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LA FAIM

Chez tous les animaux supérieurs, le besoin de s’alimenter se traduit par un ensemble de sensations auquel il convient de donner le nom de faim. La faim constitue donc une sorte d’avertissement de l’organisme à la conscience, un lien entre la vie végétative et la vie de relation. C’est grâce à elle que les animaux vivant dans les conditions naturelles vont à la recherche de leurs aliments. En effet, un animal qui ne sentirait pas la faim, mourrait d’inanition, car rien n'’inciterait à se procurer des aliments. La domestication, en fournissant de la nourriture aux animaux régulièrement, sans qu'ils aient besoin de s’en occuper, a changé ces conditions. Il en est de même de la civilisation pour l’homme. On peut dire que l’homme qui a ses repas à heures régulières et en quantité suffisante ne doit jamais éprouver la faim, remplacée alors par l’appétit sur lequel nous reviendrons.

Depuis plus d’un siècle les physiologistes discutent sur la nature des processus qui donnent lieu à la sensation de faim. Nous n'’insistons pas sur les théories anciennes, d'intérêt purement spéculatif et nous nous en tiendrons aux faits.

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Les premiers faits d'observation physiologiques concernant la faim sont célèbres dans l’histoire de la physiologie. Ils ont été observés par BEAUMONT sur un chasseur canadien qui présentait une fistule gastrique d’origine traumatique. Entre autres observations, BeAuMoNT a noté que la sensation de faim ne naît pas de la vacuité de l'estomac. On peut avoir l'estomac vide et ne pas avoir faim, comme on peut éprouver la faim, malgré un estomac rempli. Ce dernier fait a pu être formellement démontré par Buscx qui a étudié un sujet atteint de fistule duodénale. Ce malade avait constamment faim, malgré l’ingestion d'aliments abondants car ceux-ci quittaient son tube digestif aussitôt après avoir traversé l'estomac.

Il y a donc dans l’origine de la faim un facteur général, qu’on pourrait appeler la faim des tissus, mais il y à aussi un facteur local qui est la source directe de la sensation. Nous allons d’abord étudier ces facteurs locaux.

Certains auteurs ont nié l'existence de ces facteurs locaux et admettaient que la faim naît du fait que ie sang n'apporte plus de principes nutritifs aux cellules nerveuses (Scxirr). On a appporté comme un argument que la section des nerfs de l’estomac chez les animaux ne supprime pas la sensation de faim (Lupwic, Loncer, Duccescni). En réalité, comme Canon l’a montré, l'interprétation de ces expériences est très délicate car la prise des aliments posés devant ces animaux ne prouve pas qu'ils ont faim. Leur vue, leur odorat sont conservés et ils ont gardé les réflexes con-

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y ditionnels sur lesquels nous reviendrons dans un instant.

On a fait de nombreuses observations chez des jeûneurs professionnels ou des prisonniers qui faisaient la grève de la faim. Le cas de Viterbi, décrit par Bar- DIER, est classique à cet égard, car ce sujet a laissé des notes écrites tenues pendant dix-huit jours de jeûne absolu. Or, il ressort de toutes ces observations que la sensation de faim disparaît au bout de quelques jours de privation de nourriture, de sorte qu’elle ne dépend pas uniquement de la faim tissulaire qui n’a pas été satisfaite au bout de ce temps.

On localise en général la sensation de faim à la région épigastrique où à la base du thorax. Les facteurs locaux ont donc été recherchés au niveau de l’estomac. Nous avons vu que ce n’est pas la vacuité de cet organe qui est en cause. Nicocaï, Lucranr, PAvLov, etc., ont montré que ce n’est pas non plus une sécrétion acide de l’estomac qui donne naissance à la faim. En effet, ces auteurs ont constaté qu'à jeñn la sécrétion gastrique reparaît avec son acidité normale au bout de trois jours de jeûne, c’est-à-dire au moment où les sensations de faim commencent à s’atténuer.

Il ne semble pas non plus que la faim soit due à une turgescence de la muqueuse gastrique, comme le pensait BEAUMONT et par la suite Lucranr, VALENT:, etc.

Ce qui semble aujourd’hui le plus vraisemblabie c’est que la sensation de faim prend naissance dans les contractions de l'estomac. L'idée a été émise pour la première fois par Weser en 1846, soutenue par

VigroroT, par Ewan, par KnapP, par HERTZ, par Borpyrerr, etc. Cependant la démonstration complète n’en a été donnée qu'en 1911, par Cannon et Wasu- Burn. Ces auteurs ont pu démontrer que la sensation de faim correspond aux contractions de l'estomac vide. Ils ont enregistré les contractions de l'estomac chez l’homme et ont vu apparaître les contractions intenses exactement au moment où le sujet accusait l’apparition de la faim. Les auteurs ont abouti à cette conclusion que l’on a faim parce que l'estomac se contracte. Cette opinion est aujourd’hui à peu près universellement admise.

Elle ne va cependant pas jusqu’au bout du problème, car il faut se demander encore pourquoi l'estomac se contracte au moment où le besoin d’aliment se fait sentir. Nous revenons ici aux facteurs généraux de la sensation de faim. Les idées de SciFr ont été confirmées en 1924 par les travaux fondamentaux de CARLson et BALATAO. Ces auteurs ont tout d’abord constaté que les contractions gastriques observées chez les animaux à jeun sont arrêtées par une injection intravelneuse de sérum glucosé. Ils ont constaté inversement que l'injection d'insuline provoque ces contractions, en même temps qu'elle donne naissance à une sensation de faim. Ils ont pu édifier ainsi une théorie générale de la faim qui est basée sur l’action hypoglycémiante du jeûne. Les contractions de l'estomac paraissent tout à fait parallèles au taux de la glycémie. Lorsque ce taux tombe au-dessous d’un certain niveau, iles contractions apparaissent et elles se trouvent instan-

Dei let tanément calmées lorsqu'on relève la glycémie par des injections de glucose.

Les expériences de la pathologie donnent encore des arguments en faveur de cette conception. On sait la sensation de faim impérieuse qui survient chez les sujets atteints d’hyperinsulinie. Le cas des diabétiques semble parodoxal, mais leur boulimie s'explique par le fait que leurs tissus ne peuvent utiliser le glucose, de sorte qu ils en sont privés, malgré une glycémie très élevée.

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