L'APPETIT
Nous venons de voir que la faim est une sensation qui correspond à un besoin physiologique profond. Si elle comporte des éléments psychiques, ceux-ci sont accessoires. Il n'en est pas de même de l’appétit qui est essentiellement un phénomène psychologique et comporte la mise en jeu de réflexes corticaux, en particulier des réflexes conditionnels.
On pensait autrefois que l'appétit était simplement le premier degré de la faim. L'on se disait qu’une excitation faible peut être agréable, alors qu’à un degré de plus elle peut devenir pénible (BARDIER). Aujourd’hui, on admet par contre que l'appétit est un phénomène tout à fait différent de la sensation de faim. En effet, on peut avoir de l'appétit sans avoir faim et, inversement, on peut avoir faim, tout en n’éprouvant aucune attirance pour les aliments. Brillat-Savarin a fait à cet égard des observations extrêmement pénétrantes. Cependant, l’étude scientifique de l'appétit n’a pu se faire qu’à la suite des travaux de Pavrov qui en ont rendu possible l'observation objective.
A la lumière des travaux de Pavcov, l’appétit apparaît comme « constitué par un ensemble de réflexes
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conditionnels, ayant pour arcs centrifuges les nerfs sécréteurs des glandes salivaires pour les uns et les filets du pneumogastrique qui innervent les glandes de l’estomac pour les autres. C'est dire que l'appétit se traduit objectivement par la sécrétion salivaire et la sécrétion gastrique. » (GLEY).
En observant donc la sécrétion salivaire et la sécrétion gastrique chez les animaux, on peut étudier chez eux l'appétit. Les élèves de Pavzov (ZEL10ONY, Z1roviTCH, TicHMomiRov, etc.) ont établi que l'appétit est un phénomène cortical ; il n'existe plus, en effet, chez le chien privé de ses hémisphères cérébraux. C'est un phénomène acquis (comme le sont d’ailleurs tous les phénomènes liés à des réflexes conditionnels). C'est le souvenir des aliments qui provoque l’appétit au moment où ces aliments se présentent aux divers organes des sens (vue, odorat, goût).
Comme nous l’avons dit plus haut, l'appétit tend à se substituer presque complètement à la faim chez l'animal domestiqué et chez l’homme civilisé. Ceux-ci n'attendent pas pour manger d’avoir faim. La seule vue des aliments les incite à manger, les « met en appétit ». Il y a d’ailleurs d’autres excitants conditionnels, plus complexes : tel l’heure régulière des repas. Roux cite dans sa thèse nombreux exemples de cette sorte. D'ailleurs il ne s’agit pas de l’intervention d’une sorte de sens chronologique. Dans un cas cité par Roux, l'appétit était éveillé au moment où le sujet montait l'escalier en rentrant chez lui.
On aurait tort de croire que la connaissance de ces
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réflexes conditionnels n’a qu’un intérêt purement théorique. Îls peuvent servir, ainsi que nous le verrons plus loin, pour instituer un traitement efficace de certains états anorexiques dans lesquels précisément le réflexe conditionnel semble être inhibé.
On donne généralement à l’anorexie le sens de manque d’appétit. Si, du point de vue clinique, une telle définition est satisfaisante, on aurait peut-être intérêt parfois d'établir des distinctions un peu plus nuancées. Il semble, en effet, qu’il y a au moins deux catégories d’anorexies : les unes se caractérisant par le manque d’appétit, les autres par l’abolition de la sensation de faim. Nous ne voulons pas ici réviser la question des anorexies, mais seulement montrer qu’un reclassement de ces états pourrait être d’un grand secours au point de vue thérapeutique.
Sur les bases des travaux expérimentaux, on peut donc distinguer une première série de cas dans laquelle la sensation de faim est abolie. Cette abolition pourrait tenir aux causes suivantes :
a) Lésion ou trouble fonctionnel de certains centres nerveux qui commandent la perception des contractions de l’estomac. On ne connaît pas encore exactement la localisation de ces centres, mais il est certain qu'ils ne sont pas corticaux. En effet, si l’appétit est aboli par l’ablation du cortex, la faim persiste encore, chez les animaux qui ont subi cette opération. Il n’est