications variées, ictus apoplectiforme.
Le 17 mai 1903, M. le D' Devay, publiait dans la Province
Médicale, comme venant à l'appui de lathéoriede M. le P' Pier ret, une observation intéressante ayant toute la valeur d’une expérience. Un chien, ayant reçu une balle de carabine Flo
bert dans la tête, présenta, à la suite, des mouvements de
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manège à gauche, puis tomba dans lecoma ; ensuite survint de la paralysie du train postérieur qui disparut progressivement ; au bout de deux mois, se produisit une crise d’épilepsie. Plus d’un an après, l’animal étant complètement guéri, l’auteur, sur les conseils de M. Pierret, reproduisit expérimentalement à l’aide d’une substance convulsivante, (essence de sauge) la série des phénomènes morbides qui avaient jadis suivi l’accident : crise épileptique, parésie du train postérieur. L’expérience fut renouvelée à plusieurs reprises et donna toujours les mêmes résultats.
C'est par cette même théorie, que M. Pierret dans un article du Progrès Médical, du 3 octobre 1896, explique les crises épileptiformes des paralytiques généraux. Il les rapporte à des intoxications passagères, d'origine gastro-intestinale, le plus souvent,
En somme, pour M. Pierret, tout malade porteur d’une cicatrice cérébrale, corlicale ou non, peut prendre des paralysies transitoires ou des convulsions, souvent l’un et l’autre successivement, si dans le voisinage de sa cicatrice, s’accumulent des humeurs rendues toxiques par un poison auquel il est sensible, quel que soit d’ailleurs ce poison, d'origine exogène ou endogène. Les lésions peuvent reparaître sous forme paralytique ou convulsive, il n’y alà qu’une question de qualité de poison, laquelle varie comme effet suivant la formule humorale de chaque sujet. « Les sujets, porteurs d’une « lésion cérébrale, sont désormais sous le coup d’une pré- « disposition morbide. Ils ont, comme disait Lasègue dans « son langage imagé, perdu leur virginité cérébrale. »
Au Congrès de Grenoble, M. Pierret donne la même explication pathogénique pour la production des tics.
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Faisant plus spécialement l'application de sa théorie aux convulsions et à l’épilepsie dite idiopathique, M. le P" Pierret invoque, à propos des convulsions de la première enfance, les cicatrices d'anciennes encéphalites, comme une condition pathogénique des rappels convulsifs. De là, cette explication de la succession trop fréquente des convulsions et de l’épilepsie. Les cicatrices, les scléroses cérébrales de nature diverse et variable créent un lieu de moindre résistance où s'accumulent plus facilement les toxines qui semblent être dans un grand nombre de cas la cause provocatrice de la répétition des accès épileptiques. « Pour moi, dit M. Pierret, « l’épilepsie, dite idiopathique, n’est qu'un rappel devenu « permanent, par la répétition des actions toxiques et la ten- « dance du système nerveux à.prendre les bonnes et les « mauvaises habitudes. »
Cette théorie, qui a en sa faveur de nombreuses analogies, explique bien l'influence prépondérante exercée sur la répétition des accès, par les intoxications d’origine exogène (alcool essences) ou endogène (auto-intoxications, d’origine particulières, gastro-intestinales, toxiques, microbienne) et peutêtre aussi par les actions reflexes, qu’il s'agisse d’épilepsie précoce ou tardive.
Mais comment expliquer la production, chez d’anciens convulsifs infantiles, d’un accès épileptique isolé, peut-être unique dans leur existence, à l’occasion d’une excitation trop vive, d’origine périphérique (toucher rectal, vaginal, comme dans les observations communiquées par M. Dufour à la Société de Neurologie) ? Il nous semble qu'ici l'application de la théorie soulève quelques difficultés. Nous faudra-t-il, dans ces cas, invoquer la théorie du dynamisme cellulaire ?