DOSES DE BENZÈNE UTILISÉES DANS LES INTOXICATIONS EXPÉRIMENTALES
Afin de pouvoir choisir, en connaissance de cause, les doses toxiques pouvant nous conduire, au cours de nos recherches, à des résultats expérimentaux intéressants, il importait de passer en revue les faits déjà acquis dans ce domaine.
INTOXICATIONS AIGUES
Les doses provoquant l’intoxication aiguë varient assez peu d’une espèce animale à l’autre. Dans tous les cas, on distingue successivement trois phases. On observe d’abord le décubitus, lanimal perd l’équilibre et tombe sur le côté, cette phase est continuée par la narcose légère, caractérisée par la disparition des réactions lors du pincement de l'oreille ou de Ja patte, avec conservation des réflexes cornéens et pupillaires.
Lorsque l’intoxication s’arrête à l’une de ces phases, l’animal reprend très vite son comportement normal. Si, au contraire, la dose utilisée est plus forte ou si l’intoxication est prolongée, on observe la mnarcose profonde, avec disparition du réflexe cornéen et abaissement de la température rectale. La mort survient à ce stade. Si l’on interrompt à temps l'intoxication, les animaux ne se remettent qu'après une à deux heures, mais ne conservent aucune séquelle.
Il existe une concentration seuil, de l’ordre de 15 à 20 mg. de vapeur par litre d’air, au-dessous de laquelle l'animal ne présente aucune réaction anormale. Si l’on dépasse ce seuil, on voit
apparaitre, après une phase d’irritation, des symptômes nerveux, tremblements, salivation, vertiges, crampes musculaires puis le décubitus, bientôt suivi de narcose légère.
Il existe également une concentration seuil pour la narcose profonde qui se continue par le coma et la mort par arrêt respiratoire.
Les différentes phases du tableau clinique se succèdent d’autant plus rapidement que les doses de toxique utilisées sont plus élevées ; 45 à 60 mg. par litre déterminent la mort en une demiheure, 100 à 120 mg. la provoquent en quelques minutes, rappelant les intoxications foudroyantes déjà signalées.
Pour K.B. LEHMANN [134], les doses ne conditionnent pas l'intensité des symptômes, mais seulement la rapidité de leur apparition.
Cet auteur, puis son élève O. BAMESREITER [7], ont déterminé les seuils des différentes phases de l’intoxication aiguë, en fonction de la concentration toxique et du temps.
Pour le Chat, la chute sur le côté se produit à la concentration de 22 mg. par litre, la narcose légère avec 28 mg., la narcose profonde avec 30 mg. ; avec 45 mg., les symptômes d’intoxications sont immédiats et l'animal meurt en 30 minutes.
En portant en abscisses les concentrations et en ordonnées le temps nécessaire pour amener l’animal à l’un des trois degrés précités, on obtient des courbes qui rappellent l’hyperbole.
Chez le Chien l’anesthésie a lieu à des concentrations analogues.
J. RAMBOUSEK [173] trouve, sur le Lapin, des résultats identiques, la dose nocive étant de 15 mg. par litre et la mort ayant lieu en 30 minutes, avec 50 mg.
M. PÉRONNET [169] reproduit ces symptômes d'intoxication aiguë, sur des Cobayes, par inhalation d’une dose de 50 mg. par litre et constate qu'ils se produisent lorsque les concentrations dans le sang atteignent 2 mg., 6 à 2 mg., 8 de benzène pour 100 grammes.
Sur le Rat, le seuil de l’intoxication est situé, d’après J. BATCHELOR [9], entre 3 et 7 mg., ces doses ne produisant que des effets d'irritation, sans narcose ; par contre, nous avons trouvé que la dose de 20 mg., prolongée plusieurs heures, provoquait la mort de l’animal.
Sur la Souris, N. W. LazaREw [124] a vu que la concentration minima de vapeurs, provoquant la chute sur le côté, était de 15 mg. par litre, la dose de 45 mg. provoquant la mort en deux heures.
Dans nos recherches, les intoxications aiguës que nous avons effectuées, sur des Chiens et des Cobayes, appartenaient à deux types, type suraigu, en employant la dose de 50 mg. qui provoque la mort de l’animal en 30 minutes environ avec narcose, type subaigu, avec une dose provoquant la narcose légère longtemps prolongée.
Nous n'avons donné, jusqu'ici, que les doses de benzène réalisant des intoxications aiguës par inhalation, nous signalerons simplement que la dose mortelle, par voie sous-cutanée, est, chez le Lapin, d’après A. PAPPENHEIM [164], de 5 em* par kilog.
Chez le Rat, la dose mortelle est, pour J. J. BATCHELOR [9], de 1 em°, 25 à 2 cm par. kilog par voie sous-cutanée, et de 2 cm’ par kilog, par voie intrapéritonéale.
INTOXICATIONS CHRONIQUES
Nous définirons l’intoxication chronique par les vapeurs de benzène, celle qui se produit après un séjour prolongé dans des atmosphères de concentration telle qu’elles ne provoquent aucun effet toxique apparent, même après plusieurs heures.
Les intoxications chroniques expérimentales ont été principalement réalisées par voie sous-cutanée. L. SELLING [186] administrait quotidiennement, par kilog d'animal, 1 cm° de benzène mélangé à son volume d’huile d'olive. Les accidents apparaissent en quelques jours. Chez le Lapin, la mort est provoquée par 5 à 10 doses semblables. La leucopénie peut être produite, sur le même animal, avec des doses plus faibles, longtemps prolongées, comme l’ont montré N. M. NIKOLAJEW et L. A. ScHPARO [157] qui trouvent, par contre, les Cobayes très résistants à l’intoxication. G. FONTANA [69] avait cependant pu réaliser, sur ces animaux, la leucopénie par la technique de